XCVIII

Il y avait un homme nommé Lyting. Il habitait à Samstad. Il avait une

femme nommée Steinvör. Elle était fille de Sigfus, et soeur de Thrain.

Lyting était de grande taille, fort, et riche en biens, mais c'était un

homme à qui il n'était pas bon d'avoir à faire.

Il arriva que Lyting donna un festin à Samstad. Il y avait prié Höskuld,

godi de Hvitanes, et les fils de Sigfus. Ils vinrent tous. Il y avait là

aussi Gunnar fils de Lambi et Lambi fils de Sigurd.

Höskuld, fils de Njal, et sa mère, avaient leur demeure à Holt; quand

Höskuld rentrait chez lui, venant de Bergthorshval, comme il faisait

souvent, son chemin passait devant le domaine de Samstad.

Höskuld avait un fils qui s'appelait Amundi. Il était né aveugle. Il

était, malgré cela, de grande taille, et fort.

Lyting avait deux frères: l'un s'appelait Halstein et l'autre Halgrim.

C'étaient les plus malfaisants des hommes; ils étaient toujours avec

leur frère Lyting, car personne autre ne pouvait s'entendre avec eux.

Lyting resta dehors une grande partie du jour; de temps en temps il

rentrait. Il venait de s'asseoir sur son siège, quand une femme entra et

dit: «Vous étiez trop loin pour voir cet insolent, quand il a passé

devant le domaine.»--«De quel insolent parles-tu?» dit Lyting.

«D'Höskuld fils de Njal, dit-elle, qui vient de passer devant le

domaine.»--«Il passe souvent dit Lyting, et cela me fâche assez; je t'en

prie, Höskuld mon neveu, viens avec moi, si tu veux venger ton père et

tuer Höskuld fils de Njal.»--«Je ne ferai pas cela, ce serait mal

remercier Njal, mon père adoptif; et puisse ton festin ne pas te donner

de joie.» Il sauta sur ses pieds, quitta la table, fit amener ses

chevaux, et partit.

Alors Lyting dit à Grani fils de Gunnar: «Tu étais là quand Thrain fut

tué, et tu t'en souviens bien. Et toi aussi, Gunnar fils de Lambi, et

toi, Lambi fils de Sigurd. Je veux que vous veniez avec moi ce soir.

Nous allons courir sus à Höskuld fils de Njal, et le tuer avant qu'il ne

rentre chez lui.»--«Non, dit Grani, je ne veux pas combattre contre les

fils de Njal et rompre la paix que de bons et vaillants hommes ont

conclue.» Les deux autres dirent la même chose et aussi les fils de

Sigfus; et ils prirent tous le parti de s'en aller.

Quand ils furent loin, Lyting dit: «Chacun sait que je n'ai pas eu part

au prix du meurtre de mon beau-frère Thrain; je ne pourrai jamais

trouver bon que sa mort reste sans vengeance.» Il appela, pour venir

avec lui, ses deux frères, et trois serviteurs. Ils allèrent sur le

chemin où Höskuld devait passer, et l'attendirent dans un creux, au nord

du domaine. Ils restèrent là jusqu'à la moitié du soir.

Et voici qu'Hölskuld arriva, chevauchant. Ils sautèrent tous sur leurs

pieds, leurs armes à la main, et se jetèrent sur lui. Höskuld fit si

bonne défense que de longtemps ils n'en purent venir à bout. À la fin il

blessa Lyting au bras, et tua deux de ses serviteurs, après quoi il

tomba lui-même. Ils lui firent seize blessures, mais ils ne lui

tranchèrent point la tête. Puis ils s'en allèrent dans les bois, à l'est

de la Ranga, et ils s'y tinrent cachés.

Ce même soir, le berger de Hrodny trouva le cadavre d'Höskuld. Il rentra

à la maison, et dit à Hrodny le meurtre de son fils. «Était-il bien

mort? dit-elle; lui avait-on coupé la tête?»--«Non», dit-il. «Je le

saurai si je le vois, dit-elle. Va prendre mon cheval et mon traîneau.»

Il fit comme elle avait dit, et ils partirent pour l'endroit où gisait

Höskuld. Elle considéra les blessures et dit: «C'est comme je pensais,

il n'est pas tout à fait mort: et Njal peut guérir des blessures plus

profondes que les siennes.» Ils le prirent, le mirent sur le traîneau,

et l'emmenèrent à Bergthorahval. Là, ils le portèrent dans une étable à

moutons, et l'assirent contre la muraille. Après quoi ils allèrent

frapper à la porte de la maison; un serviteur vint leur ouvrir. Elle

passa devant lui, très-vite, et vint tout droit au lit de Njal. Elle

demanda si Njal était éveillé. «J'ai dormi jusqu'à présent, dit-il, mais

maintenant je suis éveillé; qu'est-ce qui t'amène de si bonne heure?»

Hrodny répondit: «Lève-toi de ton lit, et quitte les côtés de ma rivale;

sors avec moi, elle aussi, et tes fils.» Ils se levèrent et sortirent.

«Prenons nos armes, dit Skarphjedin.» Njal ne répondit rien; ils

rentrèrent, et ressortirent armés. Hrodny marche devant eux, et ils

arrivent à l'étable à moutons. Elle entre et leur dit d'entrer aussi.

Elle lève sa torche et dit: «Voici, Njal, ton fils Höskuld. Il a sur lui

nombre de blessures et il a grand besoin que tu le guérisses.»--«Je

vois, répondit Njal, les marques de la mort sur son visage, et nul signe

de vie. Pourquoi ne lui as-tu pas rendu les derniers devoirs? Ses

narines sont ouvertes.»--«Je voulais que Skarphjedin le fît» dit-elle.

Skarphjedin s'approcha d'Höskuld, et lui ferma les yeux. Puis il dit à

son père: «Sais-tu qui l'a tué?»--Njal répondit: «C'est Lyting de

Samstad, et ses frères, qui ont fait cela.» Alors Hrodny prit la parole:

«Je mets entre tes mains, Skarphjedin, dit-elle, la vengeance de ton

frère. Je compte que tu feras bien les choses, quoiqu'il ne soit pas né

en légitime mariage, et que tu ne perdras pas de temps.»--«Vous êtes

d'étranges gens, dit Bergthora; vous tuez des hommes pour des choses qui

vous importent peu, et dans un cas pareil vous ruminez et digérez ce que

vous avez à faire jusqu'à ce que rien n'en sorte: voici qu'Höskuld, godi

de Hvitanes va venir vous offrir la paix, et il faudra bien l'accepter.

C'est maintenant qu'il faut agir, si vous voulez.»--«Notre mère nous

presse, et elle a raison» dit Skarphjedin. Et ils sortirent tous, en

courant. Hrodny rentra dans la maison avec Njal, et elle y passa la

nuit.

La Saga de Njal · 第 102 / 164 题