l'an IX, le Corps Législatif entendit la discussion du projet. Trois
tribuns devaient l'attaquer, et trois conseillers d'État le défendre.
M. Benjamin Constant était au nombre des trois tribuns. Il fit valoir
d'une manière brillante les objections élevées contre le plan du
gouvernement. Néanmoins le Corps Législatif en prononça l'adoption à
la majorité de 227 voix contre 58. Le Premier Consul devait se tenir
pour satisfait. Mais il ne savait pas, et on ne savait pas encore
autour de lui, qu'il faut faire le bien, sans s'étonner, sans
s'inquiéter des injustices, qui en sont souvent le prix. Et quel homme
eut jamais autant de gloire que le Premier Consul, pour se dédommager
de quelques attaques, ou légères ou indiscrètes? D'ailleurs, malgré
ces attaques, les dispositions étaient excellentes à l'égard du
gouvernement. La majorité dans le Corps Législatif était des cinq
sixièmes au moins, et dans le Tribunat, dont le vote n'était pas
décisif, elle était des deux tiers. Il y avait peu à s'étonner, peu à
s'effrayer de si faibles minorités. Mais, quoique entouré de
l'admiration universelle, l'homme qui gouvernait alors la France ne
savait pas supporter les mesquines critiques dont son administration
était l'objet. Le temps du vrai gouvernement représentatif n'était pas
venu: les opposants n'en avaient pas plus les principes et les moeurs,
que le gouvernement lui-même. Ce qui achèvera de peindre les opposants
du Tribunat, c'est que l'acte odieux contre les révolutionnaires ne
fut pas même de leur part le sujet d'une observation. On profita de ce
que l'acte n'était pas déféré à la Législature pour se taire. On
déclamait sur les choses peu importantes ou irréprochables, on
laissait passer inaperçue une impardonnable infraction à toutes les
règles de la justice. Ainsi vont la plupart du temps les hommes et les
partis.
Du reste, les stériles agitations de quelques opposants, méconnaissant
le mouvement général des esprits et les besoins du temps, faisaient
peu de sensation. Le public était tout entier au spectacle des travaux
immenses qui avaient procuré à la France la victoire et la paix
continentale, et qui devaient lui procurer bientôt la paix maritime.
Au milieu de ses occupations militaires et politiques, le Premier
Consul, ainsi que nous l'avons fait remarquer bien des fois, ne
cessait de donner son attention aux routes, aux canaux, aux ponts, à
l'industrie et au commerce.
[Illustration: Le Premier Consul et quelques ingénieurs.]
[En marge: Routes.]
[En marge: Canaux.]
[En marge: Canal de Saint-Quentin.]
[En marge: Route du Simplon.]
Nous avons déjà dit quel était le délabrement des routes, et quels
étaient les moyens employés par le Premier Consul pour suppléer à
l'insuffisance du produit des barrières. Il avait ordonné un ample
examen de la question; mais, comme il arrive le plus souvent, la
difficulté consistait bien plutôt dans le défaut d'argent, que dans
le choix d'un bon système. Il alla droit au but, et affecta sur le
budget de l'an IX de nouvelles sommes, prises sur les fonds généraux
du trésor, pour continuer les réparations extraordinaires déjà
commencées. On parlait beaucoup aussi de canaux. Les esprits, dégoûtés
des agitations politiques, se reportaient volontiers vers tout ce qui
touchait à l'industrie et au commerce. Le canal connu aujourd'hui sous
le nom de canal de Saint-Quentin, liant la navigation de la Seine et
de l'Oise avec celle de la Somme et de l'Escaut, c'est-à-dire, liant
la Belgique avec la France, était abandonné. On n'avait jamais pu se
mettre d'accord sur la manière d'exécuter le percement, au moyen
