XCVII

Il faut raconter maintenant comme quoi Njal vint trouver Höskuld, son

fils d'adoption: «Je voudrais, mon fils, lui dit-il, te chercher une

femme.» Höskuld dit, que cela lui allait, et le pria de s'occuper de la

chose: «De quel côté, dit-il, es-tu d'avis de nous tourner?»--«Il y a,

répondit Njal, une femme nommée Hildigunn, elle est la fille de Starkad,

fils de Thord, godi de Frey. C'est le meilleur parti que je

connaisse.»--«Fais comme tu l'entendras, mon père, dit Höskuld. Ton

choix sera le mien.»--«C'est donc là que nous ferons notre demande» dit

Njal.

Peu de temps après, Njal convoqua nombre d'hommes pour l'accompagner. Il

y avait les fils de Sigfus, tous les fils de Njal, et Kari fils de

Sölmund. Ils montent à cheval, et s'en vont à l'est, jusqu'à Svinafell.

Ils trouvent là bon accueil. Le jour d'après, Njal et Flosi entrent en

conversation. Njal prit la parole et dit: «Je suis venu ici pour

conclure une alliance avec toi, Flosi, et pour te demander en mariage

Hildigunn, la fille de ton frère.»--«Pour qui?» dit Flosi.--«Pour

Höskuld, fils de Thrain, mon fils d'adoption» dit Njal.--«L'idée est

bonne, dit Flosi, quoiqu'il y ait bien des risques à courir pour vous

deux; mais que me diras-tu d'Höskuld?»--«Je n'en puis dire que du bien,

répondit Njal, et je lui donnerai en mariage autant d'argent qu'il vous

semblera convenable, si vous voulez conclure l'affaire.»--«Appelons

Hildigunn, dit Flosi, et sachons ce qu'elle pense de l'homme dont tu me

parles.»

On envoya donc chercher Hildigunn. Elle arriva. Flosi lui dit la demande

de Njal. «Je suis une femme orgueilleuse, répondit-elle, et je ne sais

pas comment je m'arrangerais avec des hommes d'humeur semblable; et puis

ce n'est pas tout: cet homme ne commande à personne, et tu m'as dit que

tu ne me marierais jamais avec un homme qui ne fût pas godi.»--«C'est

assez, dit Flosi; si tu ne veux pas être la femme d'Höskuld, je n'ai

plus à faire mes conditions.»--«Je n'ai pas dit, répliqua-t-elle, que je

refusais d'être la femme d'Höskuld, s'ils peuvent faire de lui un godi.

Mais je ne veux de lui qu'à cette condition.»--«Je vous prierai donc,

dit Njal, de laisser l'affaire en suspens pendant trois ans.» Et Flosi

répondit qu'ainsi ferait-on. «Je fais encore une condition, dit

Hildigunn; si ce mariage se fait, nous resterons ici dans le pays de

l'est.» Njal dit que c'était à Höskuld à répondre à cela. Et Höskuld dit

qu'il avait confiance en bien des gens, mais en son père adoptif plus

qu'en nul autre. Ils remontèrent à cheval, et quittèrent le pays de

l'est.

Njal cherchait pour Höskuld un siège de godi, mais personne ne voulait

vendre le sien.

L'été se passa, et le temps de l'Alting arriva. Cet été là, il y avait

de grands procès à juger. Bien des gens firent comme d'habitude et

vinrent trouver Njal. Mais, comme on ne s'y attendait guère, il les

conseilla de telle sorte que leurs procès ne purent aboutir: et il en

résulta de grandes querelles et les hommes quittèrent le ting sans que

justice fût rendue.

Le temps se passe, et vient un autre ting. Njal y alla. Tout fut d'abord

tranquille, jusqu'au moment où Njal dit aux hommes qu'il était temps

d'introduire leurs affaires. La plupart dirent, que cela ne servirait de

rien, puisqu'il n'y avait pas moyen d'aboutir, quoique ces procès

eussent été déférés à l'Alting; «Nous aimons mieux, ajoutèrent-ils,

défendre notre droit d'estoc et de taille.»--«Gardez-vous en, dit Njal;

il n'est pas bon qu'il n'y ait pas de loi dans ce pays. Vous avez

quelque raison cependant de parler comme vous le faites; c'est à nous de

vous aider, qui connaissons la loi, et qui devons l'appliquer. Mon avis

est donc que nous réunissions tous les chefs, et que nous parlions

ensemble de la chose.»

