Il y avait un homme nommé Otkel. Il était fils de Skarf, fils d'Halkel.
Ce Halkel est celui qui combattit contre Grim de Grimsnæs, et le tua en
combat singulier. Halkel et Ketilbjörn le vieux étaient frères. Otkel
demeurait à Kirkjubæ. Sa femme s'appelait Thorgerd. Elle était fille de
Mas, fils de Bröndolf, fils de Naddad, des îles Feröe. Otkel était riche
en biens. Son fils s'appelait Thorgeir. Il était jeune d'âge, et déjà un
vaillant homme.
Il y avait un homme nommé Skamkel. Il habitait un domaine nommé aussi
Hofi. Il avait de grands biens. C'était un homme malfaisant et menteur,
querelleur, et à qui il n'était pas bon d'avoir affaire. C'était un
grand ami d'Otkel. Le frère d'Otkel s'appelait Halkel. C'était un homme
grand et fort; il demeurait avec Otkel. Ils avaient un frère nommé
Halbjörn le blanc. Il amena en Islande un esclave qui s'appelait
Melkolf. Melkolf était un Irlandais, et un méchant homme. Halbjörn vint
demeurer chez Otkel, et aussi son esclave Melkolf. L'esclave disait sans
cesse qu'il serait heureux s'il était à Otkel. Otkel était bien avec
lui; il lui donna un couteau et une ceinture, et un habillement complet,
et l'esclave faisait tout ce qu'Otkel voulait. Otkel demanda à acheter
l'esclave à son frère. Halbjörn dit qu'il le lui donnait. «Mais tu fais
là, dit-il, un plus mauvais marché que tu ne crois». Et sitôt qu'Otkel
eut l'esclave, celui-ci fit toutes choses de mal en pis. Otkel parlait
souvent de cela avec Halbjörn, son frère, disant qu'il lui semblait que
l'esclave faisait peu de bonne besogne. Mais son frère répondait qu'il y
aurait pis encore.
Dans ces temps-là, il vint une grande disette. Les gens manquèrent à la
fois de foin et de vivres, et c'était ainsi dans tous les cantons de
l'Islande. Gunnar vint en aide à beaucoup de gens en leur donnant du
foin et des vivres; et tous ceux qui venaient chez lui en eurent tant
qu'il en eut, si bien qu'il vint à manquer aussi de foin et de vivres.
Alors Gunnar fit demander à Kolskegg de venir avec lui, et aussi au fils
de Sigfus, et à Lambi, fils de Sigurd. Ils allèrent à Kirkjubæ et
appelèrent Otkel au dehors. Il les salua. Gunnar dit: «Les choses en
sont au point que je suis venu t'acheter du foin et des vivres si tu en
as». Otkel répondit: «J'ai l'un et l'autre, mais je ne te vendrai ni
l'un ni l'autre».--«Veux-tu m'en donner alors, dit Gunnar, et courir la
chance que je puisse te revaloir cela?»--«Je ne veux pas», dit Otkel.
Skamkel était là, qui lui donnait de mauvais conseils. Thrain, fils de
Sigfus, dit: «Vous méritez que nous prenions de force le foin et les
vivres, en laissant le prix à la place».--«Les gens de Mosfell seront
tous morts, dit Skamkel, quand vous autres fils de Sigfus ferez de
pareilles pilleries».--«Nous ne pillerons jamais personne», dit
Gunnar.--«Veux-tu m'acheter un esclave?» dit Otkel.--«Je ne refuse pas»,
dit Gunnar. Après cela Gunnar acheta l'esclave, et s'en alla.
Njal apprit cela et dit: «C'est mal fait de refuser de vendre à Gunnar.
Il n'y a rien de bon à attendre pour les autres là où des hommes comme
lui n'ont pas ce qu'ils demandent». Bergthora sa femme lui dit: «Que
parles-tu tant? Ce serait plus agir en homme de lui donner du foin et
des vivres, car tu ne manques ni de l'un ni de l'autre». Njal répondit:
«Cela est clair comme le jour, et je ne manquerai pas de l'aider en
quelque chose».
Il s'en alla à Thorolfsfell avec ses fils, et là ils chargèrent du foin
sur quinze chevaux, et sur cinq chevaux ils chargèrent des vivres. Njal
vint à Hlidarenda et appela Gunnar au dehors. Gunnar lui fit très bon
accueil. Njal dit: «Voici du foin et des vivres que je te donne. Et je
veux que tu ne demandes jamais à d'autres qu'à moi, quand tu manqueras
de quelque chose».--«Tes dons sont les bienvenus, dit Gunnar, mais ton
amitié, et celle de tes fils, vaut encore mieux pour moi». Après cela
Njal retourna chez lui. Et le printemps se passe.