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Voici que Kari parle à Björn: « Montons à cheval, lui dit-il, et

allons-nous en à l'Est, par la montagne. Nous descendrons à Skaptartunga

et nous passerons sans nous laisser voir par le district qu'habitent les

gens de Flosi; je voudrais trouver passage sur un vaisseau dans

l'Alptafjord.»--«C'est un voyage bien chanceux, dit Björn; peu de gens

auraient le courage de l'entreprendre, sauf toi et moi. »--«Si tu ne te

montres pas un compagnon fidèle pour Kari, lui dit sa femme, sache que

jamais plus tu n'entreras dans mon lit et que mes parents feront le

partage de nos biens.»--«Ma femme, répondit Björn, songe à autre chose,

si tu veux un moyen de te séparer de moi; car je vais me rendre

témoignage à moi-même, et montrer quel rude champion je suis quand il

s'agit de porter de grands coups.»

Ils partirent le jour même, et passèrent la montagne, sans prendre

jamais le chemin battu. Ils descendirent à Skaptartunga, et vinrent au

bord de la Skapta, passant au-dessus des domaines qui sont là. Ils

menèrent leurs chevaux dans un creux, et se mirent en embuscade de

manière qu'on ne pouvait les voir. «Que ferons-nous, dit Kari à Björn,

s'ils arrivent sur nous, en descendant la montagne?»--«N'avons-nous pas

le choix entre deux choses? dit Björn: Ou bien nous en aller vers le

Nord, le long des rochers, et les laisser passer; ou bien attendre pour

voir si quelques-uns d'entre eux resteraient en arrière, et alors, les

attaquer.» Ils parlèrent longtemps de la sorte: tantôt Björn disait

qu'il fallait fuir au plus vite, tantôt qu'il fallait attendre et leur

tenir tête. Et Kari s'en amusait très fort.

Il faut parler maintenant des fils de Sigfus. Ils quittèrent leurs

domaines le jour qu'ils avaient dit à Björn. Ils vinrent à Mörk, et

frappèrent à la porte, disant qu'ils voulaient parler à Björn. Sa femme

vint à la porte et les salua. Ils demandèrent où était Björn. Elle dit

qu'il était descendu dans la plaine qui est sous l'Eyjafjöll, pour s'en

aller dans l'Est, à Holt: «car il a de l'argent à toucher là-bas»

ajouta-t-elle. Ils le crurent, car ils savaient que Björn avait de

l'argent placé là. Ils reprirent leur route vers l'Est, passant la

montagne, et marchèrent sans s'arrêter jusqu'à Skaptartunga. Ils

descendirent la Skapta, et firent halte à l'endroit que Kari avait

prévu. Là ils se séparèrent. Ketil de Mörk prit à l'Est, vers le

Medalland, et huit hommes avec lui. Les autres se couchèrent pour

dormir, et ne s'aperçurent de rien qu'au moment où Kari et Björn

arrivèrent sur eux.

Il y avait là un petit promontoire qui s'avançait dans la rivière. Kari

s'y plaça et dit à Björn de se mettre derrière son dos, et de ne pas

trop s'avancer, mais de l'aider du mieux qu'il pourrait. «Je n'aurais

jamais pensé, dit Björn, qu'un autre homme dût me servir de bouclier.

Mais au point où nous en sommes, c'est à toi de décider. Je suis assez

rusé et assez agile pour t'être de secours et je ne laisserai pas de

faire quelque dommage à nos ennemis.»

À ce moment, les autres se levèrent tous, et coururent à eux, Modulf

fils de Ketil fut le plus prompt; il pointa sa lance sur Kari. Kari

s'était couvert de son bouclier; la lance y entra, et y resta enfoncée.

Kari fit tourner son bouclier, si vite que la lance se brisa. En même

temps il levait son épée pour frapper Modulf, Modulf levait aussi la

sienne. L'épée de Kari tomba sur la poignée de celle de Modulf, et

rebondit sur la main qui la tenait. Le bras fut emporté, l'épée et la

main tombèrent à terre. La pointe de l'épée s'était enfoncée dans les

côtes de Modulf. Il tomba, il était mort sur le coup.

Grani fils de Gunnar saisit un javelot et le lança à Kari. Mais Kari

frappant de son bouclier contre terre l'y laissa enfoncé. Alors, de la

main gauche, il prit le javelot au vol et le renvoya à Grani. Puis, de

la même main gauche il reprit son bouclier, Grani avait le sien devant

lui. Le javelot passa au travers, et entra dans la cuisse de Grani

au-dessous des boyaux, après quoi il s'enfonça en terre. Et Grani ne fut

débarrassé du javelot que quand ses compagnons vinrent l'en arracher,

après quoi ils le portèrent dans un creux, et le couvrirent de leurs

boucliers.

Un homme courut à Kari, l'épée levée. Il voulait le frapper de côté, et

lui enlever une jambe. Björn lui emporta le bras d'un coup d'épée, puis

il revint d'un saut à sa place derrière Kari, et les autres ne purent

lui faire de mal. Alors Kari, brandissant son épée, frappa l'homme de

côté, et il le coupa en deux par le milieu du corps. À ce moment Lambi

fils de Sigurd courut à Kari, levant son épée. Kari tourna son bouclier

de biais, de sorte que le coup ne put y mordre. Puis il planta son épée

dans la poitrine de Lambi et la pointe ressortit entre les épaules,

Lambi tomba mort.

Thorstein fils de Geirleif courut à Kari, pour le prendre de flanc. Kari

brandit son épée, et, le frappant de côté au travers des épaules, le

coupa en deux. Après cela il en tua encore un, Gunnar de Skal, un

vaillant homme. Björn en avait blessé trois qui voulaient frapper Kari,

mais il ne s'était jamais assez avancé pour courir le moindre risque. Il

ne fut pas blessé, ni Kari non plus, dans cette rencontre. Mais tous

ceux qui échappèrent étaient blessés.

Ils coururent à leurs chevaux, les lancèrent à bride abattue, le long de

la Skapta. Si grande était leur frayeur qu'ils n'entrèrent dans aucun

domaine, et n'osèrent s'arrêter nulle part pour dire la nouvelle. Kari

et Björn poussèrent de grands cris en les voyant s'enfuir. «Courez bien,

gens de l'incendie» disait Björn. Ils vinrent dans le pays de l'Est,

passèrent à Skogahverfi, et ne s'arrêtèrent qu'arrivés à Svinafell.

Flosi n'était pas chez lui quand ils arrivèrent. Il ne fut donc pas

porté plainte contre Kari. Mais chacun fut d'avis que les autres

s'étaient couverts de honte.

Kari vint à Skal, et là, il se déclara l'auteur des meurtres qui avaient

été commis. Il dit la mort du maître du domaine et de cinq autres, et la

blessure de Grani. «Si nous le laissons vivre, ajouta-t-il, il faut le

porter chez lui.»--«Je n'ai pas le coeur de le tuer, dit Björn, à cause

de notre parenté; il l'aurait pourtant bien mérité.» Ceux qui étaient là

dirent que peu de gens mordraient jamais la poussière de la main de

Björn. «Il ne tient qu'à moi, dit Björn, de faire mordre la poussière à

tous les hommes de Sida.» Les autres dirent que ce serait dommage. Et

là-dessus, Kari et Björn s'en allèrent.

La Saga de Njal · 第 153 / 164 题