Le surlendemain, 21 mars (30 ventôse), dernier jour de la session de

l'an IX, le Corps Législatif entendit la discussion du projet. Trois

tribuns devaient l'attaquer, et trois conseillers d'État le défendre.

M. Benjamin Constant était au nombre des trois tribuns. Il fit valoir

d'une manière brillante les objections élevées contre le plan du

gouvernement. Néanmoins le Corps Législatif en prononça l'adoption à

la majorité de 227 voix contre 58. Le Premier Consul devait se tenir

pour satisfait. Mais il ne savait pas, et on ne savait pas encore

autour de lui, qu'il faut faire le bien, sans s'étonner, sans

s'inquiéter des injustices, qui en sont souvent le prix. Et quel homme

eut jamais autant de gloire que le Premier Consul, pour se dédommager

de quelques attaques, ou légères ou indiscrètes? D'ailleurs, malgré

ces attaques, les dispositions étaient excellentes à l'égard du

gouvernement. La majorité dans le Corps Législatif était des cinq

sixièmes au moins, et dans le Tribunat, dont le vote n'était pas

décisif, elle était des deux tiers. Il y avait peu à s'étonner, peu à

s'effrayer de si faibles minorités. Mais, quoique entouré de

l'admiration universelle, l'homme qui gouvernait alors la France ne

savait pas supporter les mesquines critiques dont son administration

était l'objet. Le temps du vrai gouvernement représentatif n'était pas

venu: les opposants n'en avaient pas plus les principes et les moeurs,

que le gouvernement lui-même. Ce qui achèvera de peindre les opposants

du Tribunat, c'est que l'acte odieux contre les révolutionnaires ne

fut pas même de leur part le sujet d'une observation. On profita de ce

que l'acte n'était pas déféré à la Législature pour se taire. On

déclamait sur les choses peu importantes ou irréprochables, on

laissait passer inaperçue une impardonnable infraction à toutes les

règles de la justice. Ainsi vont la plupart du temps les hommes et les

partis.

Du reste, les stériles agitations de quelques opposants, méconnaissant

le mouvement général des esprits et les besoins du temps, faisaient

peu de sensation. Le public était tout entier au spectacle des travaux

immenses qui avaient procuré à la France la victoire et la paix

continentale, et qui devaient lui procurer bientôt la paix maritime.

Au milieu de ses occupations militaires et politiques, le Premier

Consul, ainsi que nous l'avons fait remarquer bien des fois, ne

cessait de donner son attention aux routes, aux canaux, aux ponts, à

l'industrie et au commerce.

[Illustration: Le Premier Consul et quelques ingénieurs.]

[En marge: Routes.]

[En marge: Canaux.]

[En marge: Canal de Saint-Quentin.]

[En marge: Route du Simplon.]

