Il y avait un homme nommé Egil. Il était fils de Kol, fils d'Ottar-Bal,
qui prit des terres entre Stotalæk et Reydarvatn. Le frère d'Egil était
Önund de Tröllaskog, père de Hal le fort, qui eut part au meurtre de
Holtathorir avec les fils de Ketil le beau parleur.
Egil demeurait à Sandgil. Ses fils étaient Kol, Ottar, et Hauk. Leur
mère était Steinvör, soeur de Starkad de Trihyrning. Les fils d'Egil
étaient grands et batailleurs, les hommes les plus malfaisants qu'on pût
voir. Ils étaient toujours du même côté, eux et les fils de Starkad.
Leur soeur était Gudrun Natsol. C'était la plus belle et la plus
gracieuse des femmes.
Egil avait pris chez lui deux hommes de Norvège. L'un s'appelait Thorir
et l'autre Thorgrim. Ils étaient nouveaux-venus dans le pays, bien vus
et riches. C'étaient de vaillants hommes, hardis en toute occasion.
Starkad avait un bon cheval, roux de poil; les gens disaient que ce
cheval n'avait pas son pareil pour le combat. Il arriva une fois que ces
trois frères de Sandgil étaient à Trihyrning. Il y eut beaucoup de
paroles dites sur tous les hommes du pays de Fljotshlid; et on vint à se
demander si quelqu'un d'eux voudrait faire combattre un cheval contre
celui-là. Des gens qui étaient là dirent, pour leur faire honneur et
flatterie, que nul n'oserait, et que nul aussi n'avait un cheval pareil.
Alors Hildigunn répondit «Je sais un homme qui osera bien faire
combattre un cheval contre le vôtre.»--«Nomme-le» disent-ils. Elle
répond; «Gunnar de Hlidarenda a un cheval brun, qu'il fera bien
combattre contre vous et contre tous les autres.»--«Il vous semble à
vous, femmes, disent-ils, que nul n'est son pareil. Mais si Geir le Godi
et Gissur le blanc ont cédé devant lui à leur honte, il n'est pas dit
qu'il nous en arriverait autant.»--«Il vous arrivera pis» dit-elle, et
il s'ensuivit une grande dispute entre eux. Starkad dit: «Gunnar est le
dernier homme à qui il vous faut chercher querelle; car il est dangereux
de s'attaquer à sa chance.»--«Tu nous permettras bien, dirent-ils de lui
offrir un combat de chevaux?»--«Je vous le permets, dit-il, à condition
que vous ne lui jouerez point de mauvais tour.» Ils promirent qu'ils
n'en feraient rien.
Ils partirent donc pour Hlidarenda. Gunnar était chez lui; il sortit;
Kolskegg et Hjort sortirent avec lui. Ils firent bon accueil aux autres
et demandèrent où ils allaient. «Nous n'allons pas plus loin qu'ici»
répondirent-ils. On nous a dit que tu avais un bon cheval, et nous
venons t'offrir un combat de chevaux.»--«Il n'y a pas grand chose à dire
de mon cheval, dit Gunnar; il est jeune et il n'est pas encore bien
dressé.»--«Tu te décideras peut-être à le faire combattre; dirent-ils.
Hildigunn est d'avis que tu t'en tirerais bien.»--«Comment avez-vous
parlé de cela?» dit Gunnar.--«Il y a des gens, répondirent-ils, qui ont
dit que tu n'oserais pas faire combattre un cheval contre le
nôtre.»--«Je crois que j'oserai, dit Gunnar, mais il me semble que ce
sont là de mauvaises paroles.»--«Devons-nous croire, dirent-ils, que tu
acceptes le combat?»--«Vous serez contents, dit Gunnar, si vous
l'emportez; mais il y a une chose que je veux vous demander. C'est de
régler le combat de telle sorte que nous en ayons les uns et les autres
du plaisir et nul ennui, et que vous ne puissiez en aucune façon me
faire honte. Mais si vous faites pour moi comme pour d'autres, je vous
le revaudrai, sans que rien m'en empêche, et vous verrez qu'il vous en
coûtera cher. Comme vous aurez fait, ainsi je ferai.» Après cela, ils
retournèrent chez eux.
Starkad demanda comment les choses s'étaient passées. Ils dirent que
Gunnar leur avait fait faire un bon voyage. «Il a promis de faire
combattre son cheval, et nous avons fixé le jour où le combat aura lieu.
On voyait bien qu'il trouvait que nous avions l'avantage sur lui, et il
faisait tout son possible pour s'y dérober.»--«Vous verrez, dit
Hildigunn, que si Gunnar est lent à s'engager dans une affaire
chanceuse, il est hardi quand il n'y a plus moyen d'y échapper.»
Gunnar monta à cheval et vint trouver Njal. Il lui dit le combat de
chevaux, et les paroles qui avaient été dites entre eux. «Et que
penses-tu qu'il advienne de ce combat?» ajouta-t-il. «C'est toi qui
auras le dessus, dit Njal; mais ceci va causer la mort de bien des
gens.»--«Penses-tu que cela cause ma mort?» dit Gunnar. «Pas cette fois,
dit Njal; mais ils se souviendront de leur vieille haine, ils l'en
porteront encore une nouvelle, et tu n'auras plus autre chose à faire
qu'à plier devant eux.» Alors Gunnar retourna chez lui.