CHAPITRE XLV.

Comment le comte de Foix se comporta arec irrévérence envers les

reliques du saint martyr Antonin, lesquelles étaient portées en

procession solennelle.

Près le monastère dont nous avons parlé précédemment, était une

église sise sur le sommet d'un mont, aux environs de laquelle vint à

passer d'aventure ledit comte chevauchant, un jour que les chanoines

allaient la visiter, comme ils font d'usage une fois chaque année,

et qu'en solennelle procession ils portaient avec honneur le corps

de leur vénérable patron Antonin. Mais lui, ne déférant à Dieu ni au

saint martyr, ni à cette procession pieuse, ne put prendre sur lui

de s'humilier, au moins par signes extérieurs, et, sans descendre de

sa bête, dressant son col avec superbe, et haussant la tête

(attitude qui était très-ordinaire à ceux de sa maison), il passa

fièrement. Ce que voyant un respectable personnage, savoir, l'abbé

de Mont-Sainte-Marie[97], de l'ordre de Cîteaux, l'un des douze

prédicateurs dont nous avons fait mention au commencement de ce

livre, qui assistait alors à la procession, il lui cria: «Comte, tu

ne défères à ton seigneur le saint martyr; sache donc que, dans la

ville où maintenant tu es maître de par le saint, tu seras privé de

ton droit seigneurial, et que le martyr fera si bien que, de ton

vivant, tu seras déshérité.» Or ont été trouvées fidèles les paroles

de l'homme de bien, ainsi que l'issue le prouve très-manifestement.

[Note 97: Abbaye de l'ordre de Cîteaux, au diocèse de Besançon, à quatre

lieues de Pontarlier.]

Pour moi j'ai ouï ces cruautés et autres qui suivent de la bouche même

de l'abbé du monastère de Pamiers, personnage digne de foi, personnage

de grande religion et de notoire bonté.

Histoire de l'hérésie des Albigeois, et de la sainte guerre entreprise contre eux de l'an 1203 à  l'an 1218 · 第 52 / 144 题