Le _Moniteur de Seine-et-Oise_.--Le cabinet de lecture de Mme Le
Dur.--Galanterie du frère du roi de Prusse.--Une repartie un peu vive de
Mme Le Dur.--Un colporteur de journaux d’Eure-et-Loir.--Mme Le Dur est
dénoncée à Stieber.--Le comte de W...--Un attaché militaire allemand
sauve un franc-tireur.
Quelques jours après l’énergique attaque des Français qui eut pour
résultat la prise de Champigny, des groupes nombreux stationnaient dans
la rue de la Paroisse, presque en face de l’église Notre-Dame.
A côté des militaires allemands qui discutaient tantôt d’une voix forte,
tantôt sur un ton bas et confidentiel, se tenaient de nombreux
bourgeois, que leur âge ou leurs infirmités avaient forcément retenus à
Versailles.
Sur leur figure soucieuse et attristée, il y avait, ce jour-là, comme le
reflet d’une joie cachée, d’une espérance secrète. On savait que, tout
de suite après la victoire des Français, un conseil de guerre avait été
convoqué à la préfecture de Versailles, chez le roi, et que la plupart
des généraux avaient émis un avis contraire à celui de M. de Moltke, qui
insistait pour la reprise immédiate de la position perdue.
Mais l’avis du feld-maréchal avait prévalu; depuis la veille, le bruit
courait que la bataille était de nouveau engagée du côté de Champigny.
On se chuchotait tout bas que les Wurtembergeois avaient été
vigoureusement repoussés. Les correspondants des journaux anglais
affirmaient, disait-on, que les officiers du premier bataillon avaient
tous été tués ou blessés, sauf deux; que le jeune comte Wolfegg avait eu
une jambe emportée; qu’on avait vu passer le général Von Strochmann,
pâle, couvert de sang, appuyé sur deux de ses amis.
Rien, jusque là, n’était cependant venu confirmer ces rumeurs. Le
_Moniteur officiel_ n’avait pas encore dit un mot; il parlerait sans
doute aujourd’hui, car les opérations--c’était positif--avaient commencé
depuis vingt-quatre heures.
La foule qui grossissait sans cesse devant la boutique de Mme Le Dur,
«réquisitionnée» pour la vente du _Moniteur_ (prussien) _de
Seine-et-Oise_, ne disait que trop la curiosité et les perplexités
patriotiques de la population de Versailles. L’attitude de la plupart
des officiers allemands qui remplissaient le magasin de la marchande
n’était cependant pas de nature à faire naître ou à entretenir des
illusions. Chaque fois que la porte de la boutique s’ouvrait, on
entendait leurs gros rires résonner comme un bruit de casseroles.
Mme Le Dur, qui tient encore aujourd’hui le même cabinet de lecture, le
plus achalandé de Versailles et le mieux pourvu de livres curieux, était
alors, en 1870, dans le plein épanouissement d’une savoureuse et
appétissante beauté. Très vive, très enjouée, elle s’amusait en
véritable gamine de Paris, à dire crûment leur fait à ses clients, dont
la plupart parlaient fort bien le français, et qui, tout en venant
chercher des romans de Paul de Kock, de Pigault-Lebrun, ou les
_Mémoires_ de Casanova, flirtaient volontiers avec la dame du logis, qui
ne craignait nullement de les «rabrouer» par quelques mots très crus.
Les affaires, du reste, allaient à souhait; les numéros du _Moniteur de
Seine-et-Oise_ s’enlevaient comme de petits pâtés; militaires et civils,
allemands et français, privés de toute autre lecture, attendaient
l’apparition de la feuille officielle avec une égale impatience.
Ce journal--le seul organe de publicité que la police prussienne
tolérait dans cette ville de 40,000 âmes, complètement isolée de Paris
et du reste de la France,--était rédigé par M. Bamberg, l’ex-caissier
parisien du «fonds des reptiles», appelé à Versailles par M. de Bismarck
pour remplacer M. le Dr Lévyson dont les allures avaient déplu au
chancelier, qui voulait un fonctionnaire et non un journaliste, même
officieux.