duquel on devait passer de la vallée de l'Oise dans celles de la Somme
et de l'Escaut. Les ingénieurs étaient divisés de sentiment. Le
Premier Consul s'y rendit de sa personne, les entendit tous, jugea la
question, et la jugea bien. Le percement fut décidé, et continué dans
la direction la meilleure, celle même qui a réussi. La population de
Saint-Quentin l'accueillit avec transport, et à peine était-il
retourné à Paris, que les habitants de la Seine-Inférieure lui
adressèrent une députation, pour lui demander à leur tour
quarante-huit heures de son temps. Il promit une visite prochaine à la
Normandie. Il fit décider et confier à des compagnies l'établissement,
à Paris, de trois nouveaux ponts sur la Seine, celui qui aboutit au
Jardin des Plantes, et qu'on appelle pont d'Austerlitz, celui qui
rattache l'île de la Cité à l'île Saint-Louis, celui enfin qui conduit
du Louvre au palais de l'Institut. Il s'occupait en même temps de la
route du Simplon, premier projet de sa jeunesse, projet toujours le
plus cher à son coeur, le plus digne de prendre place dans l'avenir, à
côté des souvenirs de Rivoli et de Marengo. On se souvient que, dès
qu'il eut fondé la République Cisalpine, le Premier Consul voulut la
rapprocher de la France par une route qui, partant de Lyon ou de
Dijon, passant à Genève, traversant le Valais, tombant sur le lac
Majeur et Milan, permît en tout temps de déboucher au milieu de la
Haute-Italie, avec cinquante mille hommes et cent bouches à feu. Faute
d'une route pareille, on avait été obligé de franchir le
Saint-Bernard. Maintenant que la République Cisalpine venait d'être
reconstituée au congrès de Lunéville, il était temps plus que jamais,
d'établir une grande communication militaire entre la Lombardie et la
France. Le Premier Consul avait sur-le-champ ordonné les travaux
nécessaires. Le général Turreau, que nous avons vu descendre du
Petit-Saint-Bernard avec des légions de conscrits, pendant que le
général Bonaparte descendait du Grand-Saint-Bernard avec ses troupes
aguerries, le général Turreau avait reçu ordre de porter son
quartier-général à Domo-d'Ossola, au pied même du Simplon. Ce général
devait protéger les travailleurs, et les aider avec les bras de ses
soldats.
[En marge: Hospices établis dans les Alpes.]
À ce magnifique ouvrage, le Premier Consul voulut en ajouter un autre en
commémoration du passage des Alpes. Les Pères du Grand-Saint-Bernard
avaient rendu de véritables services à l'armée française. Aidés de
quelque argent, ils avaient, pendant dix jours, soutenu par des
aliments et du vin les forces de nos soldats. Le Premier Consul en avait
gardé une vive reconnaissance. Il décida l'établissement de deux
hospices semblables, l'un au Mont-Cenis, l'autre au Simplon, tous deux
succursales du couvent du Grand-Saint-Bernard. Ils devaient contenir
quinze religieux chacun, et recevoir de la République Cisalpine une
dotation considérable en biens fonds. Cette république n'avait rien à
refuser à son fondateur. Mais, comme ce fondateur aimait en toutes
choses une prompte exécution, il fit exécuter les travaux de premier
établissement avec l'argent de la France, afin qu'aucun retard ne fût
apporté à ces belles créations. Ainsi, de magnifiques routes, des
établissements d'une noble bienfaisance, devaient attester aux âges
futurs le passage à travers les Alpes du moderne Annibal.
À côté de ces vues grandes ou bienfaisantes, se développaient des vues
d'un autre genre, et qui avaient pour objet une création bien
autrement utile, celle du Code civil. Le Premier Consul avait chargé
de la rédaction de ce code plusieurs jurisconsultes éminents, MM.
