LVI

Il y avait un homme nommé Skapti. Il était fils de Thorod. La mère de

Thorod était Thorvör. Elle était fille de Thormod Skapti, fils d'Oleif

le gros, fils d'Einar, fils d'Ölvir Barnakarl.

C'étaient de grands chefs, le père et le fils, et de grands hommes de

loi. Thorod passait pour être quelque peu rusé et malfaisant. Ils

étaient avec Gissur le blanc dans tous les procès qu'il avait.

Les gens du Hlid et de la Ranga arrivèrent au ting en foule. Gunnar

était si aimé de chacun qu'ils furent tous d'avis d'être pour lui. Ils

arrivent donc tous au ting, et dressent leurs huttes.

Gissur le blanc avait avec lui les chefs que voici: Skapti et Thorod,

Asgrim fils d'Ellidagrim, Od de Kidjaberg, Haldor fils d'Örnolf.

Un jour les gens étaient allés au tertre de la loi. Geir le godi se leva

et déclara qu'il intentait une action à Gunnar pour le meurtre d'Otkel.

Il lui en intenta une seconde pour le meurtre d'Halbjörn le blanc, puis

pour le meurtre d'Audulf, puis pour le meurtre de Skamkel. Après cela il

déclara qu'il en intentait une à Kolskegg pour le meurtre de Halkel. Et

quand il eut fini toutes ses déclarations, on trouva qu'il avait bien

dit. Il demanda de quelle juridiction ils dépendaient, et quel était

leur domicile. Après cela les gens quittèrent le tertre de la loi.

Et voici que le ting se passe, et vient le moment où les affaires

devaient être jugées. Des deux côtés ils rassemblèrent tout leur monde.

Geir le Godi et Gissur le blanc se mirent au sud du tribunal du district

de la Ranga, Gunnar et Njal se mirent au nord du tribunal. Geir le Godi

somma Gunnar d'écouter son serment. Puis il prêta serment. Après cela il

exposa l'affaire. Puis il produisit les témoins de la citation. Puis il

fit prendre place aux hommes libres du pays qu'il avait désignés comme

témoins enquêteurs. Puis il invita l'adversaire à récuser leur

déposition. Puis il leur dit d'apporter leur déposition. Alors les

hommes qui avaient été désignés comme témoins enquêteurs s'avancèrent

devant le tribunal, prirent des témoins, et déclarèrent que l'affaire

d'Audulf n'était pas de leur compétence, parce que ceux à qui la

poursuite appartenait étaient en Norvège, qu'ils n'avaient donc rien

avoir dans cette affaire. Après cela ils firent leur déposition dans

l'affaire d'Otkel et déclarèrent que Gunnar était convaincu d'être

coupable de ce meurtre. Après cela Geir le Godi somma Gunnar d'avoir à

se défendre; et il prit des témoins de toutes les formalités qu'il avait

remplies.

Alors Gunnar à son tour somma Geir le Godi d'écouter son serment et les

moyens de défense qu'il allait présenter. Puis il prêta serment. Après

quoi il dit: «Voici ce que j'ai à dire pour ma défense dans cette

affaire: j'ai pris des témoins, et j'ai déclaré Otkel hors la loi,

devant mes voisins, pour cette blessure sanglante qu'il m'a faite avec

ses éperons. Je te fais donc, à toi Geir le Godi, défense solennelle de

poursuivre cette affaire et aux juges de la juger, et par là je tiens

toutes les mesures que tu as prises jusqu'ici pour nulles et de nul

effet. Je t'en fais une défense légale, pleine et entière, et qui doit

être suivie d'effet, telle enfin que j'ai à te la faire selon la

procédure de l'Alting et la loi de tout le pays. Et maintenant j'ai à te

dire ce que je vais faire encore» dit Gunnar.--«Vas-tu me défier à un

combat dans l'île, comme c'est ta coutume, dit Geir, et refuser de te

soumettre à la loi?».--«Ce n'est pas cela, dit Gunnar; je vais te citer

à comparaître au tertre de la loi, pour ceci, que tu as désigné des

témoins enquêteurs dans une affaire où ils n'avaient rien à voir: le

meurtre d'Audulf; et pour cette cause je vais déclarer que tu as encouru

la peine du bannissement simple».

Njal prit la parole et dit: «Il ne faut pas qu'il en soit ainsi; car

vous en viendriez maintenant aux plus grandes violences. Chacun de vous

a dans son affaire beaucoup de choses contre lui, à ce qu'il me semble.

Il y a quelques-uns de ces meurtres, Gunnar, au sujet desquels tu n'as

pas grand'chose à dire contre ceux qui t'en déclarent coupable. D'autre

part, tu as cette action que tu intentes à Geir, et il sera trouvé

coupable, certainement. Et toi, Geir le Godi, il faut que tu saches une

chose, c'est que cette action en bannissement qui te menace n'est pas

encore intentée, mais qu'elle ne restera pas en route si tu refuses de

suivre mon conseil».

Thorod le Godi dit: «Il me semble qu'il vaudrait mieux, pour le bien de

la paix, faire un arrangement dans cette affaire; mais pourquoi ne

dis-tu rien, Gissur le blanc?».--«Il me semble, dit Gissur, qu'il nous

faudrait de solides appuis pour mener à bien notre cause. Il est facile

de voir que les amis de Gunnar ne sont pas loin; ce qui donc vaudra le

mieux pour notre affaire, c'est que de bons et vaillants hommes

prononcent entre nous, si Gunnar y consent».

«J'ai toujours été accommodant, dit Gunnar; vous avez beaucoup à dire

contre moi; mais aussi il me semble que j'ai été grandement forcé à

faire ce que j'ai fait».

Ils décidèrent donc, sur le conseil des hommes les plus sages, de

terminer l'affaire, et de la remettre à un arbitrage. Six hommes furent

choisis comme arbitres. Et sur l'heure, au ting, ils prononcèrent sur

l'affaire. Leur sentence fut qu'il ne serait point payé d'amende pour

Skamkel; que le meurtre d'Otkel et le coup d'éperon se compenseraient;

que pour les autres meurtres il serait payé des amendes suivant leur

valeur. Les parents de Gunnar donnèrent de l'argent, si bien que toutes

les amendes furent payées sur le champ, au ting. Alors Geir le Godi et

Gissur le blanc allèrent trouver Gunnar et lui promirent de garder

fidèlement la paix. Gunnar quitta le ting et retourna chez lui. Il

remercia les hommes qui lui avaient prêté leur aide et fit à beaucoup

d'entre eux des présents. Il se fit grand honneur de tout ceci.

Gunnar est donc maintenant chez lui, et fort en honneur.

La Saga de Njal · 第 61 / 164 题