dans le Sud du Sahel occidental. Les _Banmana_, qui constituent l’un des
peuples les plus nombreux du Haut-Sénégal-Niger et forment à eux seuls
les deux tiers environ des Mandé du Centre et près de la moitié de tous
les Mandé des trois groupes réunis, se présentent sous l’aspect d’une
masse compacte à cheval sur le Niger (cercles de Bamako, Ségou et
Bougouni) avec des colonies fort importantes dans le Sahel d’une part et
à l’Est du Bani d’autre part. Les _Khassonkè_, fort peu nombreux,
peuplent le Khasso et ses dépendances (cercle de Kayes) et une portion
du Sanga (cercle de Nioro). Les _Malinké_ sont, de tous les Mandé du
Haut-Sénégal-Niger, ceux dont l’habitat est le plus compact et présente
le moins de solutions de continuité ; d’une façon générale, cet habitat
s’étend au Sud du Sénégal de la Falémé au Bakhoy (Bambouk et Gangaran),
puis au Sud du chemin de fer du Bakhoy au Niger (Manding), enfin, à
l’Est du Niger, au Sud du pays banmana (Ouassoulou oriental)[88]. Les
_Foulanké_, au contraire, se trouvent éparpillés dans le Ganadougou
(cercle de Sikasso), dans le Birgo (cercle de Kita) et dans les divers
Fouladougou (cercles de Bougouni, Kita et Bafoulabé).
C. — Groupe du Sud (133.541 représentants).
Totaux
Diallonké Samo Samorho Sia Tribus par
diverses cercles
--- --- --- --- --- ---
Cercles de :
Koury » 43.470 » » » 43.470
Bobo-Dioulasso » » 3.000 6.000 18.780 27.780
Ouahigouya » 21.939 » » » 21.939
Sikasso » » 20.705 » » 20.705
Bandiagara » 9.823 » » » 9.823
Satadougou 6.757 » » » » 6.757
Kita 3.067 » » » » 3.067
----- ------ ------ ----- ------ -------
Totaux 9.824 75.232 23.705 6.000 18.780 133.541
Sur les 133.541 Mandé du Sud, on ne compte que 200 musulmans, lesquels
sont des _Sia_ de Bobo-Dioulasso. — Les 18.780 indigènes de tribus
diverses se répartissent en 8.000 _Sembla_, 7.000 _Ouara_, 2.745
_Natioro_ et 1.035 _Blé_, tous habitant dans le cercle de Bobo-
Dioulasso. — Les _Diallonké_ du Haut-Sénégal-Niger habitent l’extrême
Sud des cercles de Satadougou et de Kita. — Les _Samo_ sont surtout
répandus dans le triangle Koury-Ouahigouya-Bandiagara. — Les _Samorho_
habitent le Nord du cercle de Sikasso et entre cette ville et Bobo-
Dioulasso.
8o _Sénoufo._
Cercle de Bobo-Dioulasso 132.885
— Koutiala 108.427
— Sikasso 77.184
Circonscription de San 20.885
Cercle de Bougouni 4.089
-------
Total 343.470 (tous animistes).
Ce total se décompose comme suit entre les dix tribus sénoufo
représentées dans le Haut-Sénégal-Niger :
_Bamâna_ ou _Minianka_ 129.312 (dont 108.427 dans le cercle de Koutiala
et 20.885 dans la circonscription de San) ;
_Siénérhè_ 81.273 (dont 77.184 dans le cercle de Sikasso et 4.089 dans
le Niénédougou, cercle de Bougouni) ;
Les représentants des huit autres tribus se trouvent tous dans le cercle
de Bobo-Dioulasso : _Mbouin_ 31.875, _Folo_ 23.790, _Tourka_ 21.205,
_Karaboro_ 18.535, _Tagba_ 17.170, _Nanergué_ 11.260, _Komono_ 5.605 et
_Sémou_ 3.445.
On remarquera que la famille sénoufo est groupée dans un territoire
assez nettement délimité par le Bani puis le Bagbê à l’Ouest et le
bassin supérieur de la Volta Noire à l’Est. Ce territoire se prolonge à
la Côte d’Ivoire dans les bassins supérieurs du Bandama et de la Comoé.
9o _Famille voltaïque_ (2.292.088 représentants).
Gr. Tombo Gr. Mossi Gr. Gourounsi Gr. Bobo
--- --- --- ---
Cercles de :
Ouagadougou » 1.116.504 205.499 1.612
Fada-n-Gourma » 175.057 » »
Ouahigouya 2.684 141.999 33.425 »
Gaoua » 93.600 » 1.600
Koury 500 2.600 25.465 107.817
Bandiagara 117.744 » » 1.369
Bobo-Dioulasso. » » » 61.105
Dori 12.000 40.180 » »
Circonscription 1.587 » » 37.992
de San
Cercles de :
Koutiala » » » 10.745
Say » 9.000 » »
Mopti 2.020 » » 4.678
Hombori 1.000 » » »
Dienné » » » 619
------- --------- ------- --------
Totaux 137.535 1.578.940 264.389 227.537
[Suite]
Gr. Lobi Gr. Koulango Gr. Bariba Totaux par
cercles
--- --- --- ---
Cercles de :
Ouagadougou » » » 1.323.615
Fada-n-Gourma » » 5.037 180.094
Ouahigouya » » » 178.108
Gaoua 74.650 4.000 » 173.850
Koury » » » 136.382
Bandiagara » » » 119.113
Bobo-Dioulasso. » » » 61.105
Dori » » » 52.180
Circonscription » » » 39.579
de San
Cercles de :
Koutiala » » » 10.745
Say » » » 9.000
Mopti » » » 6.698
Hombori » » » 1.000
Dienné » » » 619
------ ----- ----- ---------
Totaux 74.650 4.000 5.037 2.292.088
Le groupe mossi compte 25.209 musulmans (24.209 Mossi et 1.000 Dagari)
et le groupe lobi en compte 1.000 (des Dian) ; les autres groupes sont
entièrement animistes : soit 26.209 musulmans seulement pour toute la
famille voltaïque, contre 2.265.879 animistes.
Le tableau qui précède montre que la famille voltaïque est nettement
groupée sur le bassin de la Volta et les hauteurs qui le
circonscrivent ; son territoire n’est occupé que par elle seule, à
l’exception d’un certain nombre de Peuls disséminés çà et là et de
colonies principalement urbaines peuplées de Mandé du Nord (Soninké et
Dioula). Ce territoire s’étend au Sud sur une notable partie de la Côte
d’Ivoire, de la Gold Coast, du Togo et du Dahomey.
A. — Groupe tombo (137.535 représentants).
Tombo Dogom Déforo Totaux par cercles
--- --- --- ---
Cercle de Bandiagara 115.208 2.536 » 117.744
— Dori » » 12.000 12.000
— Ouahigouya » 2.684 » 2.684
— Mopti 2.020 » » 2.020
Circonscription de San 1.587 » » 1.587
Cercle de Hombori 500 500 » 1.000
— Koury 500 » » 500
------- ----- ------ -------
Totaux 119.815 5.720 12.000 137.535
(tous animistes.)
Les _Tombo_ habitent de préférence les sommets ou les flancs des
falaises dites de Bandiagara, de Douentza, de Hombori, etc. Les _Dogom_
se rencontrent à peu près dans les mêmes régions, mais ils vivent plutôt
dans la plaine ou sur la lisière des montagnes. Quant aux _Déforo_, ils
sont répandus surtout dans la région d’Aribinda (entre Djibo et Dori).
B. — Groupe mossi (1.578.940 représentants).
[Nan. : Nankana ; Gour. : Gourmantché]
Totaux
Mossi Yansi Nan. Gour. Dagari Birifo par
cercle
--- --- --- --- --- --- ---
Cercles de :
Ouagadougou 1.076.434 13.214 19.836 » 7.020 » 1.116.504
[89] [90]
Fada-n-Gourma 21.014 25.493 » 128.550 » » 175.057
Ouahigouya 141.999 » » » » » 141.999
[91]
Gaoua » » » » 53.239 40.361 93.600
[92]
Dori 20.180 10.000 » 10.000 » » 40.180
Say » » » 9.000 » » 9.000
Koury 2.600 » » » » » 2.600
[93]
--------- ------ ------ ------- ------ ------ ---------
Totaux 1.262.227 48.707 19.836 147.550 60.259 40.361 1.578.940
[94] [95] [96]
Les _Mossi_ habitent principalement les provinces du Yatenga (cercle de
Ouahigouya), celles de Yâko, Boussouma, Béloussa, Koupéla, Ouagadougou,
etc. (cercle de Ouagadougou), et poussent des pointes à l’Ouest vers
Koury, au Nord-Est vers Djibo et Dori et à l’Est vers le Nord du cercle
de Fada-n-Gourma. Les _Yansi_ se rencontrent surtout au Nord-Est du
territoire des Mossi. Les _Nankana_ vivent près de la Volta Rouge, à
cheval sur la frontière franco-anglaise. Les _Gourmantché_ remplissent
la plus grande partie du cercle de Fada-n-Gourma, ainsi que l’extrême
Sud du cercle de Dori et la pointe du cercle de Say s’avançant entre les
deux cercles précités. Les _Dagari_ et les _Birifo_ sont, à l’exception
d’une fraction dagari située au Nord de la frontière anglaise entre la
Volta Noire et Léo, localisés dans le cercle de Gaoua, surtout le long
de la Volta, bien que les Birifo s’avancent un peu plus loin du fleuve
vers l’Ouest que les Dagari.
