Illustres qualités de l'âme et du corps qu'on remarquait dans
Simon, comte de Montfort.
Puisque l'occasion s'en présente, et que l'ordre naturel de notre récit
le requiert, nous placerons ici ce que nous avons reconnu par nous-même
dans le noble comte de Montfort. Nous dirons d'abord qu'il était de race
illustre, d'un courage indomptable, et merveilleusement exercé dans les
armes; en outre, et pour parler de l'extérieur, il était d'une stature
très-élevée, remarquable par sa chevelure, d'une figure élégante, d'un
bel aspect, haut d'épaules, large de poitrine, gracieux de corps, agile
et ferme en tous ses mouvemens, vif et léger, tel, en un mot, que nul,
fût-il un de ses ennemis ou envieux, n'aurait rien trouvé à reprendre en
sa personne pour si peu que ce fût; enfin, et pour parler de choses plus
relevées, il était disert en paroles, affable et doux, d'un commerce
aimable, très-pur en chasteté, distingué par sa modestie, doué de
sapience, ferme en ses desseins, prévoyant dans le conseil, équitable
dans le jugement, plein de constance dans les affaires guerrières,
circonspect dans ses actions, ardent pour entreprendre, infatigable pour
achever, et tout dévoué au service de Dieu. Ô sage élection des princes!
acclamations sensées des pélerins, qui ont commis un homme si fidèle à
la défense de la foi orthodoxe, et ont voulu élever au premier rang un
personnage si bien accommodé aux intérêts de la république universelle,
à la très-sainte affaire de Jésus-Christ contre les pestiférés
hérétiques! Il convenait en effet que l'ost du Seigneur des armées fût
commandé par un homme tel que celui-ci, orné, comme nous l'avons dit, de
la noblesse du sang, de la pureté des moeurs et des vertus de
chevalerie, tel, dirons-nous, qu'il fût heureux qu'on le mît au dessus
de tous pour la défense de l'Église en péril, afin que, sous son
patronage, s'affermît l'innocence chrétienne, et que la présomptueuse
témérité de la perverse hérésie ne pût espérer que sa détestable erreur
demeurerait impunie; et bellement ce Simon de Montfort fut-il envoyé par
le Christ, vraie montagne de force, au secours de l'Église voisine du
naufrage, pour la défendre contre ses ennemis acharnés.
Il est digne de remarque que, bien qu'autres pussent se trouver qui
l'égalassent en quelque partie, nous dirons hardiment qu'à peine ou
jamais on n'en rencontra en qui affluât une si grande plénitude de
qualités, soit naturelles, soit acquises, et qu'élevât au dessus du
commun la magnificence de tant et si riches largesses accordées par la
divine Providence; voire même il lui fut donné de Dieu l'aiguillon d'une
continuelle sollicitude et d'une pauvreté très-pressante; car, bien que
Dieu, par la prise des châteaux et la destruction des ennemis, en ait
agi avec lui miraculeusement et avec libéralité grande, en même temps il
le tourmentait par tant de soucis, et l'accablait d'une si grande
détresse qu'il lui permettait à peine de reposer, afin qu'il ne
s'adonnât à l'orgueil; et, pour que la vertu d'un homme si illustre
brille davantage, qu'il ne soit à charge au lecteur si nous disons
quelques mots des choses qu'il avait faites avant l'époque que nous
traitons, et dont nous avons été témoin.