Portalis, Tronchet, Bigot de Préameneu. Leur travail était achevé, et
venait d'être communiqué au tribunal de cassation, ainsi qu'aux
vingt-neuf tribunaux d'appel, depuis cours royales. L'avis de toute la
magistrature ainsi recueilli, le travail allait être soumis au Conseil
d'État, et solennellement discuté sous la présidence du Premier
Consul. On se proposait ensuite de le présenter au Corps Législatif
dans la session prochaine, celle de l'an X.
Toujours prêt à ordonner de grands travaux, mais toujours prêt aussi à
récompenser grandement leurs auteurs, le Premier Consul venait
d'employer son influence à porter M. Tronchet au Sénat. Il
récompensait en lui un grand jurisconsulte, un des auteurs du Code
civil, et, ce qui n'était pas indifférent à ses yeux, sous le rapport
de la signification politique, le courageux défenseur de Louis XVI.
Tout s'organisait donc à la fois, avec l'ensemble qu'un esprit vaste
peut mettre dans ses oeuvres, avec la rapidité que peut y apporter une
volonté ardente, et déjà ponctuellement obéie. Le génie qui faisait
ces choses était extraordinaire sans doute; mais, il faut le dire, la
situation aussi extraordinaire que le génie. Le général Bonaparte
avait la France et l'Europe à remuer, et pour levier la victoire; il
avait à rédiger tous les codes de la nation française, et en même
temps tous les esprits disposés à recevoir ses lois; il avait des
routes, des canaux, des ponts à construire, et personne pour lui
contester les ressources; il avait même des nations prêtes à lui
fournir leurs trésors, comme les Italiens, par exemple, pour
contribuer à l'ouverture du Simplon, ou pour doter les hospices placés
au sommet des Alpes. C'est que la Providence ne fait rien à demi: à un
grand génie, elle procure une grande oeuvre, et, à toute grande
oeuvre, un grand génie.
FIN DU LIVRE HUITIÈME.
LIVRE NEUVIÈME.
LES NEUTRES.
Suite des négociations avec les diverses cours de
l'Europe.--Traité avec la cour de Naples.--Exclusion des Anglais
des ports des Deux-Siciles, et obligation contractée par le
gouvernement napolitain, de recevoir à Otrante une division
française.--L'Espagne promet d'exiger par la force l'interdiction
aux Anglais des côtes de Portugal.--Vastes projets maritimes du
Premier Consul, tendant à faire agir de concert les forces
navales de l'Espagne, de la Hollande et de la France.--Moyens
imaginés pour secourir l'Égypte.--L'amiral Ganteaume, à la tête
d'une division, sort de Brest par une tempête, et se dirige vers
le détroit de Gibraltar, pour se rendre aux bouches du
Nil.--Coalition générale de toutes les nations maritimes contre
l'Angleterre.--Préparatifs des neutres dans la Baltique.--Ardeur
belliqueuse de Paul Ier.--Détresse de l'Angleterre.--Une affreuse
disette la tourmente.--Son état financier et commercial avant la
guerre, et depuis.--Ses charges et ses ressources également
doublées.--Déchaînement contre M. Pitt.--Son dissentiment avec
Georges III, et sa retraite.--Ministère Addington.--L'Angleterre,
malgré ses embarras, fait tête à l'orage, et envoie dans la
Baltique les amiraux Nelson et Parker, pour rompre la coalition
des neutres.--Plan de Nelson et de Parker.--Ils se décident à
forcer le passage du Sund.--La côte suédoise étant mal défendue,
la flotte anglaise passe le Sund, presque sans difficulté.--Elle
se porte devant Copenhague.--L'avis de Nelson, avant de s'engager
dans la Baltique, est de livrer bataille aux Danois.--Description
de la position de Copenhague, et des moyens adoptés pour défendre
cette importante place maritime.--Nelson fait une manoeuvre
hardie, et vient s'embosser dans la _Passe royale_, en face des
bâtiments danois.--Bataille meurtrière.--Vaillance des Danois, et