C. — Groupe gourounsi (264.389 représentants).
Nioniossé Nounouma Sissala Boussansé Totaux par
cercles
--- --- --- --- ---
Cercles de :
Ouagadougou 34.626 58.277 7.283 105.313 205.499
Ouahigouya 33.425 » » » 33.425
Koury 10.335 15.130 » » 25.465
------ ------ ----- ------- -------
Totaux 78.386 73.407 7.283 105.313 264.389[97]
Les _Nioniossé_ se rencontrent, à côté ou au milieu des Mossi, dans les
régions du Yatenga, de Yâko et de Ouagadougou, et en groupes plus
compacts dans le Kipirsi (triangle Koury-Boromo-Yâko). Les _Nounouma_
habitent à l’Ouest de la Volta Noire à hauteur de Boromo (au Nord des
Oulé) et à l’Est du même fleuve au Sud des Nionossé et au Nord des
Dagari propres. Les _Sissala_ vivent à l’Est des Nounouma et à l’Ouest
des Nankana, le point de jonction des Nounouma et des Sissala coïncidant
avec la ville de Léo. Les _Boussansé_ se trouvent entre la Volta Blanche
et le cercle de Fada-n-Gourma, à partir de Tenkodogo en allant vers le
Sud.
D. — Groupe ou peuple bobo (227.537 représentants).
Kian Tara Boua Niénigué Totaux par
cercles
--- --- --- --- ---
Cercle de Koury » 96.227 11.590 » 107.817
Cercle de » » 39.500 21.605 61.105
Bobo-Dioulasso
Circonscription 30.000 6.530 1.462 » 37.992
de San
Cercle de Koutiala » » 10.745 » 10.745
— Mopti 4.678 » » » 4.678
— Ouagadougou » » » 1.612 1.612
— Gaoua » » » 1.600 1.600
— Bandiagara 1.369 » » » 1.369
— Dienné 619 » » » 619
------ ------- ------ ------ -------
Totaux 36.666 102.757 63.297 24.817 227.537[98]
Les _Kian_ sont les plus occidentaux des Bobo et se trouvent répandus
non loin de la rive droite du Bani, entre Mopti et San, mais sont
surtout nombreux aux environs de cette dernière ville. Les _Tara_ leur
font suite vers l’Est, entre San et Koury. Les _Boua_ habitent au Sud
des Kian et des Tara. Les _Niénigué_ se rencontrent à l’Est des Boua,
entre ceux-ci d’une part et les Dagari-Oulé et Nounouma d’autre part.
E. — Groube lobi (74.650 représentants).
Ce groupe est localisé dans le cercle de Gaoua, au moins en ce qui
concerne le Haut-Sénégal-Niger, car il a quelques représentants à la
Côte d’Ivoire (district de Bouna). Il comprend, dans le Haut-Sénégal-
Niger : 62.050 _Lobi_ proprement dits, habitant surtout la région de
Gaoua et l’Ouest de ce poste ; 5.950 _Dian_, formant la majeure partie
de la population de Diébougou et de ses environs ; 5.550 _Pougouli_,
répandus principalement le long du Pougouliba ou Bougouriba — qui leur
doit son nom — en amont de Diébougou ; enfin 1.100 _Gan_, vivant à
Lorhosso dans le Sud-Ouest du cercle.
Tous sont animistes, à l’exception de 1.000 Dian musulmans de la ville
de Diébougou.
F. — Groupe koulango (4.000 représentants).
Ce groupe, assez nombreux à la Côte d’Ivoire, ne renferme au Haut-
Sénégal-Niger que 4.000 individus de la tribu des _Lorho_, tous
animistes, habitant à côté des Gan dans la région de Lorhosso, à
laquelle ils ont autrefois donné leur nom (cercle de Gaoua)[99].
G. — Groupe bariba (5.037 représentants).
Ce groupe, fort important au Dahomey, n’est représenté dans le Haut-
Sénégal-Niger que par 4.497 _Bariba_ proprement dits et 540 _Soumba_ de
la tribu des Takamba, tous animistes, et habitant le Sud du cercle de
Fada-n-Gourma, dans l’Atakora.
10o _Tribus de classification douteuse_ (19.035 représentants).
Ces tribus, qui, sans doute, se rattachent soit à la famille sénoufo
soit à la famille voltaïque, forment un total de 19.035 indigènes, tous
animistes, dont 500 appartiennent au cercle de Gaoua (_Padorho_) et
18.535 au cercle de Bobo-Dioulasso (à savoir 10.045 _Toussia_, 3.700
_Dorhossié_, 2.790 _Vigué_ et 2.000 _Tiéfo_).
11o _Etrangers divers_ (4.096 représentants).
Les principales colonies étrangères sont composées de _Ouolofs_ (3.205,
tous musulmans sauf quelques chrétiens, dont 1.116 dans le cercle de
Kayes, 1.054 dans le cercle de Nioro, 500 dans le cercle de Bamako, 433
dans le cercle de Sikasso et 102 à Tombouctou). On compte aussi 802
étrangers non-musulmans d’origines diverses (445 à Kayes et 357 à
Bamako) et 89 _Haoussa_ musulmans dans le cercle de Ouagadougou ; en
réalité le nombre des Haoussa établis dans les territoires civils du
Haut-Sénégal-Niger et particulièrement dans le Mossi et l’Est de la
Boucle du Niger est certainement plus considérable, mais la plupart ont
été englobés, lors des recensements, avec les Soninké ou les Dioula, à
cause de la similitude de leurs occupations et de leur religion.
=Composition de la population de chacune des circonscriptions
administratives.=
1o _Zone saharienne._
Maures de l’Azaouad 26.000 }
}
— du Hodh 40.000 } familles sémitique
} et hamitique : 74.000
Touareg 8.000 }
Soninké 10.000 (famille mandé)
------
Total 84.000 (environ), tous musulmans.
Les Maures de l’Azaouad de la zone saharienne sont les Bérabich et les
Kounta des régions de Taodéni, Araouân et Mabrouk ; les Maures du Hodh
de la même zone sont ceux qui sont répandus au Nord de la région
d’administration directe de la résidence de Kiffa et des cercles de
Nioro, Goumbou et Sokolo (Regueïbât, Idao-Aïch, Ahl-Tichit, Oulad-
Mbarek, Oulad-Nasser, Mejdouf, Oulad-Delim) ; les Touareg appartiennent
aux quelques fractions (Imededrhen et Idnân principalement) répandues
dans les environs de l’Adrar Timetrhine ; les Soninké sont les Azer de
Tichit, Oualata, Néma, Araouân, Taodéni, etc.
2o _Résidence de Kiffa._
Maures du Hodh : 20.000 (familles sémitique et hamitique, tous
musulmans).
3o _Cercle de Nioro._
Maures du Hodh 1.776 } familles sémitique et hamitique : 21.529
} (tous musulmans).
Peuls 19.753 }
Toucouleurs 18.706 (famille tekrourienne, tous musulmans).
Soninké 58.893 }
}
Kâgoro 414 }
} famille mandé : 71.947 (dont
Banmana 9.355 } 4.031 animistes).
}
Khassonkè 3.285 }
Etrangers 1.054 (Ouolofs, tous musulmans).
-------
Total 113.236 (dont 4.031 animistes : 414 Kâgoro et
3.617 Banmana).
Les Maures se rencontrent dans le Kingui et le Bakounou-Sud. — Les Peuls
sont surtout nombreux dans le Kingui, le Sanga ou Lankamané, le Digna ou
Ouossébougou. — Les Toucouleurs habitent dans le Kéniarémé et le Kingui.
— Les Soninké sont répandus dans le Diafounou, le Kéniarémé, le
Guidioumé, une partie du Kingui, du Sanga, du Diangounté, du Dianghirté
ou Komintara, du Bakounou-Sud et du Digna. — Les Kâgoro se trouvent dans
le Kingui, le Sanga, le Diangounté, le Digna. — Les Banmana habitent
dans le Kingui, le Diangounté, le Dianghirté et le Digna. — Les
Khassonkè sont à peu près localisés au Sanga.
4o _Cercle de Goumbou._
Maures du Hodh 4.557 } familles sémitique et hamitique : 17.254
} (tous musulmans)[100].
Peuls 12.697 }
Soninké 24.819 }
} famille mandé : 49.261 (dont 24.442
Kâgoro 2.332 } animistes).
}
Banmana 22.110 }
------
Total 66.515 (dont 2.332 Kâgoro et 22.110 Banmana
animistes).
Les Maures sont répandus dans le Bakounou-Nord, le Kolon, le Ouagadou,
le Kaniaga (Ouaharo) et le Niamala (Mourdia) ; les Peuls dans le Kolon
et le Kaniaga (Damfa) ; les Soninké dans le Bakounou-Nord, le Kolon, le
Ouagadou, le Niamala et le Kaniaga (Damfa) ; les Kâgoro dans le Bakounou
et le Kaniaga ; les Banmana dans le Kolon, le Niamala et le Kaniaga.
5o _Cercle de Sokolo._
Maures du Hodh 1.830 } familles sémitique et hamitique :
} 8.060 (tous musulmans).
Peuls 6.230 }
Soninké 8.250 } famille mandé : 28.246 (dont
} 19.996 animistes)
Banmana 19.996 }
------
Total 36.306 (dont 19.996 Banmana animistes).
Les Maures se rencontrent dans les cantons d’Akor, Sokolo, Nampala,
Néré ; les Peuls dans ceux d’Akor, Sokolo, Nampala et Dia ; les Soninké
dans ceux d’Akor, Sokolo et Dia ; les Banmana dans ceux de Ségala,
Sokolo et Monempé.
