ZEYNEB."

La lettre de Djénane, André avait une pieuse frayeur de l’ouvrir.

Ce n’était plus comme le faire-part, décacheté si distraitement. Cette

fois il était averti; depuis des jours, il avait pris le deuil pour

elle; la tristesse de l’avoir perdue était entrée en lui par degrés avec

une pénétration lente et profonde; il avait eu le temps aussi de méditer

sur la part de responsabilité qui lui revenait dans ce désespoir.

Donc, avant de déchirer cette enveloppe, il s’enferma seul, pour n’être

troublé par rien dans son tête-â-tête avec elle.

Plusieurs feuillets.... Et le dernier, celui d’en dessous, en effet, les

doigts le sentaient tout froissé et meurtri.

D’abord il vit que c’était son écriture des lettres habituelles,

toujours sa même écriture aussi nette. Elle avait donc été bien

maîtresse d’elle-même devant la mort! Et elle commençait par ces phrases

un peu rythmées qui étaient dans sa manière; des phrases d’abord si

calmes, qu’André eût douté presque, lui qui ne l’avait pas vue "raidie

et blanche", lui qui n’avait pas eu le contact de sa main de morte".

Les Désenchantées — Roman des harems Turcs contemporains · 第 116 / 119 题