danger de Nelson.--Il envoie un parlementaire au prince régent de
Danemark, et obtient par ce moyen les avantages d'une
victoire.--Suspension d'armes de quatorze semaines.--Dans
l'intervalle, on apprend la mort de Paul Ier.--Événements qui se
sont passés en Russie.--Exaspération de la noblesse russe contre
l'empereur Paul, et disposition à se débarrasser de ce prince par
tous les moyens, même par un crime.--Le comte Pahlen.--Son
caractère et ses projets.--Sa conduite avec le grand-duc
Alexandre.--Projet d'assassinat caché sous un projet d'abdication
forcée.--Scène affreuse au palais Michel, dans la nuit du 23
mars.--Mort tragique de Paul Ier.--Avènement d'Alexandre.--La
coalition des neutres dissoute par la mort de l'empereur
Paul.--Armistice de fait dans la Baltique.--Le Premier Consul
essaie, en offrant le Hanovre à la Prusse, de la retenir dans la
ligue des neutres.--L'Angleterre, satisfaite d'avoir dissous
cette ligue par la bataille du Copenhague, et d'être délivrée de
Paul Ier, songe à profiter de l'occasion, pour traiter avec la
France, et pour réparer les fautes de M. Pitt.--Le ministère
Addington fait offrir la paix au Premier Consul, par
l'intermédiaire de M. Otto.--Acceptation de cette proposition, et
ouverture à Londres d'une négociation entre la France et
l'Angleterre.--La paix va devenir générale sur terre et sur
mer.--Progrès de la France depuis le 18 brumaire.
[En marge: Le Premier Consul veut profiter de la paix du continent
pour amener la paix maritime.]
La paix avec l'empereur et avec l'Empire ayant été signée à Lunéville,
en février 1801, le Premier Consul était impatient d'en recueillir les
conséquences. Ces conséquences devaient être de conclure la paix avec
les États du continent qui ne s'étaient pas encore rapprochés de la
République, de les contraindre à fermer leurs ports à l'Angleterre, de
tourner contre celle-ci toutes les forces des neutres, de s'unir aux
neutres pour préparer quelque grande opération contre le territoire et
le commerce britanniques, de conquérir enfin par cet ensemble de
moyens la paix maritime, complément indispensable de la paix
continentale. Tout annonçait que ces grandes et heureuses conséquences
ne se feraient pas long-temps attendre.
[En marge: Ratification du traité de Lunéville par la diète le 9
mars.]
La Diète germanique avait ratifié la signature donnée par l'empereur
au traité de Lunéville. On n'avait point à craindre qu'il en fût
autrement, car l'Autriche disposait des États ecclésiastiques, les
seuls véritablement opposés au traité. Quant aux princes séculiers,
comme ils devaient être indemnisés de leurs pertes, avec la ressource
des sécularisations, ils avaient intérêt à voir promptement acceptées
les stipulations arrêtées entre l'Autriche et la France. Ils étaient
en outre placés sous l'influence de la Prusse, que la France avait
disposée à trouver bon ce qu'on venait de faire à Lunéville.
D'ailleurs tout le monde alors voulait la paix, et était prêt à y
contribuer, même par des sacrifices. Seulement la Prusse, en ratifiant
la signature donnée par l'empereur, sans pouvoirs de la Diète, avait
voulu accorder une ratification, qui eût plutôt la forme de la
tolérance que celle de l'approbation, et qui réservât pour l'avenir
les droits de l'Empire. Mais, la proposition de la Prusse, qui, tout
en ratifiant le traité, contenait un blâme indirect pour l'Empereur,
n'obtint point la majorité. Le traité fut ratifié, purement et
simplement, par un _conclusum_ du 9 mars 1801 (18 ventôse an IX). Les
ratifications furent échangées à Paris le 16 mars (25 ventôse). Il ne
restait plus qu'à régler le système des indemnités, ce qui devait être
le sujet de négociations ultérieures.
