ANDRÉ CHÉRADAME.

[Illustration: LES FÊTES DE JEANNE D'ARC A PARIS.--Une procession

aux-flambeaux dans le parc des Franciscaines, impasse Reille. _Phot. L.

Gimpel, sur plaque hypersensibilisée._]

Célébrée, dans toute la France, avec une grande ferveur patriotique, la

fête de Jeanne d'Arc a été marquée, à Paris, dimanche dernier, par de

belles manifestations, qui se sont déroulées dans l'ordre et

l'enthousiasme. Tandis que les façades des maisons, dans beaucoup de

quartiers, s'étaient parées de guirlandes, de drapeaux, et d'étendards

bleu et blanc, les statues de l'héroïne lorraine avaient été abondamment

fleuries, et, devant les monuments bien connus de la place des

Pyramides, de la place Saint-Augustin et du boulevard Saint-Marcel, ce

fut dès les premières heures de la matinée un défilé d'imposants

cortèges,--celui de la Ligue des Patriotes, conduit par son vaillant

président M. Paul Déroulède, celui des ligueurs d'Action française et

des élèves des grandes écoles et des lycées, celui des élus de Paris,

auxquels s'étaient jointes de nombreuses sociétés.

Pour avoir attiré moins de foule, la cérémonie dont nous donnons ici une

gracieuse image ne fut pas l'une des moins touchantes. Les

Franciscaines, dont la communauté s'étend, non loin du parc Montsouris,

dans les calmes abords de l'impasse Reille, ont voué un culte spécial à

la Bienheureuse, sous l'invocation de laquelle elles ont placé des

bonnes oeuvres et un patronage de jeunes filles: en dehors des heures de

travail, celles-ci apprennent là le chant grégorien, et sont les pieuses

élèves de la «manécanterie Jeanne d'Arc». Dimanche soir, à 8 heures,

elles étaient toutes réunies dans le jardin joliment illuminé, pour

participer à la procession aux flambeaux organisée par les soeurs autour

de la statue de Jeanne d'Arc qui se dresse sous les arceaux des arbres.

Après qu'elles en eurent fait le tour, un sermon fut prononcé par le

Père Ledoré, général des Eudistes, et la cérémonie se termina par la

bénédiction du Saint-Sacrement.

[Illustration: Les Monténégrins creusent, dans le sol pierreux de la

colline enfin conquise, des fosses pour leurs morts.]

[Illustration: APRÈS LA PRISE DE TARABOCH.--Aspect d'une tranchée

turque. _Phot. H. Grant, du_ Daily Mirror.]

[Illustration: L'évacuation de la ville par les troupes d'Essad pacha.]

[Illustration: Les Monténégrins entrent dans Scutari.]

[Illustration: Entrée du prince Danilo et de ses officiers.]

[Illustration: L'OCCUPATION DE SCUTARI PAR LES MONTÉNÉGRINS.--Les femmes

jettent des fleurs sur le passage de l'automobile du prince Danilo

rapportant à Cettigne les drapeaux turcs pris à Taraboch.--_Phot. H.

Grant, du_ Daily Mirror.]

[Illustration: UNE JOURNÉE GLORIEUSE POUR LES ARMES MONTÉNÉGRINES: LES

ÉTENDARDS ROYAUX DÉPLOYÉS SUR LA CIME DU TARABOCH]

_Ce fut pour le Monténégro un jour de grande allégresse, l'un des plus

heureux de toute son héroïque histoire que celui où, sur le sommet du

Taraboch, arrosé de tant de sang, les étendards rouges où s'éploie

l'aigle d'argent dominèrent le lac paisible, l'opulente plaine

qu'égaient de claires arabesques la Bojana, le Brin et le Kiri,--et

surtout Scutari, enfin conquise au prix d'un si vaillant effort. Jour de

joie sans lendemain, hélas! Sous la pression des puissances,

solidarisées avec l'implacable Autriche, le pauvre et vaillant petit

pays a dû abandonner sa conquête, la remettre à l'Europe: dans quelques

jours, des détachements de marins débarqués des navires qui bloquent

toujours les côtes monténégrines, assureront la police de Scutari. Cet

abandon imposé, inéluctable, a été discuté au cours d'un conseil

solennel de la Couronne, auquel assistèrent tous les princes de la

famille royale, les ministres, les hauts dignitaires civils, et qui dut

être étonnamment pathétique. En une première séance, le roi écouta les

avis, d'aucuns--et ceux des généraux en tête--conciliants, pacifiques;

d'autres--ainsi celui du prince héritier Danih, qui a joué dans toute

cette guerre un rôle éminent--intransigeants, préconisant la résistance

désespérée. A l'ouverture de la séance suivante, Nicolas 1er Pétrovitch

fit connaître sa décision: «Il me faut consentir à l'évacuation de

Scutari, de cette Scutari qui était le rêve le plus cher de mes jeunes

années, de cette Scutari qui était à la fois pour les Monténégrins et

l'héritage ancestral et le gage d'un avenir plus heureux.» Et, quand il

eut, de sa main, rédigé et signé le télégramme annonçant ce renoncement,

le vieux héros de l'indépendance pleura._

[Illustration: HEURE DE TRIOMPHE.--Les clefs de Scutari dans une main,

le roi du Monténégro déploie de l'autre, devant ses sujets, un drapeau

pris aux Turcs.]

[Illustration: Le roi Nicolas. UN PETIT PEUPLE HÉROÏQUE.--Tout le

Monténégro en trois photographies: un vieux roi, des invalides, et des

enfants qui grandiront pour combattre à leur tour.--_Phot. H. Grant._]

[Illustration: Le bureau de l'agent consulaire français après

l'explosion de l'obus tombé dans le jardin.]

[Illustration: La famine pendant le siège: Mme Krajewski, femme de

l'agent consulaire de France, soignant un affamé.]

[Illustration: Maison des Franciscains éventrée par un obus.]

[Illustration: Pendant le bombardement: la famille et les amis de

l'agent consulaire de France, M. Krajewski, réfugiés dans la cave du

Consulat.]

[Illustration: Ruines d'une maison turque après le bombardement.]

[Illustration: LES EFFETS DU BOMBARDEMENT DE SCUTARI.--Dommages causés

dans le jardin du Consulat de France par un obus de 150 mm.--_Phot. de

M. C. H. Moore et du Dr. Merhaut._]

[Illustration: Embrasement de la basilique du Sacré-Coeur pour la fête

de Jeanne d'Arc à Montmartre.--_Phot. Famechon et Lejards._]

L'Illustration, No. 3663, 10 Mai 1913 · 第 14 / 40 题