Le comte de Toulouse est réconcilié à l'Église.
Ces choses dûment achevées, le légat descendit à la ville de
Saint-Gilles pour là réconcilier le comte de Toulouse, et en cette
manière furent conduites sa réconciliation et son absolution. Le comte
fut amené nu au devant des portes de l'église du bienheureux
Saint-Gilles, et, en ce lieu, en présence du légat, des archevêques et
évêques qui s'y trouvaient à telle fin au nombre de vingt et par-dessus,
il jura sur le corps du Christ et les reliques des Saints qui, par les
prélats, étaient tenues exposées devant les portes de l'église avec
grande vénération et en grande quantité, d'obéir en tout aux
commandemens de la sainte Église romaine. Puis le légat fit placer une
étole au cou du comte, et, le tirant par cette étole, il l'introduisit
absous dedans l'église en le fouettant. Il est à dire que, comme le
comte de Toulouse était introduit, ainsi que nous l'avons expliqué, dans
l'église de Saint-Gilles, nu et flagellé, il ne put, par la disposition
de Dieu, et pour la foule qui s'y trouvait, en sortir par où il était
entré, mais lui fallut descendre dans les bas côtés de l'église, et
passer nu devant le sépulcre du bienheureux martyr, frère Pierre de
Castelnau, qu'il avait fait occire. Ô juste jugement de Dieu! celui
qu'il avait méprisé vivant, il a été forcé de lui payer respect après sa
mort.
Je pense aussi qu'il convient de noter que, comme le corps dudit martyr,
qui d'abord avait été mis au tombeau dans le cloître des moines de
Saint-Gilles, eut été transféré long-temps après dans l'église, il fut
retrouvé aussi sain et intact que s'il eût été enterré le jour même;
bien plus, une exhalaison de merveilleuse odeur sortit du corps du Saint
et de ses accoutremens.