Les Prussiens avaient promis tout d’abord de respecter la liberté de la
presse, mais dès leur arrivée, ils avaient commencé par fourrer en
prison le bon M. Jeandel qui, dans un article mélodramatique de son
_Journal de Versailles_, s’était apitoyé sur le sort des soldats de la
Landwehr, arrachés à leurs familles, à leurs foyers, forcés de tuer ou
de se laisser tuer. Une véritable tirade bonne à déclamer à l’Ambigu,
avec _tremolos_ à l’orchestre. L’inoffensif Jeandel ne fit qu’un séjour
très court à la prison Saint-Pierre; son journal ne reparut pas.
Quelques semaines plus tard, l’_Union libérale_, rédigée par des
écrivains de premier ordre, tels que MM. Scherer et Bersot, préféra
cesser sa publication plutôt que d’insérer les communications de M. de
Brauchitsch.
La _Concorde_, journal impérialiste, avait disparu après le 4 septembre.
Dans un simple but de spéculation, M. Lévyson, ancien correspondant
parisien de la _Gazette de Cologne_, avait imaginé de combler la lacune
en faisant paraître le _Nouvelliste_. Au bout de quelque temps, cette
feuille se transforma en _Moniteur de Seine-et-Oise_, organe officiel.
L’imprimerie Beau fut mise en réquisition pour l’impression du journal,
et Mme Le Dur, qui venait de s’établir à Versailles et paraissait peu
experte en choses politiques, se laissa également «réquisitionner» pour
la vente du _Nouvelliste_ d’abord, et celle du _Moniteur_ ensuite.
Sa petite boutique était chaque soir bondée d’officiers allemands;
c’était le rendez-vous de tous les gandins et de tous les galantins de
l’état-major, qui papillonnaient autour de la «directrice» et de ses
auxiliaires, deux fraîches enfants de 16 à 18 ans, au teint de lait et
aux lèvres de feu.
Ce jour-là, le cabinet de lecture de la rue de la Paroisse avait vu une
partie de ses clients habituels arriver beaucoup plus tôt. Sans qu’ils
voulussent en avoir l’air, tous ces Allemands étaient au fond plus
impatients encore que les Versaillais de savoir ce qui se passait du
côté de Champigny, et le _Moniteur_ pouvait seul les renseigner d’une
manière positive, officielle.
Vers les cinq heures, un élégant coupé attelé de deux chevaux pur sang,
et portant sur les panneaux l’écusson de la maison de Hohenzollern,
s’arrêta devant la boutique de Mme Le Dur.
Un nègre, en costume oriental, assis sur le siège à côté du cocher,
sauta lestement à terre et ouvrit la portière.
Un vieillard ridé, voûté, cassé, affublé d’une perruque, vêtu de
l’uniforme de général avec un grand cordon en sautoir, sortit de la
voiture et entra dans le cabinet de lecture.
A la vue du vieux militaire, les officiers formant groupe sur le
trottoir devant la boutique et ceux qui s’y trouvaient déjà se rangèrent
respectueusement et firent le salut militaire avec cette raideur
d’automates de Vaucanson, que très heureusement tous les règlements
copiés sur le modèle prussien ne parviendront jamais à inculquer aux
officiers français.
Le vieillard porta la main à sa casquette galonnée pour répondre à ces
saluts; mais soudain ses yeux s’allumèrent comme des quinquets lorsqu’il
aperçut les deux jeunes filles, très rieuses et très accortes, qui se
tenaient derrière un comptoir d’acajou, faisant face à celui où trônait
la majestueuse maîtresse de céans.
Le vieillard détaillait les petites, l’une surtout, une agréable
brunette qui ficelait un paquet attendu sans impatience, du reste, par
un lieutenant de dragons droit comme un _I_ dans sa tunique bleu clair,
tandis que sa compagne, une boulotte aux regards vifs et à la chevelure
blonde et bouclée, cherchait au milieu des casiers remplis de livres
poudreux le second volume du _Cocu_, que lui avait demandé un jeune
adjudant.
