Elles ont trait à la fois à l'Epire, à la Macédoine et aux îles de la
mer Égée.
En Epire, la Grèce se heurte à l'Italie. Les cartes ci-dessous et
ci-contre montrent à quel point les divergences sont grandes entre les
gouvernements de Rome et d'Athènes, combien, par conséquent, les Grecs
doivent être émus par le projet d'intervention italienne dans le sud de
l'Albanie et dans la région même qu'ils revendiquent. Forts de leur
droit, ils déclarent formellement qu'ils considèrent leurs conquêtes
comme définitives et que, si l'Italie veut les chasser d'Epire, ils
résisteront par la force. «D'ailleurs, disent-ils, la partie de l'Epire
que nous revendiquons est habitée par une forte majorité hellène. Qu'on
fasse un plébiscite, on verra bien.» Le carton ci-dessous indiquant les
nombreuses écoles, églises et monastères qu'ils ont en Epire suffit à
démontrer que les Grecs ne courent aucun risque en proposant une
consultation des populations et à quel point les prétentions italiennes
sont injustifiées.
Le différend qui existe entre les Hellènes et les Bulgares est également
très dangereux.
Pour les Grecs, il y a deux questions qui ne se posent même pas: celle
de la péninsule chalcidique qui est entièrement grecque et celle de leur
maintien à Salonique (Thessalonique en grec).
«Aucun traité avant la guerre n'a réglé entre nous et les Bulgares,
disent les Grecs, le partage des territoires conquis; nous avons pris
Salonique les premiers. Cette ville est placée dans notre sphère
d'action géographique. Nous prétendons y rester. Notre roi Georges, en
mourant à Salonique, a consacré définitivement cette cité terre
hellénique. Nous occupons la ville avec près de cent mille hommes qui,
actuellement, se retranchent stratégiquement aux alentours. Si les
Bulgares veulent nous en chasser, il faudra qu'ils agissent par la
force.»
[Illustration: Maximum des prétentions grecques. Le grisé indique la
région que réclame la Grèce et que lui contestent l'Italie d'une part,
la Bulgarie et la Serbie de l'autre.--Pour la signification des lignes
de points, traits et croix, se reporter à la carte générale ci-contre.]
Remarquons encore que les prétentions helléniques dépassent de beaucoup
Salonique. En principe, les Grecs les soutiennent ainsi. «L'extension de
la Bulgarie en Thrace va aller bien au delà de tout ce que l'on pouvait
supposer. Puisque nous allons abandonner aux Bulgares 400.000 Grecs, au
moins, sans aucun espoir de retour, au nom de l'équilibre balkanique,
nous devons avoir une compensation importante en Macédoine.»
[Illustration: Iles qui faisaient partie de l'empire turc, actuellement
occupées par l'Italie (noms soulignés d'un trait-double) ou par la Grèce
(noms soulignés d'un trait simple). Les premières comptent, sur 118.000
habitants. 102.000 habitants grecs (25.000 à Rhodes, 18.000 à Kolymnos,
16.000 à Symi, 10.500 à Kos, etc.) et 16.000 Musulmans; les secondes,
sur 325.000 habitants, 300.000 Grecs (115.000 à Mytilène, 70.000 à Chio,
47.000 à Samos, 24.500 à Lemnos, 12.000 à Thasos, 12.500 à Nikaria,
etc.), et 25.000 Musulmans.]
[Illustration: Carte montrant les difficultés du partage, entre les
alliés balkaniques, des territoires conquis.]
Partant de ce point de vue, le gouvernement d'Athènes, au cours des
hostilités, a proposé à celui de Sofia comme base de partage des
territoires gréco-bulgares une ligne partant à l'est de Kavala et
passant ensuite par Drama, Demir-Hissar, laissant au sud le lac de
Dorijan, puis Monastir, pour aboutir à peu près au milieu du lac
d'Okrida. Il est évident que ce tracé exprime un maximum des prétentions
grecques qui n'a d'ailleurs aucune chance d'être accepté par la
Bulgarie. On le sait bien à Athènes, aussi a-t-on en vue deux
transactions. L'une est indiquée par une ligne partant du fond du golfe
d'Orfano, passant au-dessus du lac de Dorijan et s'infléchissant ensuite
au sud de façon à laisser Monastir aux Serbes pour aboutir au milieu du
lac de Prespa. Enfin, ultime transaction, dont les Grecs ne parlent
encore que sans précision, les Hellènes se contenteraient d'avoir autour
de Salonique un territoire suffisamment étendu pour assurer la défense
stratégique de la ville. Mais c'est là, semble-t-il, le minimum
irréductible des prétentions des Grecs. «Sinon, disent-ils, nous
subirons s'il le faut la guerre.»
A la vérité, étant donné la tension des esprits, il suffirait d'un
incident fâcheux pour compliquer encore la situation. A Nikaia, il y a
peu de temps, un véritable combat s'est engagé entre Grecs et Bulgares;
et, dans le triangle Sérès, Kavala, golfe d'Orfano, les troupes des deux
pays alliés sont toujours en contact dangereux, les Bulgares occupant le
nord du triangle et les Grecs toute la partie sud bordant la mer.
A propos des îles, les Grecs ont affaire aux grandes puissances. Aucune
difficulté en ce qui concerne la Crète; elle leur est accordée. Mais ils
réclament, en outre, la possession définitive de toutes les îles de la
mer Egée, y compris celles occupées par l'Italie pendant la guerre de
Tripolitaine. Comme ils ne peuvent pas agir directement contre les
Italiens pour les expulser, les Grecs s'en remettent à l'action de la
Triple Entente, qui a déjà exprimé l'opinion que ces îles devaient
revenir à la Grèce, comme ayant une population grecque. Quant aux îles
occupées par la Grèce et qui se trouvent près de la Turquie d'Asie et
des détroits, les puissances de la Triple Alliance les refusent à la
Grèce sous prétexte de ne pas mettre en danger la puissance turque en
Asie, mais les Grecs font remarquer que ces îles ont une population
hellène et que ce sont les seules qui présentent pour eux un réel
intérêt, puisque, en dehors de ces îles, il ne s'agit que de quelques
rochers inhabités. Deux îles surtout tiennent au coeur des Hellènes:
Mytilène, avec 115.000 Grecs, et Chio avec 70.000.