Il nous faut maintenant parler des fils de Njal, Grim et Helgi. Ils
étaient partis d'Islande le même été que Thrain, et ils avaient avec eux
sur leur vaisseau Olaf d'Elda fils de Ketil, et Bard le noir. Ils eurent
un vent du nord si fort, qu'ils furent entraînés au sud, en pleine mer;
et un brouillard si épais s'abattit sur eux qu'ils ne savaient plus où
ils allaient; ils errèrent longtemps à l'aventure.
Et voilà qu'ils vinrent à un endroit où il y avait peu de fond; il leur
sembla qu'ils devaient être près de terre. Les fils de Njal demandèrent
à Bard s'il avait quelque idée du pays qui se trouvait le plus près. «Il
peut y en avoir beaucoup, dit-il, après le mauvais temps que nous avons
eu: les îles, ou l'Écosse, ou bien l'Irlande.»
À deux nuits de là, ils virent la terre des deux côtés. Il y avait une
ligne de brisants en travers du fjord. Ils jetèrent l'ancre en deçà des
brisants. Alors le vent commença à se calmer, et le lendemain matin le
temps était beau. Et voici qu'ils voient venir à eux treize vaisseaux.
Bard dit: «Qu'allons-nous faire? Ces gens-là viennent nous attaquer.»
Ils délibérèrent donc s'il fallait se défendre ou se rendre. Mais avant
qu'ils eussent décidé, les pirates arrivèrent sur eux. Des deux côtés on
se demande le nom des chefs. Les chefs des marchands se nommèrent et
demandèrent à leur tour qui commandait les pirates. L'un des chefs dit
se nommer Grjotgard et l'autre Snækolf, fils tous deux de Moldan de
Dungalsbæ en Écosse, et parents du roi d'Écosse Melkolf; «Et nous vous
laissons, dit Grjotgard, le choix entre deux choses: Ou vous irez à
terre, et nous prendrons vos richesses; ou nous allons vous attaquer, et
tuer tous ceux que nous pourrons.» Helgi répondit: «Les marchands ont
résolu de se défendre.»--«Que dis-tu, malheureux? dirent les marchands.
Comment pourrions-nous nous défendre? Il vaut mieux perdre les biens que
la vie.» Alors Grim prit le parti de pousser de grands cris, pour
empêcher les pirates d'entendre les murmures des marchands. «Ne
voyez-vous pas, dirent Bard et Olaf, que les Irlandais vont faire leur
risée de lâches comme vous? Prenez plutôt vos armes et défendons-nous.»
Ils prirent donc tous leurs armes, et ils résolurent de ne pas se rendre
tant qu'il y aurait moyen de se défendre.