CXLVIII

Thorgeir Skorargeir retourna chez lui au sortir de l'entrevue. Kari lui

demanda si la paix était faite. Thorgeir dit qu'elle était faite et

conclue. Et Kari alla chercher son cheval pour s'en aller. «Tu n'as pas

besoin de partir, dit Thorgeir; il a été convenu, dans la paix que nous

avons faite, que tu aurais toujours le droit de rester ici, aussi

longtemps que tu voudrais.»--«Cela ne sera pas, cousin, répondit Kari;

dès que j'aurais tué quelqu'un, ils diraient tous que tu es de moitié

avec moi, et je ne veux pas de cela. Mais je te demanderai une chose,

c'est de consentir à ce que je remette entre tes mains mes biens et ceux

de ma femme, Helga fille de Njal, et aussi ceux de mes filles. De la

sorte, mes ennemis ne pourront pas s'en emparer.» Thorgeir dit qu'il

ferait comme Kari voulait, et Kari, lui donnant la main, lui fit remise

de tous ses biens.

Après cela, Kari partit. Il avait deux chevaux, ses armes et ses

vêtements, et quelque monnaie d'or et d'argent. Il prit à l'ouest, par

Seljalandsmula, remonta le Markarfljot, et vint dans le pays de

Thorsmörk. Il y avait là trois domaines, tous trois appelés Mörk. Dans

celui du milieu demeurait un homme nommé Björn, qu'on appelait Björn le

blanc. Il était fils de Kadal fils de Bjalfi. Bjalfi avait été

l'affranchi d'Asgerd, mère de Njal, et de Holtathorir. Björn avait une

femme nommée Valgerd. Elle était fille de Thorbrand fils d'Asbrand. Sa

mère s'appelait Gudlaug. Elle était soeur d'Hamund père de Gunnar de

Hlidarenda. On l'avait mariée à Björn pour son argent, et elle ne

faisait pas grand cas de lui. Ils avaient eu pourtant des enfants

ensemble. Il y avait abondance de toutes choses dans leur maison, Björn

se vantait sans cesse, ce que sa femme ne pouvait souffrir. Il avait la

vue perçante et le pied agile.

C'est là que Kari arriva, pour être l'hôte de Björn. Björn et sa femme

le reçurent à bras ouverts. Il passa la nuit chez eux. Au matin, ils se

mirent à parler ensemble. Kari dit à Björn: «Je viens te demander de me

prendre chez toi. Il me semble que j'y serais bien. Je désire aussi que

tu viennes avec moi dans mes expéditions, car tu as la vue perçante et

le pied agile; et je crois que tu n'aurais pas peur dans le

danger.»--«Certes, dit Björn, je ne manque ni de bons yeux, ni de

bravoure, ni de tout ce qui fait les vaillants hommes. Mais tu n'es venu

ici, sans doute, que parce que tout autre refuge t'était fermé. Pourtant

j'écouterai ta prière, et je ne te traiterai pas comme le premier venu.

Je te promets de t'aider en quelque façon que tu le désires.»

Sa femme était là qui l'entendait: «Le diable emporte tes vantardises et

ton bavardage, dit-elle. Pourquoi nous dis-tu de semblables menteries?

Je suis prête à donner à Kari sa nourriture, et aussi toute autre chose

qui pourra être pour son bien. Mais toi, Kari, ne te fie pas trop à la

bravoure de Björn, car j'ai peur qu'il ne fasse autrement qu'il ne

dit.»--«Ce n'est pas la première fois que tu m'injuries, dit Björn, mais

je sais bien, malgré tout, que je ne reculerai jamais devant personne.

La preuve, c'est qu'il y en a peu qui me cherchent querelle, car ils

n'oseraient.»

Kari resta caché là quelque temps, et peu de gens vinrent à le savoir.

On croyait qu'il était allé dans le pays du Nord, chez Gudmund le

puissant; car Kari avait fait dire par Björn à ses voisins qu'il l'avait

rencontré sur le chemin, remontant vers le Godaland, pour aller de là,

vers le Nord, à Gasasand, et de là chez Gudmund le puissant, à

Mödruvöll. Et ce bruit se répandit dans tout le pays.

La Saga de Njal · 第 151 / 164 题