Nous avons déjà dit quel était le délabrement des routes, et quels

étaient les moyens employés par le Premier Consul pour suppléer à

l'insuffisance du produit des barrières. Il avait ordonné un ample

examen de la question; mais, comme il arrive le plus souvent, la

difficulté consistait bien plutôt dans le défaut d'argent, que dans

le choix d'un bon système. Il alla droit au but, et affecta sur le

budget de l'an IX de nouvelles sommes, prises sur les fonds généraux

du trésor, pour continuer les réparations extraordinaires déjà

commencées. On parlait beaucoup aussi de canaux. Les esprits, dégoûtés

des agitations politiques, se reportaient volontiers vers tout ce qui

touchait à l'industrie et au commerce. Le canal connu aujourd'hui sous

le nom de canal de Saint-Quentin, liant la navigation de la Seine et

de l'Oise avec celle de la Somme et de l'Escaut, c'est-à-dire, liant

la Belgique avec la France, était abandonné. On n'avait jamais pu se

mettre d'accord sur la manière d'exécuter le percement, au moyen

duquel on devait passer de la vallée de l'Oise dans celles de la Somme

et de l'Escaut. Les ingénieurs étaient divisés de sentiment. Le

Premier Consul s'y rendit de sa personne, les entendit tous, jugea la

question, et la jugea bien. Le percement fut décidé, et continué dans

la direction la meilleure, celle même qui a réussi. La population de

Saint-Quentin l'accueillit avec transport, et à peine était-il

retourné à Paris, que les habitants de la Seine-Inférieure lui

adressèrent une députation, pour lui demander à leur tour

quarante-huit heures de son temps. Il promit une visite prochaine à la

Normandie. Il fit décider et confier à des compagnies l'établissement,

à Paris, de trois nouveaux ponts sur la Seine, celui qui aboutit au

Jardin des Plantes, et qu'on appelle pont d'Austerlitz, celui qui

rattache l'île de la Cité à l'île Saint-Louis, celui enfin qui conduit

du Louvre au palais de l'Institut. Il s'occupait en même temps de la

route du Simplon, premier projet de sa jeunesse, projet toujours le

plus cher à son coeur, le plus digne de prendre place dans l'avenir, à

côté des souvenirs de Rivoli et de Marengo. On se souvient que, dès

qu'il eut fondé la République Cisalpine, le Premier Consul voulut la

rapprocher de la France par une route qui, partant de Lyon ou de

Dijon, passant à Genève, traversant le Valais, tombant sur le lac

Majeur et Milan, permît en tout temps de déboucher au milieu de la

Haute-Italie, avec cinquante mille hommes et cent bouches à feu. Faute

d'une route pareille, on avait été obligé de franchir le

Saint-Bernard. Maintenant que la République Cisalpine venait d'être

reconstituée au congrès de Lunéville, il était temps plus que jamais,

d'établir une grande communication militaire entre la Lombardie et la

France. Le Premier Consul avait sur-le-champ ordonné les travaux

nécessaires. Le général Turreau, que nous avons vu descendre du

Petit-Saint-Bernard avec des légions de conscrits, pendant que le

général Bonaparte descendait du Grand-Saint-Bernard avec ses troupes

aguerries, le général Turreau avait reçu ordre de porter son

quartier-général à Domo-d'Ossola, au pied même du Simplon. Ce général

devait protéger les travailleurs, et les aider avec les bras de ses

soldats.

[En marge: Hospices établis dans les Alpes.]

À ce magnifique ouvrage, le Premier Consul voulut en ajouter un autre en

commémoration du passage des Alpes. Les Pères du Grand-Saint-Bernard

avaient rendu de véritables services à l'armée française. Aidés de

quelque argent, ils avaient, pendant dix jours, soutenu par des

aliments et du vin les forces de nos soldats. Le Premier Consul en avait

gardé une vive reconnaissance. Il décida l'établissement de deux

hospices semblables, l'un au Mont-Cenis, l'autre au Simplon, tous deux

succursales du couvent du Grand-Saint-Bernard. Ils devaient contenir

quinze religieux chacun, et recevoir de la République Cisalpine une

dotation considérable en biens fonds. Cette république n'avait rien à

refuser à son fondateur. Mais, comme ce fondateur aimait en toutes

choses une prompte exécution, il fit exécuter les travaux de premier

établissement avec l'argent de la France, afin qu'aucun retard ne fût

apporté à ces belles créations. Ainsi, de magnifiques routes, des

établissements d'une noble bienfaisance, devaient attester aux âges

futurs le passage à travers les Alpes du moderne Annibal.

À côté de ces vues grandes ou bienfaisantes, se développaient des vues

d'un autre genre, et qui avaient pour objet une création bien

autrement utile, celle du Code civil. Le Premier Consul avait chargé

de la rédaction de ce code plusieurs jurisconsultes éminents, MM.

