Comment le comte de Foix se comporta arec irrévérence envers les
reliques du saint martyr Antonin, lesquelles étaient portées en
procession solennelle.
Près le monastère dont nous avons parlé précédemment, était une
église sise sur le sommet d'un mont, aux environs de laquelle vint à
passer d'aventure ledit comte chevauchant, un jour que les chanoines
allaient la visiter, comme ils font d'usage une fois chaque année,
et qu'en solennelle procession ils portaient avec honneur le corps
de leur vénérable patron Antonin. Mais lui, ne déférant à Dieu ni au
saint martyr, ni à cette procession pieuse, ne put prendre sur lui
de s'humilier, au moins par signes extérieurs, et, sans descendre de
sa bête, dressant son col avec superbe, et haussant la tête
(attitude qui était très-ordinaire à ceux de sa maison), il passa
fièrement. Ce que voyant un respectable personnage, savoir, l'abbé
de Mont-Sainte-Marie[97], de l'ordre de Cîteaux, l'un des douze
prédicateurs dont nous avons fait mention au commencement de ce
livre, qui assistait alors à la procession, il lui cria: «Comte, tu
ne défères à ton seigneur le saint martyr; sache donc que, dans la
ville où maintenant tu es maître de par le saint, tu seras privé de
ton droit seigneurial, et que le martyr fera si bien que, de ton
vivant, tu seras déshérité.» Or ont été trouvées fidèles les paroles
de l'homme de bien, ainsi que l'issue le prouve très-manifestement.
[Note 97: Abbaye de l'ordre de Cîteaux, au diocèse de Besançon, à quatre
lieues de Pontarlier.]
Pour moi j'ai ouï ces cruautés et autres qui suivent de la bouche même
de l'abbé du monastère de Pamiers, personnage digne de foi, personnage
de grande religion et de notoire bonté.