XLVIII

Gunnar alla au ting cet été-là. Et beaucoup d'hommes de l'est, venant de

Sida, reçurent l'hospitalité chez lui. Gunnar les pria d'être encore ses

hôtes quand ils reviendraient du ting. Ils dirent qu'ils voulaient bien,

et on partit pour le ting. Njal était au ting et ses fils aussi. Le ting

se passa tranquillement.

Il faut maintenant revenir à Halgerd. Elle alla trouver Melkolf

l'esclave: «J'ai pensé à une commission pour toi, lui dit-elle. Tu vas

aller à Kirkjubæ.»--«Et qu'ai-je à faire là?» dit-il.--«Tu y voleras des

vivres, de quoi charger deux chevaux; tu ne manqueras pas de prendre du

beurre et du fromage, après quoi tu mettras le feu à la cabane aux

provisions: et chacun croira que cela est arrivé par négligence; mais

personne ne pensera qu'on est venu voler.»--L'esclave dit: «J'ai été un

méchant homme; mais je n'ai jamais été voleur.»--«Voyez le comble de

l'impudence, dit Halgerd; tu fais le bon homme, mais tu as été à la fois

voleur et assassin; et tu n'as pas autre chose à faire qu'à y aller, ou

bien je te ferai tuer.» Il savait bien qu'elle ferait comme elle disait,

s'il n'y allait pas; il prit donc de nuit deux chevaux, leur mit des

bâts, et partit pour Kirkjubæ. Le chien n'aboya pas en le voyant, car il

le reconnut, mais il courut à sa rencontre et lui fit bon accueil. Alors

Melkolf alla vers la cabane et l'ouvrit, et chargea des vivres sur ses

deux chevaux, après quoi il brûla la cabane et tua le chien.

Il revient, remontant la Ranga. Et voilà que la courroie de son soulier

se rompt, il prend son couteau et la remet en état, et il laisse

derrière lui son couteau et sa ceinture. Il continue sa route, et arrive

à Hlidarenda. Alors il s'aperçoit qu'il n'a plus son couteau et il n'ose

pas retourner en arrière. Il apporte les vivres à Halgerd. Et Halgerd se

montre contente de son exploit.

Le matin, quand les hommes sortirent à Kirkjubæ, ils virent un grand

dommage. On envoya un homme au ting pour le dire à Otkel; car Otkel

était au ting. Il prit bien le dommage et dit que cela était arrivé

parce que le four était contre la cabane aux provisions: et tous

croyaient aussi que c'était cela.

Et voici que les hommes quittèrent le ting et rentrèrent chez eux, et il

en vint beaucoup à Hlidarenda. Halgerd apportait les vivres sur la

table, et il arriva du beurre et du fromage. Gunnar savait qu'il n'y

avait chez lui rien de semblable, et il demanda à Halgerd d'où cela

venait. «L'endroit d'où cela vient est tel que tu peux t'en régaler, dit

Halgerd; au reste ce n'est pas aux hommes à s'occuper des provisions.»

Gunnar entre en colère et dit: «Voilà qui va mal si je suis à présent un

receleur de vols,» et il lui donna un soufflet sur la joue. Elle dit

qu'elle lui ferait payer ce soufflet, si elle pouvait. Alors elle s'en

alla, et lui avec elle; on emporta tout ce qu'il y avait sur la table et

on apporta de la viande. Et tous pensèrent qu'on l'avait apportée parce

qu'on se l'était procurée de meilleure façon.

Et maintenant les gens du ting retournent chez eux.

La Saga de Njal · 第 54 / 164 题