6o _Cercle de Niafounké._
Maures de l’Azaouad 300 }
}
Touareg 1.000 } familles sémitique et hamitique :
} 76.132 (dont 14.832 Peuls animistes).
Peuls 74.832 }
Songaï 10.809 (famille songaï, tous musulm.)
Soninké 13.000 } famille mandé : 29.000 (dont 8.000
} Banmana animistes).
Banmana 16.000 }
-------
Total 115.941 (dont 22.832 animistes).
Les Maures se rencontrent entre Soumpi et le lac Horo ; les Touareg
entre le lac Horo et le lac Nangaï ; les Peuls dans le Farimaké, la
région de Soumpi, le Guimbala ou Djimbala et le Fitouka ; les Songaï
dans le Dirma (Tendirma à Saraféré), le Fitouka, le Bara et le Guimbala,
les Sorko étant disséminés partout où il y a de l’eau à partir du lac
Débo en allant vers le Nord. Les Soninké sont répandus sur les deux
rives de l’Issa-Ber, ainsi que les Banmana, qu’on rencontre aussi dans
le Farimaké.
7o et 8o _Cercles de Tombouctou._
Maures de l’Azaouad 5.715 }
} familles sémitique et hamitique : 33.734
Touareg 28.019 }
Songaï 60.058 (famille songaï).
Etrangers 102
------
Total 93.894 (tous musulmans).
Sur ce total, on compte 19.612 indigènes pour l’ancien secteur de
Goundam et 22.051 pour l’ancien cercle de Bamba.
Les Touareg sont : dans le district de Goundam, des Imededrhen, des Kel-
Nkounder, des Kel-Ncheria, des Tagama, des Chorfiga ; dans le district
de Ras-el-Ma, des Kel-Antassar et des Zimmaten ; dans le district de
Tombouctou, des Tenguéréguif, des Kel-Temoulaï, des Igouadaren, des
Irréganaten, des Kel-Nkounder, des Kel-Ncheria, des Imededrhen, des Ahl-
sidi-Ali ; dans le district de Bamba, des Kel-Antassar, des Kel-Oulli,
des Idnân, des Kel-Guerisouân, des Kel-Tigouelt, des Imakelkellen, des
Iguellad, des Igouadaren, des Imededrhen, des Kel-es-souk, des Kel-
Gossi, des Chorfiga, des Ibourliten, des Imetchas, des Kel-Rila, des
Kel-Gheress.
Les Songaï sont concentrés près du fleuve et des lacs.
9o _Cercle de Hombori._
Touareg 8.000 } familles hamitique et sémitique :
} 11.937 (tous musulmans).
Peuls 3.937 }
Songaï 12.063 (famille songaï, tous musulmans).
Tombo 500 } famille voltaïque (groupe tombo) :
} 1.000 (tous animistes).
Dogom 500 }
------
Total 25.000 (dont 1.000 Tombo et Dogom animistes).
Les Touareg du Cercle sont surtout des Kel-es-Souk, des Kel-Gossi, des
Déguisellen, des Kel-Gheress, des Chorfiga, des Chemenama, des
Imededrhen, des Irréganaten et des Oudalen. Les Peuls sont surtout
nombreux dans l’Ouest du Cercle, au pied des falaises de Hombori. Les
Songaï sont surtout riverains du Niger. Les Tombo habitent la falaise et
les Dogom le pied de la falaise de Hombori.
DELAFOSSE Planche VI
[Illustration : _Cliché Froment_
FIG. 11. — Le Niger près de Ségou.]
[Illustration : _Cliché Froment_
FIG. 12. — Sur le Niger, à hauteur de Tillabéry.]
10o _Cercle de Dori._
Touareg 12.000 } familles hamitique et sémitique :
} 54.791 (tous musulmans).
Peuls 42.791 }
Songaï 3.029 (famille songaï, tous musulmans).
Déforo 12.000 }
} famille voltaïque : 52.180 (tous animistes)
Mossi 20.180 } (dont 12.000 (Déforo) du groupe tombo
} et 40.180 (Mossi, Yansi et Gourmantché)
Yansi 10.000 } du groupe mossi).
}
Gourmantché 10.000 }
-------
Total 110.000 (dont 57.820 musulmans).
Les Touareg du Cercle sont surtout des Oudalen, des Damossân, des
Missiguender et des Tenguéréguédech. Les Peuls sont répandus surtout
dans les régions de Djibo et de Dori, les Songaï près du Niger, les
Déforo dans la province d’Aribinda (entre Djibo et Dori), les Mossi dans
le Sud-Ouest du cercle, les Yansi et les Gourmantché dans le Sud.
11o _Cercle de Bandiagara._
Peuls 15.231 (dont 3.068 animistes).
Toucouleurs 1.500 (tous musulmans).
Songaï 1.000 —
Bozo 1.177 }
}
Soninké 1.228 } famille mandé : 13.156 (dont 11.075
} animistes : 324 Soninké, 928 Banmana
Banmana 928 } et 9.823 Samo).
}
Samo 9.823 }
Tombo 115.208 }
} famille voltaïque : 119.113 (tous animistes)
Dogom 2.536 } (dont 117.744 (Tombo et Dogom) du groupe tombo
} et 1.369 (Kian) du groupe bobo).
Kian 1.369 }
-------
Total 150.000 (dont 17.744 musulmans).
Les Peuls sont dispersés un peu partout, surtout dans l’Est du cercle ;
les Toucouleurs se trouvent à Bandiagara et aux environs ; les Songaï
dans la région des lacs ; les Bozo dans l’Ouest du cercle ; les Soninké
et les Banmana dans le Sud ; les Samo près du haut Sourou (région de
Louta) ; les Tombo dans toute la région montagneuse (Sangha, Bankassi,
Bandiagara, Douentza, etc.) ; les Dogom dans la plaine à l’Est des
falaises ; les Kian ou Bobo-Gbê dans le Sud du Cercle.
12o _Cercle de Mopti._
Peuls 35.278 (tous musulmans).
Toucouleurs 500 —
Songaï 2.317 —
Bozo 1.826 }
}
Soninké 6.104 } famille mandé : 15.207 (dont 4.529 Banmana
} animistes)
Banmana 7.277 }
Tombo 2.020 }
} famille voltaïque : 6.698 (tous animistes).
Kian (Bobo-Gbê) 4.678 }
------
Total 60.000 (dont 48.773 musulmans).
Les Peuls se rencontrent un peu partout, surtout dans le Kounari et le
Pignari ; les Songaï (Sorko surtout) le long du Bani en aval de Mopti ;
les Bozo à Mopti et en amont ; les Soninké à Mopti et dans le district
de Sofara ; les Banmana surtout dans le sud du cercle ; les Tombo dans
l’Est et les Kian dans le Sud-Est.
13o _Cercle de Dienné._
Peuls 38.944 (tous musulmans).
Songaï 100 —
Bozo 12.079 }
}
Soninké 13.868 } famille mandé : 43.194 (dont 12.220
} Banmana animistes).
Banmana 17.247 }
Kian 619 (famille voltaïque, groupe bobo, tous animistes).
------
Total 82.857 (dont 70.018 musulmans).
Les Peuls habitent la partie du cercle qui forme le Massina proprement
dit (contrée à l’Ouest du marigot de Diaka et pays compris entre ce
marigot et le Niger), ainsi que le Diennéri et le Sébéra. Les Songaï ne
comprennent guère que quelques familles sorko de la pointe Sud du lac
Débo. Les Bozo sont répandus le long du Niger, du Bani et du marigot de
Diaka. Les Soninké peuplent le Sébéra, le Diennéri (pays de Dienné) et
le Pondori. Les Banmana sont surtout nombreux entre le Niger et le Bani
(Kaladougou, Say, Saro, Séladougou). On trouve des Bobo-Gbê dans le Sud-
Est du Séladougou.
14o _Cercle de Ségou._
Peuls 20.968 (dont 1.230 animistes).
Toucouleurs 7.000 (tous musulmans).
Soninké 17.680 } famille mandé : 127.438 (dont 104.500 Banmana
} animistes).
Banmana 109.758 }
-------
Total 155.406 (dont 49.636 musulmans).
Les Peuls sont répandus surtout au Nord et au Nord-Ouest de Sansanding
et entre le Niger et le Bani ; les Toucouleurs se rencontrent
principalement à Ségou et aux environs ; les Soninké à Sansanding, à
Ségou et le long du Niger. Les Banmana peuplent l’immense majorité des
cantons du cercle.
15o _Cercle de Bamako._
Peuls 737 (dont 237 animistes).
Soninké 10.070 }
}
Kâgoro 1.850 } famille mandé : 190.342 (dont 180.757 animistes,
} comprenant 2.380 Soninké, 1.850 Kâgoro, 145.621
Banmana 146.966 } Banmana et 30.906 Malinké).
}
Malinké 31.456 }
Etrangers 857 (dont 357 animistes).
-------
Total 191.936 (dont 10.585 musulmans).
Les Peuls sont bergers au service des Banmana ; les Soninké habitent
surtout les cinq villes de Banamba, Touba, Kiba, Kérouané et Niamina ;
les Kâgoro se rencontrent dans le Nord-Ouest du cercle ; les Banmana
peuplent le Fadougou, le Bélédougou, le Messékélé, le Méguétana, le
Djitoumou, etc. ; les Malinké les cantons du Manding sur la rive gauche
du Niger et le canton de Samaya sur la rive droite.
16o _Cercle de Kita._
Toucouleurs 500 (tous musulmans).
