CHAPITRE XIII.

Comment le comte de Toulouse prit feintement la croix de la

sainte milice, laquelle les soldats de l'armée catholique

portaient cousue sur la poitrine.

Après toutes ces choses, le très-rusé comte de Toulouse, tremblant

devant la face des Croisés qui, pour chasser les hérétiques et leurs

fauteurs, devaient prochainement venir de France au pays de Narbonne,

requit du légat qu'on lui donnât la croix, afin par-là d'empêcher que

ses terres ne fussent infestées par les nôtres. Le légat lui octroya sa

demande, et donna la croix au comte et à deux de ses chevaliers

seulement. Ô menteur et très-perfide Croisé! j'entends parler du comte

de Toulouse qui prit la croix, non pour venger l'injure du Crucifix,

mais pour pouvoir quelque temps céler sa perversité, et la cacher aux

yeux.

Ces choses faites, le légat et maître Théodise retournèrent vers Lyon à

la rencontre des Croisés qui devaient marcher promptement contre les

hérétiques Provençaux; car par toute la Provence avait-on publié

l'indulgence que le seigneur pape accordait à ceux qui partiraient

contre les susdits hérétiques; si bien que beaucoup de nobles et

d'ignobles avaient armé leur poitrine du signe de la croix contre les

ennemis de la croix. Tant de milliers de fidèles s'étant donc croisés en

France pour venger l'injure de notre Dieu, et devant se croiser plus

tard, il ne manquait plus rien, sinon que le Dieu des armées, faisant

marcher sa milice, perdît ces très-cruels homicides; lui qui d'abord,

avec sa bonté accoutumée et une bénignité extraordinaire, compatissant à

ses ennemis, c'est-à-dire, aux hérétiques et à leurs fauteurs, leur

avait envoyé à plusieurs fois plusieurs de ses ministres; mais eux,

obstinés dans leur impiété, persévérant dans leur corruption, les

avaient accablés d'outrages ou même égorgés.

Histoire de l'hérésie des Albigeois, et de la sainte guerre entreprise contre eux de l'an 1203 à  l'an 1218 · 第 20 / 144 题