CHAPITRE XIX.

Illustres qualités de l'âme et du corps qu'on remarquait dans

Simon, comte de Montfort.

Puisque l'occasion s'en présente, et que l'ordre naturel de notre récit

le requiert, nous placerons ici ce que nous avons reconnu par nous-même

dans le noble comte de Montfort. Nous dirons d'abord qu'il était de race

illustre, d'un courage indomptable, et merveilleusement exercé dans les

armes; en outre, et pour parler de l'extérieur, il était d'une stature

très-élevée, remarquable par sa chevelure, d'une figure élégante, d'un

bel aspect, haut d'épaules, large de poitrine, gracieux de corps, agile

et ferme en tous ses mouvemens, vif et léger, tel, en un mot, que nul,

fût-il un de ses ennemis ou envieux, n'aurait rien trouvé à reprendre en

sa personne pour si peu que ce fût; enfin, et pour parler de choses plus

relevées, il était disert en paroles, affable et doux, d'un commerce

aimable, très-pur en chasteté, distingué par sa modestie, doué de

sapience, ferme en ses desseins, prévoyant dans le conseil, équitable

dans le jugement, plein de constance dans les affaires guerrières,

circonspect dans ses actions, ardent pour entreprendre, infatigable pour

achever, et tout dévoué au service de Dieu. Ô sage élection des princes!

acclamations sensées des pélerins, qui ont commis un homme si fidèle à

la défense de la foi orthodoxe, et ont voulu élever au premier rang un

personnage si bien accommodé aux intérêts de la république universelle,

à la très-sainte affaire de Jésus-Christ contre les pestiférés

hérétiques! Il convenait en effet que l'ost du Seigneur des armées fût

commandé par un homme tel que celui-ci, orné, comme nous l'avons dit, de

la noblesse du sang, de la pureté des moeurs et des vertus de

chevalerie, tel, dirons-nous, qu'il fût heureux qu'on le mît au dessus

de tous pour la défense de l'Église en péril, afin que, sous son

patronage, s'affermît l'innocence chrétienne, et que la présomptueuse

témérité de la perverse hérésie ne pût espérer que sa détestable erreur

demeurerait impunie; et bellement ce Simon de Montfort fut-il envoyé par

le Christ, vraie montagne de force, au secours de l'Église voisine du

naufrage, pour la défendre contre ses ennemis acharnés.

Il est digne de remarque que, bien qu'autres pussent se trouver qui

l'égalassent en quelque partie, nous dirons hardiment qu'à peine ou

jamais on n'en rencontra en qui affluât une si grande plénitude de

qualités, soit naturelles, soit acquises, et qu'élevât au dessus du

commun la magnificence de tant et si riches largesses accordées par la

divine Providence; voire même il lui fut donné de Dieu l'aiguillon d'une

continuelle sollicitude et d'une pauvreté très-pressante; car, bien que

Dieu, par la prise des châteaux et la destruction des ennemis, en ait

agi avec lui miraculeusement et avec libéralité grande, en même temps il

le tourmentait par tant de soucis, et l'accablait d'une si grande

détresse qu'il lui permettait à peine de reposer, afin qu'il ne

s'adonnât à l'orgueil; et, pour que la vertu d'un homme si illustre

brille davantage, qu'il ne soit à charge au lecteur si nous disons

quelques mots des choses qu'il avait faites avant l'époque que nous

traitons, et dont nous avons été témoin.

Histoire de l'hérésie des Albigeois, et de la sainte guerre entreprise contre eux de l'an 1203 à  l'an 1218 · 第 26 / 144 题