Ils se préparèrent donc tous à partir. Flosi avait mis des pantalons
longs, car il voulait aller à pied. Il savait qu'alors il déplairait
moins aux autres de marcher eux-mêmes.
Ils partirent, et vinrent d'abord à Knappavöll; le jour suivant ils
allèrent jusqu'à la Breida, et de la Breida au Kalfafell, de là au
Bjarnanes sur le Hornafjord, de là au Stafafell, dans le pays de Lon, et
enfin à Thvatta, chez Hal de Sida. Flosi avait pour femme sa fille
Steinvör. Hal leur fit grand accueil. Flosi lui dit: «Je viens te
demander, mon beau-père, de venir, toi et tous tes hommes, au ting avec
moi.» Hal répondit: «Voici qu'il est arrivé comme dit le proverbe: La
main ne se réjouit pas longtemps du coup qu'elle a porté. Tu en as plus
d'un dans ta troupe, qui à présent baisse la tête, et qui poussait à la
pire des besognes quand il n'y avait encore rien de fait. Mais moi, je
te dois mon aide toutes les fois que cela me sera possible.» Flosi dit:
«Que me conseilles-tu de faire, au point où nous en sommes?»--«Il faut
que tu t'en ailles au Nord, répondit Hal, jusqu'au Vapnafjord, et tu
demanderas du secours à tous les chefs du pays; tu auras besoin d'eux
tous avant la fin du ting.»
Flosi resta là trois nuits. Quand il fut reposé, il s'en alla du côté de
l'est, à Geitahellna, et de là au Berufjord. Ils y passèrent la nuit. De
là ils prirent à l'est encore jusqu'à Heydal dans le Breiddal. Là
demeurait Halbjörn le fort. Il avait pour femme Odny fille de Sörli fils
de Brodhelgi. Flosi trouva chez lui un bon accueil. Halbjörn fit
beaucoup de questions sur l'incendie. Et Flosi lui raconta tout par le
menu. Halbjörn demanda jusqu'où Flosi comptait aller dans le pays des
fjords du nord. Flosi dit qu'il irait jusqu'au Vapnafjord.
Flosi ôta de sa ceinture une bourse pleine d'argent, et la donna à
Halbjörn. Halbjörn prit l'argent, tout en disant qu'il n'avait rien fait
pour recevoir des présents de Flosi: «et je voudrais savoir, dit-il, en
quelle manière je pourrai m'acquitter envers toi.»--«Je n'ai pas besoin
d'argent, dit Flosi; mais je veux que tu sois pour moi dans ma querelle.
Je n'ai aucun droit à te faire cette demande, car tu n'es ni mon parent
ni mon allié.» Halbjörn répondit: «Je te promets d'aller au ting avec
toi, et de prendre parti pour toi dans ta querelle comme je ferais pour
mon frère.» Flosi le remercia.
De là, ils allèrent, par la plaine du Breiddal, à Hrafnkelstad. Là
demeurait Hrafnkel fils de Thorir, fils de Hrafnkel, fils de Hrafn.
Flosi trouva chez lui un bon accueil, et il lui demanda de venir au ting
avec lui et de lui donner son aide. Hrafnkel s'en défendit longtemps. À
la fin il promit que son fils Thorir irait au ting avec tous leurs
hommes, et qu'il serait du même côté que les autres godis du district.
Flosi le remercia et partit pour Bersastad. Là demeurait Holmstein fils
de Spakbersir. Il reçut Flosi à merveille. Flosi lui demanda son aide.
Holmstein dit qu'il la lui devait depuis longtemps.
De là ils allèrent à Valthjofstad. Là demeurait Sörli fils de Brodhelgi,
et frère de Bjorni fils de Brodhelgi. Il avait pour femme Thordis, fille
de Gudmund le puissant, de Mödruvöll. Flosi et les siens trouvèrent là
un bon accueil. Le lendemain au matin, Flosi fit sa demande à Sörli de
venir au ting avec lui, et il lui offrit de l'argent. «Je ne sais ce que
je ferai, dit Sörli, tant que je ne saurai pas de quel côté sera Gudmund
le puissant, mon beau-père; je veux être avec lui, là où il sera
lui-même.»--« Je vois à ta réponse, dit Flosi, que c'est une femme qui
commande ici.» Il se leva, et dit à ses gens de prendre leurs manteaux
et leurs armes. Ils partirent, et ils n'avaient pas trouvé là de
secours.