La paix était donc faite avec la plus grande partie de l'Europe. Elle
n'était pas encore signée avec la Russie, mais on était, comme on va
le voir, engagé avec elle et les cours du Nord, dans une grande
coalition maritime. On avait à Paris deux ministres russes à la fois,
M. de Sprengporten pour l'affaire des prisonniers, M. de Kalitscheff
pour le règlement des questions générales. Ce dernier venait d'arriver
dans les premiers jours de mars (milieu de ventôse).
Restaient la cour de Naples et le Portugal à contraindre, pour que le
continent tout entier fût fermé à l'Angleterre.
[En marge: Marche de Murat sur Naples, afin de contraindre cette cour
à la paix.]
[En marge: Armistice de 30 jours.]
[En marge: Envoi de M. de Gallo à Paris.]
Murat s'était avancé vers l'Italie méridionale avec un corps d'élite,
celui qui avait été formé au camp d'Amiens. Renforcé par plusieurs
détachements tirés de l'armée du général Brune, il s'était porté à
Foligno, afin d'obliger la cour de Naples à condescendre aux volontés
de la France. Sans l'intérêt témoigné par l'empereur de Russie en
faveur de cette cour, le Premier Consul aurait peut-être donné tout de
suite à la maison de Parme le royaume des Deux-Siciles, afin
d'arracher ce beau pays à une famille ennemie. Mais les dispositions
manifestées par l'empereur Paul ne lui permettaient pas une telle
résolution. Il voulait d'ailleurs ménager l'opinion de l'Europe, et,
pour cela, il fallait éviter autant que possible le bouleversement des
anciennes royautés. Il était donc prêt à concéder la paix à la cour de
Naples, pourvu qu'elle rompît avec l'Angleterre. Mais cette
détermination était la plus difficile de toutes à obtenir. Murat
s'avança jusqu'aux frontières du royaume, en ayant soin d'éviter Rome,
et en prodiguant au Pape les plus grands témoignages de respect. La
cour de Naples ne résista plus, et signa un armistice qui stipulait,
suivant les voeux du Premier Consul, l'exclusion des Anglais des ports
des Deux-Siciles. Cependant l'armistice était court; il était de
trente jours; il fallait, les trente jours écoulés, signer une paix
définitive. Le marquis de Gallo, l'un des négociateurs de
Campo-Formio, qui se vantait de connaître le Premier Consul, et
d'avoir sur lui autant d'influence que M. de Cobentzel, s'était rendu
à Paris. Il espérait qu'en s'appuyant sur ces relations toutes
personnelles, sur la protection de la légation de Russie, et sur les
recommandations de l'Autriche, il pourrait obtenir les conditions
désirées par la cour de Naples, et consistant dans la simple
neutralité. La prétention était ridicule, car une cour qui avait donné
le signal de la seconde coalition, qui nous avait fait une guerre
acharnée, qui avait enfin traité les Français indignement, ne devait
pas, lorsqu'elle était à notre discrétion, en être quitte pour se
séparer purement et simplement de l'Angleterre. C'était bien le moins
qu'on l'obligeât, de gré ou de force, à faire contre l'Angleterre
autant qu'elle avait fait contre la France.
[En marge: Renvoi de M. de Gallo.]
M. de Gallo ayant montré quelque suffisance à Paris, ayant même paru
s'appuyer, plus qu'il ne convenait, sur la légation russe, on mit une
prompte fin à sa négociation. M. de Talleyrand lui déclara qu'un
plénipotentiaire français était parti pour se rendre à Florence, que
la négociation était par conséquent transportée dans cette ville,
qu'il ne pouvait d'ailleurs traiter avec un négociateur, qui n'avait
pas le pouvoir de consentir à la seule condition considérée comme
essentielle, c'est-à-dire à l'expulsion des Anglais des ports des
Deux-Siciles, condition qui était désirée par l'empereur Paul autant
que par le Premier Consul lui-même. En conséquence M. de Gallo dut
quitter Paris sur-le-champ. On venait, en effet, de faire partir pour
Florence M. Alquier, rappelé de Madrid depuis que Lucien Bonaparte
avait été envoyé en Espagne. M. Alquier avait des instructions et des
pouvoirs pour traiter.