Portalis, Tronchet, Bigot de Préameneu. Leur travail était achevé, et

venait d'être communiqué au tribunal de cassation, ainsi qu'aux

vingt-neuf tribunaux d'appel, depuis cours royales. L'avis de toute la

magistrature ainsi recueilli, le travail allait être soumis au Conseil

d'État, et solennellement discuté sous la présidence du Premier

Consul. On se proposait ensuite de le présenter au Corps Législatif

dans la session prochaine, celle de l'an X.

Toujours prêt à ordonner de grands travaux, mais toujours prêt aussi à

récompenser grandement leurs auteurs, le Premier Consul venait

d'employer son influence à porter M. Tronchet au Sénat. Il

récompensait en lui un grand jurisconsulte, un des auteurs du Code

civil, et, ce qui n'était pas indifférent à ses yeux, sous le rapport

de la signification politique, le courageux défenseur de Louis XVI.

Tout s'organisait donc à la fois, avec l'ensemble qu'un esprit vaste

peut mettre dans ses oeuvres, avec la rapidité que peut y apporter une

volonté ardente, et déjà ponctuellement obéie. Le génie qui faisait

ces choses était extraordinaire sans doute; mais, il faut le dire, la

situation aussi extraordinaire que le génie. Le général Bonaparte

avait la France et l'Europe à remuer, et pour levier la victoire; il

avait à rédiger tous les codes de la nation française, et en même

temps tous les esprits disposés à recevoir ses lois; il avait des

routes, des canaux, des ponts à construire, et personne pour lui

contester les ressources; il avait même des nations prêtes à lui

fournir leurs trésors, comme les Italiens, par exemple, pour

contribuer à l'ouverture du Simplon, ou pour doter les hospices placés

au sommet des Alpes. C'est que la Providence ne fait rien à demi: à un

grand génie, elle procure une grande oeuvre, et, à toute grande

oeuvre, un grand génie.

FIN DU LIVRE HUITIÈME.

LIVRE NEUVIÈME.

LES NEUTRES.

