XLVII

Il y avait un homme nommé Otkel. Il était fils de Skarf, fils d'Halkel.

Ce Halkel est celui qui combattit contre Grim de Grimsnæs, et le tua en

combat singulier. Halkel et Ketilbjörn le vieux étaient frères. Otkel

demeurait à Kirkjubæ. Sa femme s'appelait Thorgerd. Elle était fille de

Mas, fils de Bröndolf, fils de Naddad, des îles Feröe. Otkel était riche

en biens. Son fils s'appelait Thorgeir. Il était jeune d'âge, et déjà un

vaillant homme.

Il y avait un homme nommé Skamkel. Il habitait un domaine nommé aussi

Hofi. Il avait de grands biens. C'était un homme malfaisant et menteur,

querelleur, et à qui il n'était pas bon d'avoir affaire. C'était un

grand ami d'Otkel. Le frère d'Otkel s'appelait Halkel. C'était un homme

grand et fort; il demeurait avec Otkel. Ils avaient un frère nommé

Halbjörn le blanc. Il amena en Islande un esclave qui s'appelait

Melkolf. Melkolf était un Irlandais, et un méchant homme. Halbjörn vint

demeurer chez Otkel, et aussi son esclave Melkolf. L'esclave disait sans

cesse qu'il serait heureux s'il était à Otkel. Otkel était bien avec

lui; il lui donna un couteau et une ceinture, et un habillement complet,

et l'esclave faisait tout ce qu'Otkel voulait. Otkel demanda à acheter

l'esclave à son frère. Halbjörn dit qu'il le lui donnait. «Mais tu fais

là, dit-il, un plus mauvais marché que tu ne crois». Et sitôt qu'Otkel

eut l'esclave, celui-ci fit toutes choses de mal en pis. Otkel parlait

souvent de cela avec Halbjörn, son frère, disant qu'il lui semblait que

l'esclave faisait peu de bonne besogne. Mais son frère répondait qu'il y

aurait pis encore.

Dans ces temps-là, il vint une grande disette. Les gens manquèrent à la

fois de foin et de vivres, et c'était ainsi dans tous les cantons de

l'Islande. Gunnar vint en aide à beaucoup de gens en leur donnant du

foin et des vivres; et tous ceux qui venaient chez lui en eurent tant

qu'il en eut, si bien qu'il vint à manquer aussi de foin et de vivres.

Alors Gunnar fit demander à Kolskegg de venir avec lui, et aussi au fils

de Sigfus, et à Lambi, fils de Sigurd. Ils allèrent à Kirkjubæ et

appelèrent Otkel au dehors. Il les salua. Gunnar dit: «Les choses en

sont au point que je suis venu t'acheter du foin et des vivres si tu en

as». Otkel répondit: «J'ai l'un et l'autre, mais je ne te vendrai ni

l'un ni l'autre».--«Veux-tu m'en donner alors, dit Gunnar, et courir la

chance que je puisse te revaloir cela?»--«Je ne veux pas», dit Otkel.

Skamkel était là, qui lui donnait de mauvais conseils. Thrain, fils de

Sigfus, dit: «Vous méritez que nous prenions de force le foin et les

vivres, en laissant le prix à la place».--«Les gens de Mosfell seront

tous morts, dit Skamkel, quand vous autres fils de Sigfus ferez de

pareilles pilleries».--«Nous ne pillerons jamais personne», dit

Gunnar.--«Veux-tu m'acheter un esclave?» dit Otkel.--«Je ne refuse pas»,

dit Gunnar. Après cela Gunnar acheta l'esclave, et s'en alla.

Njal apprit cela et dit: «C'est mal fait de refuser de vendre à Gunnar.

Il n'y a rien de bon à attendre pour les autres là où des hommes comme

lui n'ont pas ce qu'ils demandent». Bergthora sa femme lui dit: «Que

parles-tu tant? Ce serait plus agir en homme de lui donner du foin et

des vivres, car tu ne manques ni de l'un ni de l'autre». Njal répondit:

«Cela est clair comme le jour, et je ne manquerai pas de l'aider en

quelque chose».

Il s'en alla à Thorolfsfell avec ses fils, et là ils chargèrent du foin

sur quinze chevaux, et sur cinq chevaux ils chargèrent des vivres. Njal

vint à Hlidarenda et appela Gunnar au dehors. Gunnar lui fit très bon

accueil. Njal dit: «Voici du foin et des vivres que je te donne. Et je

veux que tu ne demandes jamais à d'autres qu'à moi, quand tu manqueras

de quelque chose».--«Tes dons sont les bienvenus, dit Gunnar, mais ton

amitié, et celle de tes fils, vaut encore mieux pour moi». Après cela

Njal retourna chez lui. Et le printemps se passe.

La Saga de Njal · 第 53 / 164 题