Kâgoro 6.368 }
}
Banmana 2.339 }
} famille mandé : 57.993 (tous animistes
Malinké 26.219 } sauf 130 malinké musulmans).
}
Foulanké 20.000 }
}
Diallonké 3.067 }
------
Total 58.493 (dont 630 musulmans).
Les Toucouleurs sont fixés à Kita et aux environs ; les Kâgoro et les
Banmana se rencontrent au Kaarta ; les Malinké habitent la région de
Kita et les pays entre le Bakhoy et le Bafing (Gangaran, Baniakadougou,
Gadougou) ; les Foulanké peuplent les deux Fouladougou de la boucle du
Baoulé (Saboula et Arbala) et le Birgo (Mourgoula) ; les Diallonké se
trouvent dans le Sud du cercle (Kolou, Boké, Kankoumakania).
17o _Cercle de Bafoulabé._
Peuls 1.000 (tous musulmans).
Toucouleurs 1.000 —
Soninké 9.700 }
}
Banmana 2.100 }
} famille mandé : 57.570 (tous animistes sauf
Malinké 30.770 } les 9.700 Soninké).
}
Foulanké 15.000 }
------
Total 59.570 (dont 11.700 musulmans).
Les Peuls et Soninké sont surtout répandus dans l’extrême Nord du
cercle ; les Toucouleurs et les Banmana ne forment que de petites
colonies dispersées ; les Malinké habitent surtout le Bambougou ou
Bambouk (Ouest du Bafing, y compris Koundian), le Gangaran (entre le
Sénégal et le Bafing) et le Kontella (rive Nord du Sénégal) ; les
Foulanké peuplent le Fouladougou, au Nord du Kontella.
18o _Cercle de Kayes._
Maures du Hodh 4.260 (tous musulmans).
Toucouleurs 5.050 (dont 1.550 animistes).
Soninké 24.100 }
} famille mandé : 58.997 (dont 39.997
Khassonkè 7.906 } animistes, comprenant 6.100 Soninké, 6.906
} Khassonkè et 26.491 Malinké).
Malinké 26.991 }
Etrangers 1.561 (dont 1.116 Ouolofs musulmans et 445
non-musulmans).
------
Total 69.868 (dont 27.876 musulmans).
Les Maures se trouvent dans le Guidimakha, le Séro et le Nord du Cercle
(Ahl-sidi-Mahmoud et Askeur). Les Toucouleurs se rencontrent dans le
Diomboko, le Khasso et le Séro ; les Soninké habitent le Kaméra ou
province orientale du Gadiaga ou Galam (rive Sud du Sénégal), le
Guidimakha (au Nord du Sénégal) et une partie du Bambouk ; les Khassonkè
peuplent le Logo, le Natiaga et une partie du Khasso et du Diomboko ;
les Malinké se trouvent dans le Bambouk (Tambaoura, Niagala et Kamana) ;
les étrangers sont établis à Kayes et à Médine.
19o _Cercle de Satadougou._
Peuls 1.078 (tous musulmans).
Toucouleurs 3.000 —
Malinké 28.000 } famille mandé : 34.757 (tous animistes, sauf
} 2.000 Malinké musulmans).
Diallonké 6.757 }
------
Total 38.835 (dont 6.078 musulmans).
Les Peuls sont répandus un peu partout. Les Toucouleurs sont surtout
nombreux dans la province de Satadougou. Les Malinké habitent la majeure
partie de cette province, le Konkodougou, le Sintédougou et une partie
du Mérétembaya. Les Diallonké peuplent le reste de ce dernier canton et
le Fontofa.
20o _Cercle de Bougouni._
Soninké 2.145 }
}
Dioula 2.500 }
} famille mandé : 153.346 (dont 13.710 musulmans
Banmana 104.216 } seulement, à savoir 1.035 Soninké, 2.412 Dioula,
} 1.474 Banmana, 200 Malinké et 8.589 Foulanké).
Malinké 3.297 }
}
Foulanké 41.188 }
Sénoufo 4.089 (tous animistes).
-------
Total 157.435 (dont 13.710 musulmans).
Les Soninké et les Dioula forment des colonies éparses. Les Banmana
occupent la majeure partie du cercle. Les Malinké habitent les cantons
du Baya et du Siankadougou ; les Foulanké ceux du Gouanan, du
Gouandiaka, etc. (Fouladougou). Enfin les Sénoufo (sous-tribu des Niéné)
se rencontrent dans le Niénédougou.
21o _Cercle de Sikasso._
Dioula 27.302 }
}
Banmana 30.000 }
} famille mandé : 107.885 (tous animistes sauf
Foulanké 29.878 } 2.746 Dioula musulmans).
}
Samorho 20.705 }
Sénoufo 77.184 (tribu des Siénérhè, tous animistes).
Etrangers 433 (Ouolofs, tous musulmans).
-------
Total 185.502 (dont 3.179 musulmans).
Les Dioula occupent l’Est du Cercle (Sonondougou, Bougoula et Kaboïla)
et forment une bonne partie de la population de la ville de Sikasso. Les
Banmana se rencontrent surtout dans le Nord (Dolindougou, Diédougou,
Ntolondougou, Ganadougou-Nord). Les Foulanké du cercle, appelés souvent
_Gana_, habitent les deux Ganadougou (Nord et Sud). Les Samorho se
trouvent dans les cantons de Bougoula, Kaboïla et Fourou. Les Sénoufo
peuplent le Centre et le Sud du cercle (Kapolondougou, Fama,
Sonondougou, Natiè, Bougoula, Kaboïla, Fourou, Nienguélédougou, Molasso,
Kouoro et Sikasso).
22o _Cercle de Koutiala._
Peuls 1.750 (tous musulmans).
Soninké 7.098 }
} famille mandé : 41.435 (dont 9.631 musulmans, à
Dioula 4.282 } savoir les 7.098 Soninké, 2.444 Dioula et 89
} Banmana).
Banmana 30.055 }
Sénoufo 108.427 (tribu des Bamâna ou Minianka, tous animistes).
Boua 10.745 (famille voltaïque, groupe bobo ; tous animistes).
-------
Total 162.357 (dont 11.381 musulmans).
Les Peuls sont disséminés dans le Nord du Cercle. Les Soninké habitent
surtout dans le Nord-Est, les Dioula dans le Sud. Les Banmana se
rencontrent principalement sur la rive droite du Bani, dans le Nord-
Ouest du cercle (Dionkadougou, Fadougou, Sadougou). Les Sénoufo occupent
le centre et le Sud. On trouve les Boua ou Bobo-Fing dans l’Est.
23o _Circonscription de San._
Peuls 9.243 (dont 3.800 animistes).
Bozo 312 }
}
Soninké 16.112 } famille mandé : 40.963 (dont 20.103
} Banmana animistes).
Dioula 4.436 }
}
Banmana 20.103 }
Sénoufo 20.885 (tribu des Bamâna ou Minianka,
tous animistes).
Tombo 1.587 }
}
Kian (Bobo-Gbê) 30.000 } famille voltaïque : 39.579, tous animistes
} (dont 1.587 du groupe tombo et 37.992
Tara (Bobo-Oulé) 6.530 } du groupe bobo).
}
Boua (Bobo-Fing) 1.462 }
-------
Total 110.670 (dont 26.303 musulmans).
Les Peuls sont éparpillés un peu partout ; les Bozo se trouvent près du
Bani ; les Soninké et les Dioula sont surtout nombreux à San et dans la
province de San ; les Banmana occupent principalement le Bendougou ; les
Sénoufo se rencontrent dans le Sud de la circonscription, les Tombo dans
le Nord-Est, les Bobo dans la direction de San à Koury et dans le Sud-
Est de la circonscription.
24o _Cercle de Koury._
Peuls 27.179 (tous musulmans).
Soninké 30.000 }
} famille mandé : 116.997 (dont 66.507
Dioula 43.527 } animistes, savoir 5.000 Soninké, 18.037
} Dioula et les 43.470 Samo).
Samo 43.470 }
Tombo 500 }
}
Mossi 2.600 }
} famille voltaïque : 136.382, tous
Nioniossé 10.335 } animistes sauf les 2.600 mossi (dont 500
} du groupe tombo, 2.600 du groupe mossi,
Nounouma 15.130 } 25.465 du groupe gourounsi (Nioniossé et
} Nounouma) et 107.817 du groupe bobo (Tara
Tara (Bobo-Oulé) 96.277 } et Boua).
}
Boua (Bobo-Fing) 11.590 }
-------
Total 280.558 (dont 80.269 musulmans).
Les Peuls sont dispersés dans toute l’étendue du cercle (Barani, Dokuy,
Koury, Tissé, Boromo, Tchériba, Safané). Les Soninké habitent surtout le
Kombori et le Dafina (cantons de Koury, Safané, Tounou, Ouahabou), ainsi
que les Dioula ; les Samo se rencontrent entre Koury et Ouahigouya. Les
Tombo sont localisés dans le Kombori, les Mossi du côté de Yaba. Les
Nioniossé sont surtout nombreux dans le canton d’Ouri ; les Nounouma
dans les cantons de Boromo, Tissé et Tchériba ; les Bobo-Oulé dans
l’Ouest du cercle (Barani, Dokuy, etc.) et les Bobo-Fing dans les
cantons de Ouarkoy, Ouakara et Ouahabou. Les Dafing sont répartis entre
Soninké et Dioula ; parmi ces derniers sont compris les Boron.
25o _Cercle de Ouahigouya._
Peuls 27.435 (dont 10.549 animistes).
Songaï 2.206 (tous musulmans).
Dioula 19.764 } famille mandé : 41.703 (dont 21.939 Samo
} animistes).
