CHAPITRE XLIII.

Du colloque solennel tenu à Narbonne sur les affaires des comtes

de Toulouse et de Foix, auquel intervinrent le roi d'Arragon, les

légats du siége apostolique, et Simon de Montfort; inutilité et

dissolution de ladite conférence.

Peu de jours après, le roi d'Arragon, le comte de Montfort et celui de

Toulouse se réunirent à Narbonne pour tenir colloque entre eux. Là se

trouvèrent aussi l'évêque d'Uzès et le vénérable abbé de Cîteaux,

lequel, après Dieu, était le principal promoteur des choses de

Jésus-Christ. Pareillement cet évêque d'Uzès, nommé Raimond, dès

long-temps s'était pris d'un zèle ardent pour les affaires de la foi, et

les avançait du plus qu'il pouvait, s'acquittant en ce temps des

fonctions de légat, de concert avec l'abbé de Cîteaux. Enfin, furent

ensemble présens à ladite conférence maître Théodise, dont nous avons

parlé plus haut, et moult autres sages personnages et gens de bien.

On s'y occupa du comte de Toulouse, et grande grâce lui eût été faite et

copieuse miséricorde, s'il eût voulu acquiescer à de salutaires

conseils. En effet, l'abbé de Cîteaux, légat du siége apostolique,

consentait à ce que le comte de Toulouse conservât dans leur entier et

sans lésion toutes ses seigneuries et possessions, pourvu qu'il expulsât

les hérétiques de ses domaines; voire il consentait à ce que le quart ou

même le tiers des droits qu'il avait sur les châteaux des hérétiques,

comme étant de son fief, lesquels ce comte disait être au nombre de

cinquante pour le moins, lui échût en toute propriété. Mais le susdit

comte méprisa une faveur aussi grande, Dieu pourvoyant ainsi à l'avenir

de son Église; et par là il se rendit indigne de tout bienfait et grâce.

Davantage on traita dans la même conférence du rétablissement de la paix

entre l'Église et son très-monstrueux persécuteur, savoir, le comte de

Foix; et même fut-il ordonné, à la prière du roi d'Arragon, que si ledit

comte jurait d'obéir à l'Église, et, de plus, qu'il ne commettrait nulle

agression à l'encontre des Croisés, et surtout du comte de Montfort,

celui-ci lui ferait restitution de la portion de ses domaines qu'il

avait déjà en son pouvoir, fors un certain château nommé Pamiers. Ce

château, en effet, ne devait en aucune façon lui être rendu, pour

beaucoup de raisons qui seront ci-après déduites. Mais le Dieu éternel

qui connaît les choses cachées, et sait toutes choses avant qu'elles

soient faites, ne voulant permettre que restassent impunies tant de

cruautés et si grandes d'un sien ennemi aussi furieux, et connaissant

combien de maux sortiraient dans l'avenir de cette composition, par son

profond et incompréhensible jugement, endurcit à tel point le coeur du

comte de Foix qu'il ne voulut recevoir ces conditions de paix. Ainsi

Dieu visita miséricordieusement son Église, et fit de telle sorte que

l'ennemi, en refusant la paix, donnât par avance contre soi-même

sentence confirmative de sa future confusion.

Il ne faut oublier de dire que le roi d'Arragon, de qui le comte de Foix

tenait la plus grande partie de ses terres, mit en garnisaires au

château de Foix des gens d'armes à lui, et, en présence de l'évêque

d'Uzès et de l'abbé de Cîteaux, promit qu'en toute cette contrée nul

tort ne serait porté à la chrétienté. D'abondant, cedit roi jura auxdits

légats que si le comte de Foix voulait jamais s'écarter de la communion

de la sainte Église, et de la familiarité, amitié et service du comte de

Montfort, lui roi délivrerait ès mains de ce dernier le château de Foix

à la première réquisition des légats ou de notre comte; et même il lui

donna à ce sujet lettres-patentes contenant plus à plein cette

convention: et moi qui ai vu ces lettres, les ai lues et curieusement

inspectées, je rends témoignage à la vérité. Mais combien, par la suite,

le roi garda mal sa promesse, et combien, pour cette cause, il se rendit

infâme aux nôtres, c'est ce qui deviendra plus clair que le jour.

Histoire de l'hérésie des Albigeois, et de la sainte guerre entreprise contre eux de l'an 1203 à  l'an 1218 · 第 50 / 144 题