Ils descendirent le Lagarfljot, et vinrent à travers la plaine, à
Njardvik. Là demeuraient deux frères, Thorkel Fulspak et Thorvald. Ils
étaient fils de Ketil Thrim, fils de Thidrand le sage, fils de Ketil
Thrim, fils de Thorir Thidrand. La mère de Thorkel Fulspak et de
Thorvald était Yngvild fille de Thorkel Fulspak. Flosi trouva là un bon
accueil. Il conta son affaire aux deux frères, et leur demanda du
secours. Et ils refusèrent jusqu'à ce qu'il leur eût donné trois marcs
d'argent à chacun. Alors ils promirent de l'aider.
Yngvild leur mère était là, comme ils promirent d'aller au ting. Elle se
mit à pleurer. «Pourquoi pleures-tu, mère?» dit Thorkel. Elle répondit:
«J'ai rêvé que Thorvald ton frère avait une casaque rouge, et elle était
si étroite qu'il semblait qu'on l'eût cousu dedans. Il avait aussi des
pantalons rouges, attachés par des lanières serrées. J'avais de la
peine, en le voyant si mal à l'aise, mais je n'y pouvais rien.» Ils se
mirent à rire, et dirent que c'étaient là des sottises, et que son
bavardage ne les empêcherait pas d'aller au ting. Flosi les remercia
fort et partit, s'en allant du côté du Vapnafjord.
Ils vinrent à Hof. Là demeurait Bjorni fils de Brodhelgi, fils de
Thorgil, fils de Thorstein le blanc, fils d'Ölvir, fils d'Eyvald, fils
d'Öxnathorir. La mère de Bjorni était Halla, fille de Lyting. La mère de
Brodhelgi était Asvör fille de Thorir, fils de Graut Atli, fils de
Thorir Thidrand. Bjarni fils de Brodhelgi avait pour femme Rannveig
fille de Thorgeir, fils d'Eyrik de Goddal, fils de Geirmund, fils de
Hroald, fils d'Eyrik Ördigskeggi. Bjarni reçut Flosi à bras ouverts.
Flosi lui offrit de l'argent pour avoir son aide. Bjarni dit: «Jamais je
n'ai vendu pour de l'argent ma vaillance et mon aide. Puisque tu en as
besoin, je te la donnerai par amitié. J'irai au ting avec toi, et je
prendrai ton parti, comme je ferais pour mon frère.»--«J'aurai donc une
grosse dette envers toi, dit Flosi; mais je n'attendais pas moins de ta
part.»
De là, Flosi et les siens vinrent à Krossavik. Là demeurait Thorkel fils
de Geitir. Thorkel était grand ami de Flosi. Flosi lui fit sa demande.
«C'est mon devoir, dit Thorkel, de te donner toute l'aide que je
pourrai, et de prendre parti pour toi dans ta querelle, jusqu'au bout.»
Et au départ il fit à Flosi de riches présents.
Alors Flosi quitta le pays du Nord. Venant du Vapnafjord, il entra dans
le district du Fljotsdal, et fut l'hôte de Holmstein fils de Spakbersir.
Flosi lui dit que tous avaient accueilli sa demande et promis de
l'aider, hormis Sörli, fils de Brodhelgi. «C'est que Sörli est un homme
pacifique» dit Holmstein; et il fit à Flosi de beaux présents.
Flosi remonta le Fljotsdal; de là, passant la montagne, il vint au Sud
par les laves de l'Öxara et descendit dans le Svidinhornadal puis il
prit à l'ouest jusqu'à l'Alptafjord. Et il ne s'arrêta pas, qu'il ne fut
arrivé à Thvatta, chez Hal, son beau-père. Flosi y passa un demi-mois,
avec ses hommes, à se reposer. Il demanda à Hal ce qu'il lui conseillait
de faire, et s'il fallait changer ses projets. «Mon avis est, répondit
Hal, que tu restes chez toi, dans ton domaine, avec les fils de Sigfus:
ils enverront des gens pour prendre soin de leurs domaines. Allez donc
chez toi tout d'abord; et quand vous partirez pour le ting, chevauchez
tous ensemble, et ne dispersez pas votre monde. Sur la route, les fils
de Sigfus iront voir leurs femmes. Moi j'irai au ting avec mon fils Ljot
et tous nos hommes et je vous donnerai toute l'aide que je pourrai.»
Flosi le remercia. Nul lui fit au départ de riches présents.
Flosi quitta donc Thvatta. Et il n'y a rien à conter de son voyage,
sinon qu'il arriva sans encombre à Svinafell. Il passa chez lui le reste
de l'hiver, et l'été jusqu'au moment du ting.