Samo 21.939 }
Dogom 2.684 }
} famille voltaïque : 178.108 (tous animistes
Mossi 141.999 } sauf 552 mossi musulmans) ; détail : 2.684 du
} groupe tombo (Dogom), 141.999 du groupe mossi
Nioniossé 33.425 } et 33.425 du groupe gourounsi (Nioniossé).
-------
Total 249.452 (dont 39.408 musulmans).
Les Peuls sont répandus surtout dans le Nord du cercle (région de Bané)
et dans le Nord-Est, les Silmimossi se trouvant mêlés aux Mossi. Les
Songaï sont fixés en quelques points du Yatenga et les Dioula surtout en
pays samo, c’est-à-dire dans le Sud-Ouest du Yatenga. Les Dogom se
rencontrent dans le Nord du cercle, les Mossi dans tout le Yatenga, les
Nioniossé dans la majeure partie du Yatenga au milieu des Mossi.
26o _Cercle de Ouagadougou._
Peuls 48.753 (tous musulmans).
Soninké 425 }
} famille mandé : 84.869 (tous musulmans).
Dioula 84.444 }
Mossi 1.076.434 } }
} }
Yansi 13.214 } groupe mossi : 1.116.504 (tous }
} animistes, sauf 21.057 Mossi }
Nankana 19.836 } et 1.000 Dagari) }
} }
Dagari 7.020 } } famille
} voltaïque :
Nioniossé 34.626 } } 1.323.615
} }
Nounouma 58.277 } groupe gourounsi : 205.499 }
} (tous animistes) }
Sissala 7.283 } }
} }
Boussansé 105.313 } }
}
Niénigué 1.612 (gr. bobo, tous animistes) }
Etrangers 89 (Haoussa, tous musulmans).
---------
Total 1.457.326 (dont 155.768 musulmans).
Les Peuls et les Dioula sont répandus à peu près sur toute l’étendue du
cercle. Les Mossi peuplent le Nord, le Centre et l’Est (Yâko, Baloum,
Lallé, Ouagadougou, Mani, Boussouma, Béloussa, Koupéla, etc.) ; les
Yansi sont répandus surtout dans le Nord-Est (Ponsa, Béloussa), les
Nankana près de la Volta Rouge le long de la frontière anglaise, les
Dagari près de la jonction de la Volta Noire avec cette frontière, les
Nioniossé dans le Kipirsi, les Nounouma entre la Volta Noire et Léo, les
Sissala entre Léo et les Nankana, les Boussansé au Sud de Tenkodogo
(Bitou), les Niénigué près de la Volta Noire.
27o _Cercle de Fada-n-Gourma._
Peuls 9.752 (tous musulmans).
Mossi 21.014 } }
} }
Yansi 25.493 } groupe mossi : }
} 175.057 } famille voltaïque :
Gourmantché 128.550 } } 180.094
} (tous animistes)
Bariba 4.497 } groupe bariba : }
} 5.037 }
Soumba 540 } }
-------
Total 189.846 (dont 9.752 musulmans).
Les Peuls sont surtout nombreux dans le Nord du Cercle, les Mossi dans
l’Ouest, les Yansi dans le Nord-Ouest ; les Gourmantché en habitent la
majeure partie ; les Bariba et les Soumba (tribu des Takamba) se
rencontrent dans la région montagneuse du Sud (Atakora).
28o _Cercle de Say._
Peuls 5.000 (tous musulmans).
Toucouleurs 1.000 —
Songaï 10.000 —
Gourmantché 9.000 (famille voltaïque, groupe mossi ;
tous animistes).
------
Total 25.000 (dont 16.000 musulmans).
Les Peuls sont surtout répandus dans le Torodi, les Toucouleurs à Say,
les Songaï tout le long du Niger, les Gourmantché dans le Torodi et la
province de Botou.
29o _Cercle de Gaoua._
Dioula 1.800 (famille mandé, tous musulmans).
Dagari 53.239 } }
} groupe mossi : 93.600 }
Birifo 40.361 } }
}
Niénigué 1.600 (gr. bobo : 1.600) }
} famille voltaïque :
Lobi 62.050 } } 173.850
} } (tous animistes sauf
Dian 5.950 } } 1.000 Dian musulmans).
} groupe lobi : 74.650 }
Pougouli 5.550 } }
} }
Gan 1.100 } }
}
Lorho 4.000 (gr. koulango : 4.000) }
Padorho 500 (tribu non classée, tous animistes).
-------
Total 176.150 (dont 2.800 musulmans).
Les Dioula habitent à Diébougou et à Lorhosso. Les Dagari propres
(32.654) sont répandus le long de la Volta Noire depuis Dioumbalé
jusqu’au 11° de latitude Nord ; les Oulé (20.585) leur font suite dans
la direction du Nord ; les Birifo se rencontrent au Sud et à l’Ouest des
Dagari ; les Niénigué ne font qu’effleurer le Nord du cercle ; les Lobi
se sont infiltrés au milieu des Birifo et habitent surtout l’Ouest de
Gaoua ; les Dian peuplent Diébougou et ses environs, et les Pougouli les
bords du Bougouriba en amont de Diébougou ; les Gan sont à Lorhosso, les
Lorho dans la province de Lorhosso et les Padorho dans l’Ouest du
Cercle.
30o _Cercle de Bobo-Dioulasso._
Peuls 2.130 (dont 1.930 animistes).
Soninké 1.600 }
}
Dioula 39.215 }
} famille mandé : 68.595 (dont 6.050
Samorho 3.000 } musulmans, savoir : les 1.600 Soninké,
} 4.250 Dioula et 200 Sia).
Sia (Bobo-Dioula) 6.000 }
}
Tribus diverses 18.780 }
Sénoufo 132.885 (tous animistes).
Boua (Bobo-Fing) 39.500 } famille voltaïque, groupe bobo : 61.105
} (tous animistes).
Niénigué 21.605 }
Tribus non classées 18.535 (tous animistes).
-------
Total 282.250 (dont 6.250 musulmans).
Les _Boron_ sont comptés avec les Dioula. — Les tribus diverses de
famille mandé (groupe du Sud), de rattachement d’ailleurs incertain,
sont celles des _Blé_ 1.035, des _Natioro_ 2.745, des _Ouara_ 7.000 et
des _Sembla_ 8.000. — Les Sénoufo se partagent en 31.875 _Mbouin_,
23.790 _Folo_, 21.205 _Tourka_, 18.535 _Karaboro_, 17.170 _Tagba_,
11.260 _Nanergué_, 5.605 _Komono_ et 3.445 _Sémou_. — Les tribus non
classées sont celles des _Toussia_ (10.045), des _Dorhossié_ (3.700),
des _Vigué_ (2.790) et des _Tiéfo_ (2.000).
Les Peuls sont disséminés dans le Nord-Est du cercle. Les Soninké se
rencontrent surtout dans le pays des Niénigué ; les Dioula sont
installés à Bobo-Dioulasso et aux environs ; les Boron chez les
Nanergué ; les Samorho entre Bobo-Dioulasso et Sikasso ; les Sia à Bobo-
Dioulasso ; les Sénoufo dans le Nord du cercle (Tagba), dans le Centre
et dans le Sud ; les Bobo dans le Nord et la plupart des tribus non
classées dans la circonscription de Banfora.
[Illustration : Carte 4. — Répartition des groupements ethniques.]
[Note 39 : Voir la carte 4 à la fin du présent chapitre.]
[Note 40 : Cependant quelques Berbères Zenaga vivent, en qualité de
vassaux, auprès des Kounta : on les appelle _Zakhoura_.]
[Note 41 : En réalité les Dioula devraient, au double point de vue
géographique et linguistique, être rattachés plutôt au groupe du centre.
C’est à cause de leurs origines (voir au Chap. II) et de leur caractère
que je les range dans le groupe du Nord.]
[Note 42 : Le rattachement de ces divers peuples ou tribus — les
Diallonké exceptés — au groupe mandé du Sud et, plus généralement
parlant, à la famille mandé n’est pas encore bien démontré et je ne
l’indique qu’à titre provisoire. Il est possible d’autre part que les
Samo et les Samorho ne forment qu’un même peuple.]
[Note 43 : Il n’est pas absolument certain que les Karaboro soient des
Sénoufo ; il se pourrait qu’on dût les rattacher à la famille
voltaïque.]
[Note 44 : Peut-être pourrait-on faire un seul peuple des Nioniossé et
des Nounouma, peuple qui comprendrait plusieurs tribus (Nioniossé ou
Kassomsé, Lilsé ou Youlsé, Nounouma proprement dits, etc).]
[Note 45 : Voir notamment Léon l’Africain.]
[Note 46 : On retrouve le mot _Berdâm_ chez les géographes arabes sous
la forme _Berdâma_.]
[Note 47 : Le _poular_ est la langue des Toucouleurs, adoptée par les
Peuls comme je tâcherai de l’expliquer plus loin.]
[Note 48 : Cette étymologie peut à bon droit paraître douteuse, aussi
bien d’ailleurs que l’origine exclusivement marocaine des Arma. Le mot
arabe _râmi_ ne désigne pas nécessairement un « fusilier », il désigne
même plutôt un « archer » : or les archers formaient précisément le
gros, non pas de l’armée marocaine, mais de l’armée indigène qui chercha
à repousser les Marocains. Quant aux Arma eux mêmes, ils méritent,
actuellement au moins, le nom de « nègres » aussi bien que les Gabibi et
ne se distinguent de ces derniers ni par la couleur ni surtout par la
langue. Il est probable qu’ils descendent surtout des nobles songaï qui,
bien avant la conquête marocaine, détenaient le pouvoir et constituaient
l’aristocratie indigène ; plus tard lorsque, la domination marocaine
s’affaiblissant, ils reprirent leur rang de maîtres, ils voulurent sans
doute, pour justifier leur substitution aux caïds marocains, se
constituer une généalogie qui les fît descendre des conquérants ; il est
fort vraisemblable d’ailleurs que leur prétention était en partie
justifiée, car c’est assurément dans les familles nobles que les
Marocains prirent femme le plus volontiers.]