Suite des négociations avec les diverses cours de

l'Europe.--Traité avec la cour de Naples.--Exclusion des Anglais

des ports des Deux-Siciles, et obligation contractée par le

gouvernement napolitain, de recevoir à Otrante une division

française.--L'Espagne promet d'exiger par la force l'interdiction

aux Anglais des côtes de Portugal.--Vastes projets maritimes du

Premier Consul, tendant à faire agir de concert les forces

navales de l'Espagne, de la Hollande et de la France.--Moyens

imaginés pour secourir l'Égypte.--L'amiral Ganteaume, à la tête

d'une division, sort de Brest par une tempête, et se dirige vers

le détroit de Gibraltar, pour se rendre aux bouches du

Nil.--Coalition générale de toutes les nations maritimes contre

l'Angleterre.--Préparatifs des neutres dans la Baltique.--Ardeur

belliqueuse de Paul Ier.--Détresse de l'Angleterre.--Une affreuse

disette la tourmente.--Son état financier et commercial avant la

guerre, et depuis.--Ses charges et ses ressources également

doublées.--Déchaînement contre M. Pitt.--Son dissentiment avec

Georges III, et sa retraite.--Ministère Addington.--L'Angleterre,

malgré ses embarras, fait tête à l'orage, et envoie dans la

Baltique les amiraux Nelson et Parker, pour rompre la coalition

des neutres.--Plan de Nelson et de Parker.--Ils se décident à

forcer le passage du Sund.--La côte suédoise étant mal défendue,

la flotte anglaise passe le Sund, presque sans difficulté.--Elle

se porte devant Copenhague.--L'avis de Nelson, avant de s'engager

dans la Baltique, est de livrer bataille aux Danois.--Description

de la position de Copenhague, et des moyens adoptés pour défendre

cette importante place maritime.--Nelson fait une manoeuvre

hardie, et vient s'embosser dans la _Passe royale_, en face des

bâtiments danois.--Bataille meurtrière.--Vaillance des Danois, et

danger de Nelson.--Il envoie un parlementaire au prince régent de

Danemark, et obtient par ce moyen les avantages d'une

victoire.--Suspension d'armes de quatorze semaines.--Dans

l'intervalle, on apprend la mort de Paul Ier.--Événements qui se

sont passés en Russie.--Exaspération de la noblesse russe contre

l'empereur Paul, et disposition à se débarrasser de ce prince par

tous les moyens, même par un crime.--Le comte Pahlen.--Son

caractère et ses projets.--Sa conduite avec le grand-duc

Alexandre.--Projet d'assassinat caché sous un projet d'abdication

forcée.--Scène affreuse au palais Michel, dans la nuit du 23

mars.--Mort tragique de Paul Ier.--Avènement d'Alexandre.--La

coalition des neutres dissoute par la mort de l'empereur

Paul.--Armistice de fait dans la Baltique.--Le Premier Consul

essaie, en offrant le Hanovre à la Prusse, de la retenir dans la

ligue des neutres.--L'Angleterre, satisfaite d'avoir dissous

cette ligue par la bataille du Copenhague, et d'être délivrée de

Paul Ier, songe à profiter de l'occasion, pour traiter avec la

France, et pour réparer les fautes de M. Pitt.--Le ministère

Addington fait offrir la paix au Premier Consul, par

l'intermédiaire de M. Otto.--Acceptation de cette proposition, et

ouverture à Londres d'une négociation entre la France et

l'Angleterre.--La paix va devenir générale sur terre et sur

mer.--Progrès de la France depuis le 18 brumaire.

[En marge: Le Premier Consul veut profiter de la paix du continent

pour amener la paix maritime.]

La paix avec l'empereur et avec l'Empire ayant été signée à Lunéville,

en février 1801, le Premier Consul était impatient d'en recueillir les

conséquences. Ces conséquences devaient être de conclure la paix avec

les États du continent qui ne s'étaient pas encore rapprochés de la

République, de les contraindre à fermer leurs ports à l'Angleterre, de

tourner contre celle-ci toutes les forces des neutres, de s'unir aux

neutres pour préparer quelque grande opération contre le territoire et

le commerce britanniques, de conquérir enfin par cet ensemble de

moyens la paix maritime, complément indispensable de la paix

continentale. Tout annonçait que ces grandes et heureuses conséquences

ne se feraient pas long-temps attendre.

[En marge: Ratification du traité de Lunéville par la diète le 9

mars.]

La Diète germanique avait ratifié la signature donnée par l'empereur

au traité de Lunéville. On n'avait point à craindre qu'il en fût

autrement, car l'Autriche disposait des États ecclésiastiques, les

seuls véritablement opposés au traité. Quant aux princes séculiers,

comme ils devaient être indemnisés de leurs pertes, avec la ressource

des sécularisations, ils avaient intérêt à voir promptement acceptées

les stipulations arrêtées entre l'Autriche et la France. Ils étaient

en outre placés sous l'influence de la Prusse, que la France avait

disposée à trouver bon ce qu'on venait de faire à Lunéville.

D'ailleurs tout le monde alors voulait la paix, et était prêt à y

contribuer, même par des sacrifices. Seulement la Prusse, en ratifiant

la signature donnée par l'empereur, sans pouvoirs de la Diète, avait

voulu accorder une ratification, qui eût plutôt la forme de la

tolérance que celle de l'approbation, et qui réservât pour l'avenir

les droits de l'Empire. Mais, la proposition de la Prusse, qui, tout

en ratifiant le traité, contenait un blâme indirect pour l'Empereur,

n'obtint point la majorité. Le traité fut ratifié, purement et

simplement, par un _conclusum_ du 9 mars 1801 (18 ventôse an IX). Les

ratifications furent échangées à Paris le 16 mars (25 ventôse). Il ne

restait plus qu'à régler le système des indemnités, ce qui devait être

le sujet de négociations ultérieures.

