CHAPITRE XXXIII.

Comment le comte Raimond partit pour Rome.

Les choses étant en tel état, le comte de Toulouse alla vers le roi de

France[77] pour voir s'il ne pourrait par quelque moyen obtenir de son

aide et sanction certains péages nouveaux auxquels il avait renoncé de

l'exprès commandement des légats. En effet, ledit comte avait outre

mesure accru les péages sur ses terres et domaines; pour quoi il avait

été très-souvent excommunié. Mais, comme à ce sujet il ne put en rien

profiter auprès du roi, il partit de la cour de France, et, s'approchant

du seigneur pape, il essaya s'il ne lui serait possible en quelque

manière d'avoir restitution du pays à lui appartenant que les légats du

seigneur pape avaient occupé pour gage de sûreté[78], ainsi qu'il a été

expliqué plus haut, et aussi de rentrer en grâce auprès du souverain

pontife. Pour quelle fin ce plus trompeur des hommes faisait grandement

parade d'entière humilité et soumission, promettant d'accomplir

soigneusement tout ce qu'il plairait au seigneur pape lui commander.

Mais ledit seigneur par tant de sanglans reproches le rabroua, et par

tant d'affronts, que réduit, pour ainsi parler, au désespoir, il ne

savoit plus que faire, traité qu'il étoit de mécréant, de persécuteur de

la paix, d'ennemi de la foi; et tel était-il bien réellement.

[Note 77: En 1210.]

[Note 78: Il s'agit ici des sept châteaux dont maître Théodise avait

pris possession au nom de l'Église romaine. (Voy. le chap. XI.)]

Toutefois, le seigneur pape, pensant que, tourné à désespoir, ledit

comte attaquerait plus cruellement et plus ouvertement l'Église qui,

dans la province de Narbonne, étoit à bien dire orpheline et mineure, il

lui enjoignit d'avoir à se purger de deux crimes dont il était plus

particulièrement accusé; savoir de la mort du légat, frère Pierre de

Castelnau, et du crime d'hérésie: et, au sujet de cette double

justification, le seigneur pape écrivit à l'évêque de Riez en Provence,

et à maître Théodise, leur mandant que, si le comte de Toulouse pouvoit

se purger suffisamment des deux crimes susdits, ils le reçussent à

résipiscence. Cependant maître Milon qui, comme nous l'avons dit plus

haut, usait de son titre de légat en la terre de Provence pour le bien

de la paix et de la foi, avait convoqué au pays d'Avignon un concile de

prélats, où furent excommuniés les citoyens de Toulouse, pour ce qu'ils

avaient méprisé de remplir leurs promesses faites aux légats et aux

Croisés touchant l'expulsion des hérétiques; et même le comte de

Toulouse fut pareillement excommunié dans ce concile, au cas toutefois

où il tenterait de recouvrer les péages auxquels il avait renoncé.

Histoire de l'hérésie des Albigeois, et de la sainte guerre entreprise contre eux de l'an 1203 à  l'an 1218 · 第 40 / 144 题