[Note 49 : Si d’ailleurs la forme _mali_ peut signifier « hippopotame »
dans certains dialectes, ce sens ne peut en aucune façon s’appliquer à
la forme _mandé_ ; par contre, si l’on peut traduire _mandé_, _mané_,
_mani_, etc., par « petit lamentin », il serait bien difficile de donner
la même traduction aux formes _mali_, _mallé_, etc. ; on pourrait encore
proposer l’étymologie de « fils de maître », mais elle serait également
fort douteuse.]
[Note 50 : La prononciation mandé du suffixe de nationalité est _ka_,
parfois _kè_, mais non _ké_.]
[Note 51 : Ch. Monteil, dans sa remarquable _Monographie de Djenné_.]
[Note 52 : D’après M. Binger, qui donne à Soninké la signification de
« partisans du Sonni », Assouanik ne viendrait pas du mot Soninké mais
de _Assouanka_ (gens de l’Assoua, en mandé) et _Assoua_ serait le nom
d’un pays situé au Sud-Ouest de Tombouctou : je n’ai pu retrouver de
pays de ce nom, à moins qu’il ne s’agisse de l’_Aoussa_ ou du _Haoussa_,
c’est-à-dire de tous les pays de la rive gauche du Niger, selon le terme
employé pour les désigner dans la région de Tombouctou-Gao ; mais alors
la forme _Assouanik_ serait incorrecte, et de plus il serait étrange que
des Maures eussent emprunté un mot à désinence mandé — mot d’ailleurs
inusité et dont le radical serait étranger au mandé — pour désigner un
peuple qui n’a jamais habité du reste qu’une très faible portion du
Haoussa, à savoir, au Sud et surtout au Sud-Ouest du Débo la province de
Dia ou Diaka ou Diagha, pays d’origine des Soninké, province qui se
trouve précisément en dehors de la zone à laquelle les Songaï donnent le
nom de Haoussa.]
[Note 53 : Les Songaï appellent _Dakouraré_ les Soninké Nono ou
Nononkobé, lesquels aujourd’hui parlent songaï et non plus soninké.]
[Note 54 : On se sert également chez les Maures du mot _Sossé_ pour
désigner les Mandé en général et surtout les Soninké. (Voir notamment
_un mandement de Saad Bouh à Ma el-Aïnîn_, dans le no de novembre 1909
des _Renseignements coloniaux_ du Comité de l’Afrique Française).]
[Note 55 : Voir Ire partie, ch. II, p. 55.]
[Note 56 : C’est-à-dire « bouche noire » ou plutôt « bouche bleue », à
cause de l’habitude qu’ont les indigènes de cette fraction de se bleuir
les lèvres.]
[Note 57 : Certains font dériver _Bambara_ du mot mandé _bamba_ ou
_bamma_ « crocodile » et donnent à ce terme la signification de « (ceux)
du crocodile », par allusion au fait que le crocodile est un emblème
religieux fort répandu chez tous les peuples que les musulmans englobent
sous le sobriquet de « Bambara ». Quant au mot _Banmana_, il
signifierait, d’après les Banmana eux-mêmes, « refus au maître » (_ban-
ma-na_), par allusion à la légende d’après laquelle les Banmana auraient
quitté leur pays d’origine (Ouassoulou) pour échapper au joug de
conquérants Malinké.]
[Note 58 : Ce mot se retrouve dans le nom de tribu des _Siénérhè_.]
[Note 59 : Ne pas confondre avec les _Gan_ de famille voltaïque ni avec
les _Ngan_ du groupe mandé-sud qui habitent dans le Diammala et le Mango
(Côte d’Ivoire).]
[Note 60 : De là les mots Kombori (Nord-Ouest du cercle de Koury) et
Hombori, qui en peul signifient l’un et autre « pays des Tombo ».]
[Note 61 : Il se pourrait que ce terme de Kôssé dût s’appliquer plutôt à
une fraction des Nioniossé ou à une fraction des Bobo.]
[Note 62 : Je ne suis pas certain que le nom de _Kouroumankobé_, qui a
peut-être la même origine que _Gourmantché_ (ceux du Gourma, c’est-à-
dire de l’intérieur de la Boucle du Niger), s’applique exclusivement aux
Nioniossé.]
[Note 63 : Ne pas confondre les _Kparhala_ ou Koulango avec les
_Kpalarha_, _Pallaka_ ou _Pala_ du cercle de Korhogo (Côte d’Ivoire),
qui sont des Sénoufo. Il convient également de ne pas confondre les
_Gan_ ou _Gan-né_ de Lorhosso (groupe lobi de la famille voltaïque) avec
les _Ngan_ ou _Ngan-né_ du Diammala et du Mango (Côte d’Ivoire), qui
sont des Mandé du Sud ; ni les _Sia_ ou Bobo-Dioula de Bobo-Dioulasso
(groupe mandé du Sud) avec les _Sia_ du cercle de Mankono (Côte
d’Ivoire), qui sont un mélange de Mandé du Centre et de Mandé du Sud ;
ni les _Dioula_ de la Boucle du Niger (groupe mandé du Nord) avec les
_Dan_ ou _Mêbé_, dits « Dioula anthropophages », du cercle du Haut-
Cavally (Côte d’Ivoire), qui sont des Mandé du Sud, ou avec les _Diola_
de la Casamance, qui appartiennent à une famille ethnique spéciale
(famille côtière), n’ayant aucun représentant dans la colonie du Haut-
Sénégal-Niger.]
[Note 64 : Les Nimadi seraient, dit-on, d’origine juive et ne
professeraient pas l’islamisme ; on en rencontre dans la région de
Oualata.]
[Note 65 : D’après M. Gautier (_La conquête du Sahara_), le mot Harrâtîn
signifierait « laboureurs » (du verbe _haratsa_, bien que l’orthographe
usuelle comporte un _tha_ et non un _tsa_) et ne désignerait pas
nécessairement des Nègres ni même des gens de condition servile. Mais
dans la pratique ce mot s’applique aux Nègres qui descendent d’anciens
esclaves et qui sont devenus les serfs des Maures ; il ne s’applique pas
aux Nègres des villes sahariennes dont les ancêtres occupaient le pays
avant la domination berbère, c’est-à-dire aux Azer ou Soninké de Tichit,
Oualata, etc.]
[Note 66 : On a voulu rattacher le nom des Kel-Antassar à celui des
_Ansâr_ ou premiers partisans de Mahomet, mais l’orthographe donnée par
les meilleurs auteurs arabes au nom des Kel-Antassar (par un _sin_ et
non par un _sad_) doit faire rejeter cette étymologie.]
[Note 67 : Le mot _Tôrobé_ ne signifie pas, comme on le croit
généralement, « les gens originaires du Toro », expression qui se dit en
peul _Toronké_ ou _Toronkobé_ ou encore _Toronâbé_ (sing. _Toronkédio_,
_Toronko_ ou _Toronâdio_) ; d’après M. le commandant Gaden, _Tôrobé_ ou
mieux _Tôrodbê_ ou _Tôrobbé_ (sing. _Tôrodo_) veut dire « ceux qui
supplient ensemble » : c’est le nom d’un clan qui pourrait aussi bien
être considéré comme une caste. Ce clan a d’ailleurs de nombreux
représentants au Toro, mais pas plus là qu’ailleurs, et il ne paraît pas
qu’il y ait plus de rapports entre le Toro et le clan des Tôrobé
qu’entre le Diallon ou Fouta-Diallon et le clan des Dialloubé.]
[Note 68 : Barth dit que le nom de l’ensemble des gens de langue peule
lui a paru être _So_ : peut-être a-t-il fait confusion avec le clan
toucouleur des _Sô_, fort répandu chez les familles princières de
l’empire de Sokoto au moment de son voyage.]
[Note 69 : Beaucoup de Toucouleurs portent aussi des noms de clan à
singulier et à pluriel, identiques à ceux des Peuls ; le clan des Tôrobé
en particulier compte de nombreux représentants chez les Toucouleurs.
Enfin on rencontre chez ces derniers les mêmes castes que chez les
Peuls, avec les mêmes noms.]
[Note 70 : Les _Tounkara_ se donnent comme étant de souche royale et
font venir leur nom de _tounka_ « roi ».]
[Note 71 : Les _Massassi_ (de _massa_ « roi » et _si_ « descendance »)
sont les Kouloubali de la branche aînée.]
[Note 72 : D’après le Père Brun, le nom de _Dansira_ serait donné aux
femmes du clan des Dembélé ; sans vouloir contredire ce missionnaire
très bien informé, je dois dire que j’ai connu des hommes portant ce nom
et le donnant comme celui d’un clan spécial.]
[Note 73 : _Mansaré_ veut dire, comme _Massassi_, « de souche royale ».]
[Note 74 : D’après le Père Brun, _Souko_ serait le nom donné aux femmes
du clan des Keïta, _Demba_ celui donné aux femmes du clan des Sissoko et
_Sakiliba_ celui donné aux femmes du clan des Doumouya.]