La paix était donc faite avec la plus grande partie de l'Europe. Elle

n'était pas encore signée avec la Russie, mais on était, comme on va

le voir, engagé avec elle et les cours du Nord, dans une grande

coalition maritime. On avait à Paris deux ministres russes à la fois,

M. de Sprengporten pour l'affaire des prisonniers, M. de Kalitscheff

pour le règlement des questions générales. Ce dernier venait d'arriver

dans les premiers jours de mars (milieu de ventôse).

Restaient la cour de Naples et le Portugal à contraindre, pour que le

continent tout entier fût fermé à l'Angleterre.

[En marge: Marche de Murat sur Naples, afin de contraindre cette cour

à la paix.]

[En marge: Armistice de 30 jours.]

[En marge: Envoi de M. de Gallo à Paris.]

Murat s'était avancé vers l'Italie méridionale avec un corps d'élite,

celui qui avait été formé au camp d'Amiens. Renforcé par plusieurs

détachements tirés de l'armée du général Brune, il s'était porté à

Foligno, afin d'obliger la cour de Naples à condescendre aux volontés

de la France. Sans l'intérêt témoigné par l'empereur de Russie en

faveur de cette cour, le Premier Consul aurait peut-être donné tout de

suite à la maison de Parme le royaume des Deux-Siciles, afin

d'arracher ce beau pays à une famille ennemie. Mais les dispositions

manifestées par l'empereur Paul ne lui permettaient pas une telle

résolution. Il voulait d'ailleurs ménager l'opinion de l'Europe, et,

pour cela, il fallait éviter autant que possible le bouleversement des

anciennes royautés. Il était donc prêt à concéder la paix à la cour de

Naples, pourvu qu'elle rompît avec l'Angleterre. Mais cette

détermination était la plus difficile de toutes à obtenir. Murat

s'avança jusqu'aux frontières du royaume, en ayant soin d'éviter Rome,

et en prodiguant au Pape les plus grands témoignages de respect. La

cour de Naples ne résista plus, et signa un armistice qui stipulait,

suivant les voeux du Premier Consul, l'exclusion des Anglais des ports

des Deux-Siciles. Cependant l'armistice était court; il était de

trente jours; il fallait, les trente jours écoulés, signer une paix

définitive. Le marquis de Gallo, l'un des négociateurs de

Campo-Formio, qui se vantait de connaître le Premier Consul, et

d'avoir sur lui autant d'influence que M. de Cobentzel, s'était rendu

à Paris. Il espérait qu'en s'appuyant sur ces relations toutes

personnelles, sur la protection de la légation de Russie, et sur les

recommandations de l'Autriche, il pourrait obtenir les conditions

désirées par la cour de Naples, et consistant dans la simple

neutralité. La prétention était ridicule, car une cour qui avait donné

le signal de la seconde coalition, qui nous avait fait une guerre

acharnée, qui avait enfin traité les Français indignement, ne devait

pas, lorsqu'elle était à notre discrétion, en être quitte pour se

séparer purement et simplement de l'Angleterre. C'était bien le moins

qu'on l'obligeât, de gré ou de force, à faire contre l'Angleterre

autant qu'elle avait fait contre la France.

[En marge: Renvoi de M. de Gallo.]

M. de Gallo ayant montré quelque suffisance à Paris, ayant même paru

s'appuyer, plus qu'il ne convenait, sur la légation russe, on mit une

prompte fin à sa négociation. M. de Talleyrand lui déclara qu'un

plénipotentiaire français était parti pour se rendre à Florence, que

la négociation était par conséquent transportée dans cette ville,

qu'il ne pouvait d'ailleurs traiter avec un négociateur, qui n'avait

pas le pouvoir de consentir à la seule condition considérée comme

essentielle, c'est-à-dire à l'expulsion des Anglais des ports des

Deux-Siciles, condition qui était désirée par l'empereur Paul autant

que par le Premier Consul lui-même. En conséquence M. de Gallo dut

quitter Paris sur-le-champ. On venait, en effet, de faire partir pour

Florence M. Alquier, rappelé de Madrid depuis que Lucien Bonaparte

avait été envoyé en Espagne. M. Alquier avait des instructions et des

pouvoirs pour traiter.

