De la malice et tyrannie du comte de Foix envers l'Église.
Et pour autant que le lieu le requiert et que l'occasion s'en présente,
plaçons ici quelques mots sur la malignité cruelle et la maligne cruauté
du comte de Foix, bien que nous n'en puissions exprimer la centième
partie.
Il faut savoir d'abord qu'il retint sur ses terres, favorisa le plus
qu'il put, et assista les hérétiques et leurs fauteurs. De plus, au
château de Pamiers appartenant en propre à l'abbé et aux chanoines de
Saint-Antonin, il avait sa femme et deux soeurs hérétiques, avec une
grande multitude d'autres gens de sa secte, lesquels, en ce château,
malgré les susdits chanoines, et en dépit de toute la résistance qu'ils
pouvaient faire, semant publiquement et en particulier le venin de leur
perversité, séduisaient le coeur des simples. Voire il avait fait bâtir
une maison à ses soeurs et à sa femme sur un terrain que les chanoines
possédaient en franc-aleu, bien qu'il ne tînt le château de Pamiers de
l'abbé, et sa vie durant, qu'après lui avoir juré sur la sainte
Eucharistie qu'il ne le molesterait en rien, non plus que la ville, dont
le monastère des chanoines était éloigné à la distance d'un demi-mille.
Un beau jour deux chevaliers, parens et familiers dudit comte (lesquels
étaient notoires hérétiques et des pires, et dont il suivait l'avis en
toutes choses), amenèrent à Pamiers leur mère, hérésiarque très-grande
et amie de ce seigneur, pour qu'elle y résidât et disséminât le virus de
l'hérétique superstition; ce que voyant l'abbé et les chanoines, ne
pouvant supporter une telle injure faite au Christ et à l'Église, ils la
chassèrent du château. À cette nouvelle le traître, je veux dire le
comte de Foix, entra en furieuse colère, et l'un de ces deux chevaliers
hérétiques, fils de ladite hérésiarque, venant à Pamiers, dépeça membre
à membre, bourreau très-cruel qu'il était, et en haine des chanoines, un
des leurs qui était prêtre, au moment même où il célébrait les divins
mystères sur l'autel d'une église voisine de Pamiers; d'où, jusqu'au
présent jour, cet autel demeure encore tout rouge du sang de cette
victime. Si pourtant son ire ne fut-elle apaisée, car se saisissant de
l'un des frères du monastère de Pamiers, il lui arracha les yeux en
haine de la religion chrétienne et en signe de mépris pour les
chanoines. Peu ensuite le comte de Foix vint lui-même audit monastère,
menant avec soi routiers, bouffons et p******; et faisant appeler l'abbé
(auquel, comme nous l'avons dit ci-dessus, il avait juré sur le corps du
Seigneur qu'il ne lui porterait aucune nuisance), il lui dit qu'il lui
baillât sans délai toutes les clefs du cloître, ce que l'abbé ne voulut
faire: mais craignant que le tyran ne les ravît par violence, il entra
dans l'église et les plaça sur le corps du saint martyr Antonin, lequel
était sur l'autel avec beaucoup d'autres saintes reliques, et en
l'honneur de qui cette église avait été fondée. Pourtant le comte ayant
suivi l'abbé, sans respect pour le lieu, sans révérence pour les
reliques des saints, enleva, violateur très-impudent des choses sacrées,
ces mêmes clefs de dessus le corps du très-saint martyr; puis enfermant
l'abbé et tous les chanoines dans l'église, il fit clore les portes, et
là les tint durant trois jours, si bien que pendant ce temps ils ne
burent ni ne mangèrent, et ne purent même sortir pour satisfaire aux
nécessités de nature. Et lui, cependant, gaspillant toute la substance
du monastère, dormait avec ses p******* dans l'infirmerie même des
chanoines, au mépris de la religion. Enfin, après les trois jours, il
chassa presque nus de l'église et du monastère l'abbé et les chanoines,
et, de plus, fit crier par la voix du héraut dans tout Pamiers (qui leur
appartenait, comme nous l'avons dit) que nul n'eût à être si hardi que
d'en recevoir aucun en son logis; faisant suivre cette proclamation des
plus terribles menaces. Ô nouveau genre d'inhumanité! En effet, tandis
que l'Église est d'ordinaire refuge aux captifs et aux condamnés, cet
artisan de crimes emprisonne des innocens dans leur église même. Ce
n'est tout: le tyran démolit en grande partie le temple du bienheureux
Antonin, détruisit, ainsi que nous nous en sommes assuré par nos yeux,
le dortoir et le réfectoire des chanoines, et se servit des décombres
pour faire construire des fortifications dans le château. Mais insérons
ici un fait bien digne d'être rapporté pour grossir d'autant les
abominations de ce traître.