[Note 75 : Pour compléter cette nomenclature, d’ailleurs très
imparfaite, des noms de clan du Haut-Sénégal-Niger, je donne ci-après
les _diamou_ ou _santa_ les plus fréquemment portés par les Ouolofs
installés dans cette colonie : _Ndiaye_, _Diop_, _Diouf_, _Tiam_,
_Diang_, _Sar_, _Tièp_, _Niang_, _Ngom_, _Diao_, _Boye_, etc.]
[Note 76 : J’appelle _animisme_ l’ensemble des croyances communes à
toutes les populations non-musulmanes de l’Afrique Occidentale,
croyances qui comportent un mélange de monothéisme, de dynamisme et
d’animisme proprement dit, mais qui se manifestent par un culte presque
exclusivement animiste. J’expliquerai plus loin (Ve partie) pourquoi
j’ai adopté ce terme et pourquoi j’ai rejeté les expressions tout à fait
impropres — quoique usuellement employées — de « paganisme » et de
« fétichisme ».]
[Note 77 : 4.809.053 ou 4.799.703, selon les divers tableaux de
recensement qui m’ont été fournis.]
[Note 78 : D’après certaines informations, un nombre assez considérable
de Peuls non-musulmans existerait dans le cercle de Goumbou.]
[Note 79 : Dans _Tombouctou la mystérieuse_, par Félix Dubois.]
[Note 80 : Dont 93.298 animistes.]
[Note 81 : Dont 767.511 animistes.]
[Note 82 : Tous animistes.]
[Note 83 : Dont 994.140 animistes.]
[Note 84 : Y compris 450 Boron ou Bolon.]
[Note 85 : Dont 19.170 Diawara.]
[Note 86 : Y compris 8.000 Boron ou Bolon.]
[Note 87 : Dont 3.000 Diennenké ou habitants de la ville de Dienné.]
[Note 88 : Il est à remarquer que le Haut-Sénégal-Niger ne renferme
qu’une assez faible fraction du peuple malinké, lequel est répandu dans
une notable partie de la Côte d’Ivoire, de la Guinée et du Sénégal,
ainsi que dans le Libéria, le Sierra-Leone, la Guinée portugaise et la
Gambie. Dans leur ensemble, les Malinké sont certainement plus nombreux
que les Banmana et forment l’élément le plus fort de toute la famille
mandé : il est donc assez juste qu’ils aient donné à cette famille leur
nom ou tout au moins celui de leur pays d’origine.]
[Note 89 : Dont 21.057 musulmans.]
[Note 90 : Dont 1.000 musulmans.]
[Note 91 : Dont 552 musulmans.]
[Note 92 : Dont 20.585 Oulé.]
[Note 93 : Passant tous pour musulmans.]
[Note 94 : Dont 24.209 musulmans au total contre 1.238.018 animistes.]
[Note 95 : Dont 1.000 musulmans seulement.]
[Note 96 : Dont 25.209 musulmans au total contre 1.628.963 animistes.]
[Note 97 : Tous animistes.]
[Note 98 : Tous animistes.]
[Note 99 : Beaucoup de ces Lorho sont bijoutiers en cuivre : il est
probable qu’ils constituent chez les Koulango une caste analogue à celle
qu’on appelle Lorho chez les Mandé et que ce sont ces derniers qui leur
ont, en raison de ce fait, donné le nom sous lequel nous les
connaissons.]
[Note 100 : D’après le commandant de Lartigue, un grand nombre des Peuls
Ourourbé dits Sambourou ne professeraient pas l’islamisme.]
CHAPITRE II[101]
=Origines et formation des groupements ethniques actuels=
=Généralités.= — Si la nomenclature et la classification des groupements
ethniques actuels présente de nombreuses difficultés, il est plus
malaisé encore de fixer leurs origines et d’expliquer leur formation. Il
ne suffit plus en effet de se documenter sur des faits qui tombent sous
le sens de l’observateur ; il devient nécessaire de démêler les
écheveaux toujours embrouillés d’un passé nuageux que les quelques
historiens du Soudan ont souvent embrumé plus qu’ils ne l’ont éclairci.
Nos sources d’information sont maigres et leur valeur est fréquemment
médiocre.
J’ai dit plus haut combien étaient précaires les données que nous
peuvent fournir, dans l’état actuel de nos connaissances,
l’anthropologie, l’ethnographie et la linguistique. L’histoire n’est pas
plus féconde en ce qui concerne l’objet de ce chapitre. Les auteurs
arabes du Moyen-Age ne nous ont guère renseignés que sur l’origine des
peuples avec lesquels ils se trouvaient en contact immédiat, c’est-à-
dire — en ce qui a trait à notre sujet — sur l’origine des Berbères, et
leurs contradictions comme leurs fantaisies imaginatives laissent
perplexe le lecteur qui les consulte. Il est rare qu’ils nous aient
transmis des faits précis concernant les origines des peuples plus
éloignés et, lorsqu’ils l’ont fait, ils ne tenaient leurs renseignements
en général que de deuxième ou troisième main ; le problème d’ailleurs
est encore compliqué par la difficulté que nous éprouvons à identifier
les noms des peuples soudanais cités par les Arabes.
Les dires des indigènes, recueillis sur place par les voyageurs anciens
et modernes, sont rarement nets et explicites. La plupart du temps,
ainsi que je le faisais observer plus haut, le Noir que l’on interroge
sur les origines de son peuple répond en donnant simplement l’origine de
sa famille ou de son village, ou celle de la famille régnante[102], et
encore ne la donne-t-il avec quelque précision qu’en ce qui concerne les
deux ou trois générations qui l’ont précédé lui-même. Pour les temps
plus reculés et pour l’origine des groupements de quelque importance, il
n’existe en réalité qu’une source d’information : je veux parler des
légendes historiques et épiques qui constituent l’une des formes les
plus curieuses de la littérature populaire au Soudan, légendes que l’on
se transmet oralement de père en fils et qui sont ainsi parvenues
jusqu’à nous.
Malheureusement, comme toutes les légendes, ces traditions purement
orales sont sujettes à des remaniements et à des interpolations que les
conteurs successifs ne se font pas faute d’introduire dans le récit qui
leur a été légué. Il faut de plus tenir compte du côté merveilleux de
nombre de ces histoires, non pas pour le rejeter comme un hors d’œuvre
inutile, mais pour en extraire le symbole qu’il renferme le plus souvent
et le traduire de façon rationnelle. Il convient d’autre part de se
montrer très circonspect chaque fois que la légende tend à donner au
peuple qu’elle concerne une origine particulièrement noble et à
attribuer sa naissance à une migration venue d’Asie ou d’Egypte : il
n’est pas, je crois, une seule tribu soudanaise quelque peu frottée
d’islamisme, même parmi les plus manifestement nègres, qui ne prétende
descendre d’Abraham ou de Himyar et qui ne s’attribue comme berceau le
Hidjaz ou le Yémen, à moins que ce ne soit l’Egypte, la Tunisie ou le
Maroc ; le Yémen est l’objet d’une préférence marquée, préférence qui se
traduit par le nombre considérable de localités appelées _Yamina_ ou
_Niamina_, prononciation soudanaise du nom du Yémen.
DELAFOSSE Planche VII
[Illustration : _Cliché Paulin_
FIG. 13. — Chameaux au pâturage, auprès de Tombouctou.]
[Illustration : _Cliché Paulin_
FIG. 14. — Maures nomades et leurs chameaux, aux environs de
Tombouctou.]
Là encore cependant, sans prendre les légendes au pied de la lettre, on
peut y découvrir un symbole qu’il suffit d’interpréter avec bon sens.
Tout le monde sait qu’au Soudan — comme en beaucoup d’autres contrées du
reste — on use fréquemment de noms de pays pour exprimer les points
cardinaux ; c’est ainsi que, du côté de Bamako, le Sud est appelé
_Ouorodougou_, du nom donné par les Mandé à la région d’où viennent les
colas, région qui se trouve effectivement dans le midi par rapport à
Bamako ; _Sourakadougou_ (pays des Maures) y est employé de même pour
désigner le Nord, _Bâkô_ (l’au-delà du fleuve) pour désigner l’Est ;
j’ai dit plus haut que _Sahel_, _Haoussa_, _Gourma_, mots qui
représentent en réalité des pays — le Sahel étant la lisière Sud du
Sahara, le Haoussa la rive gauche du Moyen-Niger et le Gourma sa rive
droite —, servent couramment à exprimer des directions d’orientation.
Tout me porte à croire qu’il en est de même du _Yémen_ pour les
musulmans du Soudan et qu’en traduisant ce mot par « Est » dans les
légendes qui l’indiquent comme pays d’origine d’une tribu ou d’un
fondateur d’empire, on a de grandes chances de ne pas commettre
d’erreur[103].
De tout ce qui précède il résulte que, si nous ne manquons pas
totalement de documents en ce qui concerne les origines des peuples
soudanais, si nous possédons en plus quelques données d’histoire qui
jettent une certaine lueur sur les phases principales de leur formation,
nous ne pouvons pas en déduire des affirmations positives : tout au plus
avons-nous le droit d’en bâtir des hypothèses vraisemblables, en
n’opérant d’ailleurs qu’avec la plus grande circonspection et en nous
gardant de l’esprit de système et de généralisation. C’est ce que j’ai
tenté de faire dans les pages suivantes, non pas avec la prétention
d’exposer des vérités, mais seulement avec l’espoir de signaler des
probabilités qui pourront peut-être servir de base aux recherches
futures.
