A la fin, il demanda, tout en fixant sur Lavenay ses yeux de lieutenant
de police:
--Mais que faisait donc pendant ce temps-là le marquis de Vilers?
Un instant, Lavenay, qui ne s'attendait point à cette question parce
qu'on oublie toujours la chose principale, resta décontenancé, mais il
se remit bien vite et riposta gaillardement.
--Vilers? mais il est en voyage!
--Et depuis quand?
--Depuis quelques jours.
--Oh! c'est étrange! j'avais cru l'apercevoir hier au petit lever du roi
et même lui entendre dire qu'il n'était pas près de quitter Paris.
--Vous, ou moi, nous nous trompons, M. le lieutenant de police. La
vérité est qu'à l'heure de l'enlèvement, Vilers n'était point chez lui.
--Soit! mais qui vous fait supposer que l'inconnu qui a enlevé la
marquise doive, lui aussi, quitter Paris?
La réplique encore était difficile. Lavenay ne pouvait tenir en effet à
faire part à M. de Marville de la poursuite sans merci dont lui-même et
ses amis menaçaient la marquise.
Il trouva cette réponse:
--Le ravisseur ne doit-il pas craindre, monsieur le lieutenant de
police, qu'à Paris vous ne mettiez trop tôt la main sur lui? Aussi soyez
certain qu'il ne songe qu'à vous fuir. C'est pour cela que je me suis
permis de venir à cette heure indue.
Le magistrat s'assit à son bureau et écrivit rapidement un ordre.
Puis il frappa sur un timbre. Un huissier entra.