L'hôtel de la police n'était pas situé à cette époque dans le quartier
où il est aujourd'hui. Il touchait à l'enclos des Capucines, avec lequel
il a depuis longtemps disparu.
Le lieutenant général de police était alors M. Feydeau de Marville,
ancien conseiller au Parlement de Paris.
C'était un homme d'une équité sévère et qui n'avait ni l'âpreté, ni la
verve inquisitionnelles de son prédécesseur, M. Hérault, celui que le
fameux voleur Poulailler attacha un jour dans son propre cabinet, en
dépit des gardes et des agents.
M. de Marville, au contraire, s'appliqua à rendre ses fonctions utiles
à tout le monde, aux petits comme aux grands, aux pauvres comme
aux riches, et il révoqua plusieurs agents qui, dans leur habitude
d'omnipotence, avaient abusé de leurs fonctions.
Dans la célèbre affaire de la tragédie de _Mahomet_, il n'hésita pas à
faire, auprès de Voltaire, une démarche personnelle qui eut le meilleur
résultat.
Tel était l'homme qu'allait voir M. de Lavenay.
Malgré l'heure avancée et bien qu'il travaillât avec ses secrétaires à
des règlements sur les jeux publics, très difficiles à réprimer, M. de
Marville n'hésita pas à recevoir le gentilhomme, dont le nom lui était
fort connu.
Lavenay lui raconta l'enlèvement, sans dire quelle part ses amis et lui
avaient eu l'intention d'y prendre.
Tout au contraire, il donna comme motif de sa démarche la vieille amitié
qui l'unissait au marquis de Vilers?