J'oppose Moreau à Béranger, la _Fermière_ à Lisette, la pièce sur
les Conventionnels aux tirades sur Napoléon.
Lisette Renoul hausse les épaules:
«Ah! tenez! vous me faites rire _avec votre Hégésippe!»_
Je ne suis pas fou d'Hégésippe--j'en conviendrais s'il ne
fallait me défendre à outrance.--Il y a de la pleurarderie; il
me semble, par-ci, par-là; mais quelle différence tout de même!
Le soir, quelquefois, quand j'étais seul, je relisais ses vers; et
il me semblait que je trempais mes mains, qui sentaient le tabac,
dans une eau vive comme celle qui coulait à travers les prés de
Farreyrolles, en faisant trembler l'herbe et les clochettes
jaunes!...
Qu'es-tu donc en politique? Tu n'es pas pour les Girondins, tu
détestes Robespierre, tu dis que Chaumette était un bondieusard
tout en insultant le bon Dieu, parce qu'il voulait la fête de
l'Être Suprême. Qu'es-tu donc?
Je suis bien embarrassé pour répondre. Cependant je me résume.
«Je suis pour la guillotine.»
C'est mon opinion. Je suis pour qu'on monte sur l'échafaud, pour
que les têtes tombent, pour qu'il y ait un comité de salut public,
c'est clair. On n'a qu'à lire l'histoire des Montagnards
d'Esquiros, celle de Villiaumé, de M. Thiers même, qui couronne la
grosse tête de Danton... mais je ne veux pas qu'on s'arrête en
route. Il paraît que les Montagnards tombèrent parce qu'ils
s'arrêtèrent en chemin. Le 9 Thermidor, Robespierre fut vaincu
parce qu'il ne monta pas à cheval...
Je vais apprendre à monter à cheval et je suis Montagnard. Les
Girondins rêvaient une liberté aux yeux bleus. J'ai les yeux
noirs. Ils étaient d'Athènes, la Montagne était de Sparte. Je suis
de Sparte au brouet noir. C'était le brouet noir dans la maison
Vingtras.
«Tu veux avoir un habit à revers, un chapeau à plumes, et une
ceinture tricolore, m'a dit un gros qui mange avec nous et qui n'a
pas d'opinion, mais qui est tout de même--c'est drôle--très
bon garçon et très brave.
--Je suis prêt à me battre, je veux mourir, ai-je dit embarrassé
et pensant que c'était réponse à tout.
--Je le crois, si tu n'avais pas cela, tu mériterais qu'on te
gifle et te tue! Heureusement tu as le courage de ton orgueil et
l'héroïsme de ta bêtise. Tu n'es qu'un gamin qui se trompe, un
petit cuistre qui s'égare: tu te fera casser la tête au premier
jour. Soit! Si on ne la fracasse pas tout entière, s'il en reste
un morceau, ça mettra du plomb dedans.»
Pourtant, je ne crois pas faire mal et je pense bien à affranchir
le peuple au milieu de tout ça.
C'est vrai que j'aimerais bien un grand chapeau à plumes, un sabre
au bout d'une ficelle et la large ceinture tricolore. J'ai été si
mal mis quand j'étais petit...
«Tu voudrais la vie des camps parce que c'est encore du _bouzin_,
du grand bouzin, parce que tu sors du collège, que tu n'aimais
pas, mais que tu as la haine des pions, parce que tu as été battu,
fouetté, humilié, et que tu voudrais fouetter à ton tour. Tu as
été fouetté dans les coins, tu voudrais fouetter devant
l'histoire. On te mettrait au séquestre; tu voudrais envoyer à
Sinnamari, moutard qui crois que tu songes à sauver le monde; tu
veux faire payer tes pensums à l'humanité.»
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Le comité des jeunes