--_Sehr nett! Sehr nett!_ (très jolie!) fit le vieux général en faisant
claquer sa langue contre son palais... Et, s’armant d’un binocle, il
passa l’inspection de la petite boutique, les casiers bourrés d’articles
de papeterie et de menus objets, les tables où s’étalaient les gravures,
les livres de messe, les images de sainteté et autres, les rayons pleins
de livres aux couvertures usées, car la plupart des éditions de Mme Le
Dur datent du commencement de ce siècle.
--_Sehr nett! Sehr nett!_ répétait le vieillard en lorgnant de nouveau
les deux jouvencelles. Puis, brusquement, en se mettant en arrêt devant
l’imposante taille et la coiffure à la grecque de Mme Le Dur... Oh!
fit-il, voici la belle madame Le Dur, n’est-ce pas?... Oh! on ne m’a pas
trompé; mes compliments, mes compliments!... Je viendrai tous les jours
moi-même chercher mon journal, si vous le permettez, ma belle enfant,
n’est-ce pas? Et le galant sur le retour se mit à tapoter doucement les
grosses joues de la plantureuse «réquisitionnée».
Les officiers restaient cois, immobiles, au port d’armes.
--Eh bien! vieux coureur de cotillons! répondit la libraire avec cette
intonation qu’elle sait donner à ses réparties, vous plaira-t-il de
laisser ma peau tranquille?
--Voyons, la belle, ne nous fâchons pas... hé, hé! vous me plaisez...
_beaucoup_... Il souligna le mot.
--Taisez-vous, vieux polisson, s’écria Mme Le Dur. Vous n’avez pas
besoin de moi... votre maîtresse vous attend à la porte, dans votre
voiture!
Et elle désigna du geste le nègre habillé à l’orientale.
Les traits du vieux Don Juan se rembrunirent subitement; la plaisanterie
n’était guère de son goût. Il sortit aussitôt, fort mécontent. Quant aux
officiers, ils étaient positivement pétrifiés.
--Malheureuse! dit l’un de ces messieurs, portant l’uniforme de
capitaine d’état-major, savez-vous à qui vous avez osé faire cette
insolente réponse?
--Non, répondit Mme Le Dur.
--Au prince Charles, le propre frère du roi de Prusse!
--Eh bien, s’il n’est pas content, il ira le dire à Rome!
--Ah! il s’en gardera bien, fit un jeune hussard. Son Altesse ne se
vante que de ses succès auprès des dames; quant aux rebuffades, il les
empoche et se tait.
--C’est égal, fit le capitaine d’état-major, vous avez été raide, ma
chère... Ah! enfin, voici le _Moniteur_ qui arrive!
Deux ordonnances, escortées de deux gendarmes, entrèrent dans la
boutique de Mme Le Dur, et déposèrent plusieurs gros ballots de papier
humide encore et sentant l’encre d’imprimerie.
Alors un défilé interminable d’acheteurs commença; la patronne et ses
deux employées n’avaient pas assez de leurs six mains pour servir la
clientèle; les numéros s’enlevaient, et les gros sous et les silbergros
s’entassaient dans les tiroirs. Il en fut ainsi jusqu’à l’heure de la
fermeture...
* * * * *
Quand les demoiselles de magasin furent parties et les volets mis, Mme
Le Dur traversa la cour qui se trouve derrière la maison et que l’on
gagne par la petite arrière-boutique qui sert aussi de salle à manger et
de chambre à coucher. La sémillante libraire s’arrêta devant la porte
d’un hangar, qui avait dû jadis servir de remise. Elle tira de sa poche
une grosse clef qu’elle fit tourner dans la serrure; la porte s’ouvrit
en grinçant. Sur une litière de paille dormait un gros homme à cheveux
gris, coiffé d’un large chapeau et chaussé de sabots, vêtu, comme les
maraîchers des environs de Paris, d’une blouse jetée par-dessus sa
grosse veste et d’un pantalon de velours à côtes.