[En marge: Paix signée avec la cour de Naples le 18 mars.]

[En marge: Clôture des ports des Deux-Siciles aux Anglais.]

[En marge: Le golfe de Tarente occupé par une division de 15 mille

Français.]

Ce plénipotentiaire se rendit à Florence en toute hâte, et y trouva le

chevalier Micheroux, le même qui avait signé un armistice avec Murat,

et qui venait de recevoir les pleins pouvoirs de sa cour. La

négociation, transportée en ces lieux, faite sous les baïonnettes de

l'armée française, ne devait plus rencontrer les mêmes difficultés

qu'à Paris. Le traité de paix fut signé le 18 mars 1801 (27 ventôse an

IX). On peut dire qu'il était modéré, si on le compare à la situation

de la cour de Naples à l'égard de la République française. On laissait

à cette branche de la maison de Bourbon l'intégralité de ses États. On

ne lui demandait que la portion fort insignifiante de territoire,

qu'elle possédait dans l'île d'Elbe. C'était Porto-Longone et la

banlieue environnante. L'île d'Elbe appartenait alors partie à la

Toscane, partie aux Deux-Siciles. L'intention du Premier Consul était

de la donner tout entière à la France. Un historien des traités s'est

fort élevé contre cette prétendue violence, comme si ce n'était pas là

le plus simple droit de la victoire. Sauf cet insignifiant sacrifice,

la cour de Naples ne perdait rien. Elle s'obligeait à fermer ses ports

aux Anglais, à donner à la France trois frégates, armées et rendues à

Ancône. Le Premier Consul les destinait à l'Égypte. La plus importante

stipulation du traité était secrète. Elle obligeait le gouvernement

napolitain à recevoir une division de 12 à 15 mille Français dans le

golfe de Tarente, et à les nourrir pendant tout le temps de cette

occupation. L'intention véritable et sans arrière-pensée du Premier

Consul, était de les porter là, pour secourir l'Égypte. Ainsi placés,

ils n'avaient que la moitié du chemin à faire pour se rendre à

Alexandrie. Un dernier article stipulait la restitution des objets

d'arts qui avaient été choisis à Rome pour la France, qui se

trouvaient tout encaissés quand l'armée napolitaine avait pénétré dans

les États du Pape en 1799, et dont la cour de Naples s'était emparée

pour son propre compte. Une indemnité de 500 mille francs était

accordée aux Français, qui avaient été pillés ou vexés par les bandes

indisciplinées des Napolitains.

Tel fut ce traité de Florence, qu'on peut considérer comme un acte de

clémence, quand on songe à la conduite antérieure de la cour de

Naples, mais qui était parfaitement adapté aux vues du Premier Consul,

uniquement occupé du soin de fermer les ports du continent à

l'Angleterre, et de s'assurer des positions avantageuses pour

communiquer avec l'Égypte.

Il ne stipula rien encore avec le Pape, dont le plénipotentiaire

traitait à Paris la plus importante des questions, la question

religieuse. Il était mécontent du roi de Piémont, qui avait livré la

Sardaigne aux Anglais, et mécontent aussi du peuple piémontais, qui

avait montré des dispositions peu amicales aux Français. Il voulut

donc rester libre de tout engagement, à l'égard de cette partie si

importante de l'Italie.

[En marge: Intimité de la cour d'Espagne avec le Premier Consul.]

[En marge: Chute de M. d'Urquijo.]

[En marge: Le prince de la Paix redevenu personnage influent du

gouvernement espagnol.]

[En marge: Conditions mises par le prince de la Paix à l'opération

dirigée contre le Portugal.]

Histoire du Consulat et de l'Empire, (Vol. 02 / 20) faisant suite à l'Histoire de la Révolution Française · 第 24 / 31 段