CHAPITRE XII.

Le comte de Toulouse est réconcilié à l'Église.

Ces choses dûment achevées, le légat descendit à la ville de

Saint-Gilles pour là réconcilier le comte de Toulouse, et en cette

manière furent conduites sa réconciliation et son absolution. Le comte

fut amené nu au devant des portes de l'église du bienheureux

Saint-Gilles, et, en ce lieu, en présence du légat, des archevêques et

évêques qui s'y trouvaient à telle fin au nombre de vingt et par-dessus,

il jura sur le corps du Christ et les reliques des Saints qui, par les

prélats, étaient tenues exposées devant les portes de l'église avec

grande vénération et en grande quantité, d'obéir en tout aux

commandemens de la sainte Église romaine. Puis le légat fit placer une

étole au cou du comte, et, le tirant par cette étole, il l'introduisit

absous dedans l'église en le fouettant. Il est à dire que, comme le

comte de Toulouse était introduit, ainsi que nous l'avons expliqué, dans

l'église de Saint-Gilles, nu et flagellé, il ne put, par la disposition

de Dieu, et pour la foule qui s'y trouvait, en sortir par où il était

entré, mais lui fallut descendre dans les bas côtés de l'église, et

passer nu devant le sépulcre du bienheureux martyr, frère Pierre de

Castelnau, qu'il avait fait occire. Ô juste jugement de Dieu! celui

qu'il avait méprisé vivant, il a été forcé de lui payer respect après sa

mort.

Je pense aussi qu'il convient de noter que, comme le corps dudit martyr,

qui d'abord avait été mis au tombeau dans le cloître des moines de

Saint-Gilles, eut été transféré long-temps après dans l'église, il fut

retrouvé aussi sain et intact que s'il eût été enterré le jour même;

bien plus, une exhalaison de merveilleuse odeur sortit du corps du Saint

et de ses accoutremens.

Histoire de l'hérésie des Albigeois, et de la sainte guerre entreprise contre eux de l'an 1203 à  l'an 1218 · 第 19 / 144 题