--Allons, père Lienard, dit la libraire en secouant le dormeur,
dépêchez-vous, il est temps.
Le paysan se frotta les yeux:
--Ah! c’est vous, m’ame Le Dur... c’est bon, c’est bon, on va se lever;
mais j’aurais encore aimé continuer mon somme.
--Vous dormirez plus tard, mon brave; vous avez le paquet?
--Oui, je l’ons, mais j’étions tellement fatigué que je n’ons pas eu la
force de me déshabiller chez le concierge... et là, dame, vous savez, je
l’ons toujours au même endroit...
--Eh bien, faites vite; il est déjà tard.
--Vous voulez... là, devant vous, m’ame Le Dur? oh! je n’oserons jamais.
--Allons, mon brave, nous n’avons pas le temps de nous amuser aux
bagatelles... vite, donnez-moi le paquet...
--Enfin, puisque vous le voulez... mais là, tournez-vous, au moins.
--Est-ce fait? demanda la libraire au bout de quelques instants.
--Ah! ne vous retournez pas encore; c’est le moment le plus
_inconséquent_, dit le paysan, qui avait tout simplement retiré sa
culotte et qui était occupé à extraire des fonds de l’indispensable
inexpressible deux paquets formant coussins, et composés de journaux
français et de brochures.
Le paysan remonta tranquillement son pantalon, après avoir posé les deux
paquets par terre.
--Maintenant, m’ame Le Dur, vous pouvez vous retourner, fit l’homme, y a
pas de danger pour votre vertu. Le reste va tout seul.
Et il se mit à tirer d’autres paquets de dessous sa blouse; sa grosseur
disparaissait et se fondait avec chaque douzaine de journaux dont il se
débarrassait de la sorte.
--Là, fit-il, c’est tout.
--Bien, fit Mme Le Dur, voici la moitié de la dernière recette.
Elle remit une poignée de monnaie à l’homme en lui disant: «Bonsoir,
père Lienard, à demain, et n’oubliez pas de vider vos culottes chez le
concierge, c’est plus convenable, et cela prendra moins de temps!»
Mais le paysan se grattait la tête derrière l’oreille, comme font ses
pareils quand ils ont quelque chose sur le cœur qu’ils n’osent pas ou ne
veulent pas dire tout de suite...
--Je m’en vas vous dire, m’ame Le Dur, fit-il enfin, tant va la cruche à
l’eau jusqu’à ce qu’elle se casse. Eh bien, j’ai bien peur d’être près
de la fêlure... Hier, j’ai vu un mauvais escogriffe, grand comme une
perche, qui m’a suivi depuis la barrière de Buc; je faisais celui qui
s’en va se promener tranquillement pour prendre l’air en chantonnant un
air du pays: traderida dera dera... Il a perdu ma piste... Mais,
aujourd’hui, je retrouve mon individu à la même barrière, qui n’avait
l’air de rien; cette fois, pour varier, j’ai fait l’homme pressé
d’arriver... je marchais au pas gymnastique en soufflant dans mes
doigts... Brrrou... brrrou! L’ai-je distancé?... c’est ce qu’il faudrait
voir, mais j’aime mieux le croire. Bref, m’est avis qu’on a l’œil sur
moi, et comme le père Lienard n’aime pas les _mistoufles_, à partir de
demain, je restons _cheux nous_... Voyez-vous... l’argent c’est bien
joli, mais faut pas que ça revienne trop cher...
--Allons, à votre aise, père Lienard, dit la libraire, je trouverai à
vous remplacer, je ne suis pas embarrassée...
Le père Lienard était un malin, il avait flairé dans «l’escogriffe» de
la barrière de Buc, un des limiers de Stieber.