[En marge: Paix signée avec la cour de Naples le 18 mars.]
[En marge: Clôture des ports des Deux-Siciles aux Anglais.]
[En marge: Le golfe de Tarente occupé par une division de 15 mille
Français.]
Ce plénipotentiaire se rendit à Florence en toute hâte, et y trouva le
chevalier Micheroux, le même qui avait signé un armistice avec Murat,
et qui venait de recevoir les pleins pouvoirs de sa cour. La
négociation, transportée en ces lieux, faite sous les baïonnettes de
l'armée française, ne devait plus rencontrer les mêmes difficultés
qu'à Paris. Le traité de paix fut signé le 18 mars 1801 (27 ventôse an
IX). On peut dire qu'il était modéré, si on le compare à la situation
de la cour de Naples à l'égard de la République française. On laissait
à cette branche de la maison de Bourbon l'intégralité de ses États. On
ne lui demandait que la portion fort insignifiante de territoire,
qu'elle possédait dans l'île d'Elbe. C'était Porto-Longone et la
banlieue environnante. L'île d'Elbe appartenait alors partie à la
Toscane, partie aux Deux-Siciles. L'intention du Premier Consul était
de la donner tout entière à la France. Un historien des traités s'est
fort élevé contre cette prétendue violence, comme si ce n'était pas là
le plus simple droit de la victoire. Sauf cet insignifiant sacrifice,
la cour de Naples ne perdait rien. Elle s'obligeait à fermer ses ports
aux Anglais, à donner à la France trois frégates, armées et rendues à
Ancône. Le Premier Consul les destinait à l'Égypte. La plus importante
stipulation du traité était secrète. Elle obligeait le gouvernement
napolitain à recevoir une division de 12 à 15 mille Français dans le
golfe de Tarente, et à les nourrir pendant tout le temps de cette
occupation. L'intention véritable et sans arrière-pensée du Premier
Consul, était de les porter là, pour secourir l'Égypte. Ainsi placés,
ils n'avaient que la moitié du chemin à faire pour se rendre à
Alexandrie. Un dernier article stipulait la restitution des objets
d'arts qui avaient été choisis à Rome pour la France, qui se
trouvaient tout encaissés quand l'armée napolitaine avait pénétré dans
les États du Pape en 1799, et dont la cour de Naples s'était emparée
pour son propre compte. Une indemnité de 500 mille francs était
accordée aux Français, qui avaient été pillés ou vexés par les bandes
indisciplinées des Napolitains.
Tel fut ce traité de Florence, qu'on peut considérer comme un acte de
clémence, quand on songe à la conduite antérieure de la cour de
Naples, mais qui était parfaitement adapté aux vues du Premier Consul,
uniquement occupé du soin de fermer les ports du continent à
l'Angleterre, et de s'assurer des positions avantageuses pour
communiquer avec l'Égypte.
Il ne stipula rien encore avec le Pape, dont le plénipotentiaire
traitait à Paris la plus importante des questions, la question
religieuse. Il était mécontent du roi de Piémont, qui avait livré la
Sardaigne aux Anglais, et mécontent aussi du peuple piémontais, qui
avait montré des dispositions peu amicales aux Français. Il voulut
donc rester libre de tout engagement, à l'égard de cette partie si
importante de l'Italie.
[En marge: Intimité de la cour d'Espagne avec le Premier Consul.]
[En marge: Chute de M. d'Urquijo.]
[En marge: Le prince de la Paix redevenu personnage influent du
gouvernement espagnol.]
[En marge: Conditions mises par le prince de la Paix à l'opération
dirigée contre le Portugal.]