On alla donc à l'assemblée. Njal dit: «J'ai une proposition à faire à

toi, Skapti fils de Thorod, et aux autres chefs. Il me semble que nos

procès viennent à néant, s'il nous faut les porter devant les tribunaux

de quartier, où ils s'embrouillent de telle sorte qu'ils ne peuvent plus

ni avancer ni reculer. Je trouverais préférable d'avoir un cinquième

tribunal, devant lequel seraient portées toutes les affaires qui

n'auraient pu se terminer devant les tribunaux de quartier.»--«Et

comment nommeras-tu, dit Skapti, ton cinquième tribunal, puisque les

tribunaux de quartier prennent tous nos anciens godis, douze pour chaque

tribunal?»--«Je vois un moyen, dit Njal, c'est de faire de nouveaux

godis, en prenant dans chaque quartier ceux qui conviennent le mieux

pour cela; et les suivront au ting tous ceux qui voudront.»--«Nous

ferons selon ton conseil, dit Skapti: mais quelles sortes de procès

viendront devant eux?»--«Il faut, dit Njal, qu'ils connaissent de toutes

les affaires d'illégalités au ting, de faux témoignages et de citations

mensongères en justice. De même toutes les affaires où les tribunaux de

quartier seront divisés, on les fera venir devant le cinquième tribunal.

De même encore, si quelqu'un offre ou accepte de l'argent pour corrompre

la justice. C'est devant ce tribunal que les serments seront les plus

solennels, et chaque serment sera appuyé par deux hommes, qui

confirmeront sur leur honneur ce que les autres auront juré. Dans le cas

aussi ou une des deux parties procéderait régulièrement, et l'autre

irrégulièrement, il faudra que le tribunal juge en faveur de ceux qui

auront procédé régulièrement. Les affaires seront jugées comme aux

tribunaux de quartier, avec cette différence qu'une fois le cinquième

tribunal formé de quatre fois douze juges, le plaignant en récusera six,

et le défendeur six autres. Et si le défendeur ne veut pas, c'est le

plaignant qui en récusera encore six, comme il a fait des six premiers.

Et si le plaignant ne les récuse pas, alors l'affaire tombera à néant;

car il faudra pour juger trois fois douze juges seulement. Nous

prendrons aussi une décision au sujet du tribunal législatif, c'est que

ceux-là seulement qui siègent au banc du milieu, auront le pouvoir de

faire et de défaire la loi; et on choisira pour cela ceux qui sont les

plus sages et les meilleurs. C'est là aussi que se tiendra le cinquième

tribunal. Et si ceux qui siègent au tribunal législatif ne tombent pas

d'accord sur les arrêtés à prendre ou les lois à faire, alors on lèvera

la séance pour se compter, et c'est la majorité des voix qui décidera.

Et s'il y a quelqu'un en dehors du tribunal, qui ne puisse y entrer, et

se trouve lésé en quelque chose, il protestera à haute voix, de manière

qu'on l'entende au tribunal, et par là il rendra nulles et de nul effet

toutes les lois qu'ils auront faites et toutes les décisions qu'ils

auront prises, et contre lesquelles il aura protesté.»

Alors Skapti fils de Thorod fit adopter une loi sur la formation du

cinquième tribunal et tout ce qu'avait dit Njal. Les hommes allèrent au

tertre de la loi, et ils instituèrent de nouveaux sièges de godis. Dans

le pays du Nord, voici quels furent les nouveaux: le Godord des hommes

de Mel, au Midfjord et celui de Laufæsing, sur l'Eyjafjord.

Alors Njal prit la parole et dit: «Bien des gens ici ont connaissance de

ce qui s'est passé entre mes fils et les hommes de Grjota, quand ils ont

tué Thrain fils de Sigfus, après quoi la paix fut conclue, et je pris

chez moi Höskuld fils de Thrain. Voici qu'à présent je lui ai cherché

une femme, et il l'aura s'il peut obtenir un siège de godi. Mais

personne ne veut vendre le sien. Je vous prie donc de consentir à ce que

j'institue un nouveau Godord à Hvitanes, pour Höskuld.» Et tous y

consentirent. Njal institua un nouveau Godord pour Höskuld, qui fut

appelé depuis lors Höskuld, godi de Hvitanes.

Après cela les gens quittèrent le ting et retournèrent chez eux.

Njal ne resta pas longtemps chez lui. Il partit pour Svinafell avec ses

fils et Höskuld, et fit sa demande à Flosi. Et Flosi dit qu'il tiendrait

tout ce qu'il avait promis. Hildigunn fut fiancée à Höskuld et on fixa

le jour de la noce en sorte que tout était conclu. Ils rentrèrent chez

eux, et une seconde fois revinrent chez Flosi pour la noce. Flosi compta

tout l'argent d'Hildigunn, quand la noce fut faite, et tout se passa

très bien. Ils s'en allèrent à Bergthorshval et y passèrent l'hiver.

Hildigunn et Bergthora s'entendaient bien ensemble.

Le printemps suivant, Njal acheta des terres à Vörsabæ et les donna à

Höskuld, qui alla s'y établir. Njal lui donna tous les serviteurs qu'il

lui fallait. Ils étaient tous si bons amis que nul d'entre eux ne

faisait rien sans avoir pris conseil de tous les autres.

Höskuld demeura longtemps à Vörsabæ. Ils se rendaient les uns aux autres

toutes sortes d'honneurs, et les fils de Njal étaient toujours en

compagnie d'Höskuld. Il y avait tant d'amitié entre eux qu'ils

s'invitaient les uns les autres chaque automne, et se faisaient de

riches présents. Cela dura ainsi longtemps.

La Saga de Njal · 第 101 / 164 题