* * * * *
Depuis quelque temps, les dénonciations pleuvaient contre Mme Le Dur; on
la signalait comme tenant, à partir de huit heures du soir, quand son
magasin était fermé pour tout le monde, une boutique clandestine de
journaux français venant du département de l’Eure, et qu’on lisait
portes closes dans les familles de Versailles, pour se donner du cœur,
se réconforter un peu en apprenant les gigantesques efforts de Gambetta
pour sauver l’honneur de la patrie, pour faire sortir de terre des
armées innombrables destinées à remplacer les cohortes de l’empire,
prisonnières de l’Allemagne.
Il était à peu près minuit, quand Mme Le Dur, qui couchait dans
l’arrière-boutique, fut réveillée par quelques coups frappés avec
violence à la devanture de son magasin.
La libraire, tenant un flambeau à la main, apparut au bout de quelques
instants dans un déshabillé nocturne des plus indiscrets, mais des plus
séduisants:
--Qui frappe ainsi? dit-elle, qu’est-ce? le feu est-il à la maison?
Une voix, qu’elle reconnut pour celle du comte W...[49], un de ses plus
assidus clients, répondit:
[49] Nous pourrions écrire son nom en toutes lettres.
--Ouvrez-moi, il s’agit de choses importantes...
--Allons, allons, je la connais celle-là, répliqua la libraire, mais
vous vous trompez... Mlle Élisa[50], c’est en face.
[50] Quelques «demoiselles» versaillaises, habituées à charmer avant
la guerre les loisirs de la garnison, avaient continué leur
«commerce» avec les Allemands, et elles faisaient florès. Une des
plus connues et des plus courues était une Belge, vigoureusement
bâtie, Mlle Élisa. Cette horizontale était surtout remarquable par
l’ordre et l’exactitude qu’elle apportait dans l’exercice de son
métier. Elle ouvrait son boudoir à neuf heures du matin, s’accordait
deux heures pour son déjeuner, de midi à deux heures, et se
remettait au travail jusqu’à sept heures. Passé ce délai, la
clientèle trouvait porte close, et malgré les offres les plus
séduisantes des officiers, elle se refusait absolument à toute
concession passé l’heure réglementaire. Mlle Élisa fit un gros sac
pendant l’occupation; on nous assure qu’elle est rangée aujourd’hui,
mariée, mère de famille, et qu’elle offre le pain bénit dans
l’église de son village.
--Mais non, je vous assure que j’ai quelque chose de très grave à vous
annoncer; demain, il serait trop tard.
Après tout, le comte W... s’était montré, à plusieurs reprises, désireux
d’épargner des vexations et des ennuis à la directrice du cabinet de
lecture de la rue de la Paroisse. Peut-être avait-il réellement un avis
à lui donner? Mme Le Dur se décida à ouvrir.
--Attendez, je passe ma robe de chambre, et je suis à vous.
--Voici ce dont il s’agit, fit le comte W... J’ai dîné ce soir chez le
préfet. Stieber, directeur de la police, était parmi les convives. Il a
été question d’arrestations et de perquisitions... On a parlé de vous...
Demain matin des agents viendront fouiller partout dans votre
boutique... On prétend que vous cachez des journaux français... Est-ce
vrai? Réfléchissez-bien... Il s’agit du conseil de guerre.
--Même pour une femme?
La sémillante libraire n’avait plus du tout envie de rire.
--Vous en avez? Voyons... répondez, vous n’avez rien à craindre de
moi... Vous savez l’intérêt que je vous porte... Si vous avez des
journaux français, dites-le moi...
--Ah! ma foi, venez... Et, conduisant le comte dans l’arrière-boutique,
Mme Le Dur lui montra des placards bourrés jusqu’en haut de gazettes
françaises, de brochures, de proclamations du gouvernement de la Défense
nationale...
--Eh bien... vous l’échappez belle; si Stieber avait découvert ce pot
aux roses, demain soir vous partiez pour l’Allemagne! Il faut enlever
tout cela, mais comment? Il y en a une belle charge...
--Brûlons-les.
--Vous n’y songez pas, nous mettrions le feu à la maison... C’est qu’il
y en a! il y en a!...