CXXXIII

Voici ce qui arriva une nuit à Svinafell. Flosi s'agitait en dormant.

Glum fils d'Hildir, vint l'éveiller et il fut longtemps avant d'y

arriver. Flosi dit: «Va me chercher Ketil de Mörk.» Ketil vint. «Je vais

te conter mon rêve» dit Flosi. «--Fais le,» dit Ketil.--«J'ai rêvé, dit

Flosi, que j'étais à Lomagnup. J'étais sorti, et je regardais en haut

vers le sommet de la montagne. Et la montagne s'ouvrit. Un homme en

sortit: il était vêtu de peau de chèvre, et il avait une barre de fer à

la main. Il s'approchait en criant. C'étaient mes hommes qu'il appelait,

d'abord les uns, puis les autres; et il les nommait par leur nom. Le

premier qu'il appela fut mon parent Grim le rouge, après lui vint Arni

fils de Kol. Et cela me parut étrange. Ensuite, il appela Eyjolf fils de

Bölverk, et Ljot, fils de Hal de Sida, et six autres. Puis il se tut

quelque temps. Après cela, il appela encore cinq des nôtres, et parmi

eux, les fils de Sigfus, tes frères. Et puis encore cinq autres, et

parmi eux, Lambi, Modulf, et Glum. Après ceux-là, il en appela trois, et

en dernier lieu, Gunnar fils de Lambi, et Kol fils de Thorstein. Alors

il vint à moi. Je lui demandai s'il avait quelque nouvelle à me donner.

Et il me dit que oui. Je lui demandai son nom. Il dit qu'il se nommait

Jarngrim. Je lui demandai où il allait. Il dit qu'il allait à l'Alting.

«Que feras-tu là?» lui dis-je. Il répondit: «Je vais récuser les

témoins, après quoi je récuserai les juges, pour laisser la place aux

combattants.» Et il chanta:

«Les serpents du combat vont accourir, la tête levée. On verra la terre

couverte de crânes. Les lames bleues feront retentir les plaines. Les

hommes marcheront dans une rosée sanglante.»

Il frappa la terre de sa barre de fer, et il se fit un grand fracas.

Alors il rentra dans la montagne. Mais moi, je fus saisi de frayeur. Et

maintenant dis-moi ce que tu penses de mon rêve.»--«Je pense, dit Ketil,

que tous ceux qu'il a appelés sont voués à la mort. Et mon avis est que

nous ne parlions de ce rêve à personne, pour le moment.» Flosi dit

qu'ainsi ferait-il.

Voici que l'hiver s'avance, et la fête de Jol est passée. Flosi dit à

ses hommes: «Il faut nous en aller maintenant; car je ne pense pas qu'on

nous laisse longtemps tranquilles. Nous allons chercher de l'aide, et il

va arriver comme je vous le disais: il nous faudra tomber aux genoux de

bien des gens avant que cette affaire ait pris fin. »

La Saga de Njal · 第 136 / 164 题