Comment un concile fut tenu à Montélimar, et comment un jour fut
fixé au comte de Toulouse pour comparaître à Valence devant
Milon.
La susdite conférence tenue à Villeneuve étant terminée, maître Milon,
avec son collègue maître Théodise, marcha vers la Provence, et, étant
arrivé dans un certain château nommé Montélimar, il y convoqua un bon
nombre d'archevêques et d'évêques, auxquels, lorsqu'ils furent venus à
lui, il demanda en diligence de quelle façon il fallait procéder aux
affaires de la foi et de la paix, et principalement touchant le fait du
comte de Toulouse; il voulut même que chaque prélat lui donnât son avis
écrit et scellé sur certains articles au sujet desquels il avait reçu
une instruction de l'abbé de Cîteaux. Il fut fait comme il l'ordonnait,
et, chose admirable! tous les avis, tant celui de l'abbé de Cîteaux que
ceux des prélats, s'accordèrent sans différence aucune. Ceci a été fait
par le Seigneur. Après ce, maître Milon députa vers le comte de
Toulouse, lui mandant qu'au jour qu'il lui prescrivait, il eût à venir à
lui dans la cité de Valence. Le comte vint au jour dit, et, comme homme
fallacieux et cruel, parjure et trompeur, il promit au légat, savoir à
maître Milon, de faire en toutes choses selon sa volonté, ce qu'il
disait par fraude. Mais le légat, qui était homme avisé et circonspect,
usant en cela du conseil des prélats, voulut et commanda que le comte de
Toulouse livrât pour sûreté sept châteaux des domaines qu'il tenait en
Provence; il voulut encore que les comtes des cités d'Avignon et de
Nîmes et de la ville de Saint-George[41] lui jurassent que si le comte
présumait d'aller contre les commandemens de lui légat, ils ne seraient
astreints, à lui comte, par foi d'hommage ni d'alliance. Quant au comte
de Toulouse, bien qu'enrageant et malgré lui, contraint par la
nécessité, il promit d'accomplir tout ce que le légat lui avait ordonné;
et, par ainsi, il advint que lui qui avait taxé de dureté l'abbé de
Cîteaux, se plaignit plus encore de la rigueur du légat Milon. L'on
croit qu'il a été très-justement disposé par la volonté de Dieu qu'en
l'endroit où le tyran espérait trouver remède, il y trouvât vengeance et
châtiment. Aussitôt maître Théodise, homme plein d'entière bonté, vint
au pays de Provence, par l'ordre du légat, pour recevoir les châteaux
dont nous avons parlé, les occuper de la part de la sainte Église
romaine, et les munir.
[Note 41: Il faut lire probablement _Sancti Ægidii_, et entendre
Saint-Gilles au lieu de _Saint-George_. Par les _comtes_ de ces villes
l'historien entend, à ce qu'il paraît, les _consuls_ ou premiers
magistrats municipaux.]