CHAPITRE XXXV.

Siége d'Alayrac.

Aux environs de Pâques, le comte et les siens vinrent assiéger un

certain château entre Carcassonne et Narbonne, lequel s'appelait

Alayrac[86]. Ce château était placé sur la montagne, et de toutes parts

environné de rocs. Ce fut donc avec une grande difficulté, par une

furieuse intempérie de saison, que les nôtres s'en emparèrent après onze

jours de siége. Ceux qui le gardaient ayant déguerpi pendant la nuit,

plusieurs d'entre eux, savoir ceux qui ne purent s'échapper, furent mis

à mort. De là, les nôtres étant revenus à Carcassonne, en repartirent

bientôt pour aller à Pamiers. Or, près dudit lieu se réunirent le roi

d'Arragon, le comte de Toulouse et celui de Foix, pour faire la paix

entre notre comte et ce dernier; ce que n'ayant pu arranger, le roi

d'Arragon et le comte de Toulouse s'en retournèrent à Toulouse. Quant au

comte de Montfort, il mena son armée vers Foix, où il fit preuve

d'admirable vaillance. En effet, étant arrivé près du château, il

chargea avec un seul chevalier tous les ennemis postés devant les

portes, et, chose merveilleuse, il les y fit tous rentrer; voire même

serait-il entré après eux, s'ils n'eussent, à sa face, levé le pont qui

en fermait l'abord; et, comme il se retirait, le chevalier qui l'avait

suivi fut écrasé par les pierres qu'on lançait du haut des murailles,

la voie pour la retraite étant très-étroite, et toute close de murs;

puis, ayant ravagé les terres, détruit les vignes et les arbres aux

environs de Foix, notre comte revint à Carcassonne.

[Note 86: À deux lieues de Carcassonne.]

Histoire de l'hérésie des Albigeois, et de la sainte guerre entreprise contre eux de l'an 1203 à  l'an 1218 · 第 42 / 144 题