Parmi ces probabilités, il en est une qu’il convient de noter dès
maintenant, avant de passer à l’étude de chacun des peuples dont nous
avons à parler. Des sept familles ethniques représentées actuellement
dans le Haut-Sénégal-Niger, quatre semblent être venues du dehors, par
des immigrations successives dont certaines remontent d’ailleurs à une
haute antiquité : ce sont les familles _sémitique_, _hamitique_,
_tekrourienne_ et _songaï_.
La chose est indubitable en ce qui concerne la famille sémitique. Pour
ce qui regarde les familles hamitique et songaï, il est possible que,
dès les temps les plus reculés, des tribus appartenant à chacune de ces
deux familles aient été domiciliées sur une petite portion des
territoires qui forment aujourd’hui la colonie civile du Haut-Sénégal-
Niger, mais elles ne pouvaient l’être en tout cas que sur les extrêmes
confins de ces territoires, tandis que maintenant ces deux familles sont
implantées au cœur même de la colonie : on peut par suite les considérer
comme immigrées. Quant à la famille tekrourienne, il est possible au
contraire que son domaine primitif se soit étendu plus à l’Est — de même
qu’il est à peu près certain qu’il s’étendait bien au Nord de son
domaine actuel, — et que, en conséquence, une fraction tout au moins de
cette famille ait été autochtone d’une partie du Haut-Sénégal-Niger
actuel ; mais, comme nous ne possédons à ce sujet aucun indice certain
et que, aussi loin que s’étend notre documentation, le domaine de la
famille tekrourienne nous apparaît localisé au delà des frontières de la
colonie, nous devons considérer aussi comme des immigrés les
représentants de cette famille que nous rencontrons aujourd’hui dans les
bassins du Haut-Sénégal et du Niger.
Les trois autres familles ethniques — _mandé_, _sénoufo_ et _voltaïque_
— sont au contraire autochtones, mais à des titres divers. Il paraît
bien certain que le groupe septentrional de la famille mandé a eu son
berceau dans le Massina occidental ou Diagha (ou Diaga),en plein Centre
de la colonie ; le principal des peuples du groupe central, le peuple
mandingue, semble bien être également originaire du Haut-Sénégal-Niger,
son pays d’origine correspondant au Mandé ou Manding actuel ; quant à
l’autre des deux grands peuples du même groupe, le peuple banmana, il
est peut-être originaire d’une province de la Côte d’Ivoire (le Toron),
mais, cette province étant située sur la lisière même du Haut-Sénégal-
Niger, on peut aussi regarder ce peuple comme autochtone ; le groupe
méridional, lui, a eu vraisemblablement son berceau au Fouta-Diallon,
dont l’une des provinces extrêmes seulement appartient au Haut-Sénégal-
Niger (Sud du cercle de Satadougou et Sud-Ouest du cercle de Kita). Quoi
qu’il en soit, la famille mandé, dans son ensemble, peut être dite
autochtone dans la colonie ; mais il s’en faut de beaucoup qu’elle le
soit dans une grande partie des contrées du Haut-Sénégal-Niger où elle
est représentée actuellement : il serait inexact de parler d’immigration
mandé, mais il nous faudra parler assez longuement des « migrations »
mandé, qui furent considérables et fort importantes au point de vue
historique. De ces trois petits pays — Diaga, Mandé, Toron — les Mandé
se sont répandus à travers le Nord-Ouest, l’Ouest, le Centre et le Sud-
Ouest de la colonie, entamant même l’Est et le Sud-Est, sans parler de
leurs poussées dans les colonies du Sénégal, de la Guinée et de la Côte
d’Ivoire.
La famille sénoufo semble avoir occupé de tout temps les territoires
qu’elle occupe encore actuellement : j’ignore si son berceau primitif
doit être placé à la Côte d’Ivoire ou au Haut-Sénégal-Niger, mais en
tout cas son domaine ne paraît pas avoir jamais subi de modifications
bien sensibles et, si elle a effectué des migrations, nous n’en pouvons
découvrir aucune trace sérieuse.
La famille voltaïque enfin est vraisemblablement autochtone aussi dans
son territoire actuel : tout au plus peut-on supposer que ce territoire
s’étendait autrefois davantage vers le Nord et le Nord-Ouest, qu’il a
subi des reculs dans ces deux directions sous la poussée des Berbères,
des Songaï et des Mandé et que, par contre, il a gagné un peu de terrain
vers le Sud-Ouest aux dépens des Sénoufo. D’autre part, plusieurs des
peuples qui composent cette famille n’ont pas occupé de tout temps les
régions où on les trouve aujourd’hui ; l’origine des Mossi en
particulier remonte à une migration importante du Sud vers le Nord et le
Nord-Ouest : mais cette migration et d’autres moins considérables n’ont
pas dépassé les limites du territoire de la famille, en sorte que, comme
les Sénoufo, les Voltaïques sont strictement autochtones.
Bien entendu, lorsque je parle de familles autochtones, je ne remonte
pas au delà de la période historique. Comment le Soudan était-il peuplé
avant cette période ? je laisse à de plus savants le soin de le
déterminer. Qu’une certaine école prétende trouver dans l’Inde ou dans
l’Océanie le berceau de la race nègre, c’est son droit. Je préfère,
quant à moi, prendre comme point de départ une époque à laquelle les
Nègres se trouvaient déjà indubitablement là où ils se trouvent
actuellement, au moins d’une façon générale, et je crois que, si je
pouvais retracer seulement jusqu’au début de notre ère les origines
probables des peuples du Haut-Sénégal-Niger, j’en aurais fait assez pour
ma part.
=I. Maures de l’Azaouad.=
1o _Bérabich._ — Les Bérabich ont dû faire leur première apparition du
côté de Taodéni et d’Araouân vers la fin du VIIIe siècle de notre ère.
Ils venaient du _Dara_ ou Draa, province méridionale du Maroc située
entre le Tafilelt et le Noul ou Noun et qui a donné son nom à l’oued
Dara ou Draa qui l’arrose. Ces Bérabich étaient, croit-on, des Arabes
originaires du Yémen, venus d’Arabie dans le Maghreb sous le règne du
troisième _tobba_ ou roi himyarite du Yémen, Ifrîkos ou Africus, vers
l’époque de la naissance de J.-C., c’est-à-dire bien avant Mahomet[104].
Au moment de leur départ pour le Sahara Soudanais, ils occupaient le
Dara depuis plusieurs siècles et y voisinaient avec des Berbères de
tribus diverses (Messoufa et Lemta entre autres). Il est probable qu’ils
s’étaient plus ou moins « berbérisés » au contact de ces derniers ; on
peut néanmoins leur reconnaître une origine arabe.
Ce furent sans doute les premières expéditions musulmanes dans le Sud
marocain ou les bouleversements amenés par la fondation de la dynastie
des Idrissides (788) qui incitèrent les Bérabich à aller chercher plus
au Sud des territoires où ils pussent conserver leur indépendance. Ils
quittèrent le Dara en deux groupes conduits l’un par Inis-ben-Yaïs et
l’autre par Yaïch ; plus tard ils furent rejoints par deux autres
familles arabes du Dara, les Oulad-Abderrahmân et les Oulad-Ameur. Ils
n’étaient pas encore musulmans à cette époque, selon toute
vraisemblance, et ne furent convertis que vers le début du XVIIe siècle
par des marabouts Kounta, après la prise de Tombouctou par les
Marocains.
L’attrait des profits qu’ils pouvaient retirer de l’exploitation des
mines de sel de Teghazza ne fut pas étranger probablement à leur exode
et de fait ils se rendirent maîtres de ces mines, possédées auparavant
par des Berbères Messoufa et, tout en en abandonnant l’exploitation
proprement dite aux Soninké qui y étaient établis déjà et dont ils
firent leurs vassaux, ils s’instituèrent guides et convoyeurs des
caravanes du Soudan qui venaient chercher le sel à Teghazza ainsi que
des caravanes marocaines qui, passant par ce même point, allaient dans
la région de Oualata-Tombouctou chercher des esclaves et de la poudre
d’or. C’est ainsi que leurs terrains de parcours s’étendirent peu à peu
jusqu’au Niger et à Ras-el-ma ; Araouân, qui n’aurait pris toute son
importance que vers 1690, devint à partir du XVIIIe siècle leur centre
géographique et leur principal point d’attache. Lorsque Taodéni remplaça
Teghazza en 1596, les Bérabich conservèrent leur monopole et ils l’ont
gardé jusqu’à nos jours.
Lors de leur arrivée dans le Sahara Soudanais, ils y avaient trouvé —
comme je viens de le mentionner — des Berbères Messoufa et des Nègres
Soninké ; il semble bien certain que des unions se formèrent entre ces
deux éléments et les Bérabich et que les produits de ces unions durent
altérer singulièrement le type arabe déjà mitigé des envahisseurs.
Nombreux sont actuellement les Bérabich métissés de sang noir et, si les
métissages de sang berbère sont plus difficiles à constater, ils n’en
sont pas moins infiniment probables. Toutefois, par la langue, les mœurs
et les traditions, les Bérabich sont demeurés surtout arabes.
Les sous-tribus connues sous les noms d’_Ousra_ et de _Tormoz_ se sont
séparées politiquement du reste de la tribu vers 1875 et se sont
écartées de la ligne Taodéni-Tombouctou pour émigrer vers le Sud-Ouest,
dans la direction de Ras-el-ma et de Bassikounou, faisant cause commune
avec les Maures Oulad-Delim contre le gros des Bérabich. Toutefois, au
point de vue de l’origine, les Ousra et les Tormoz ne sont, semble-t-il,
qu’une simple fraction des Bérabich.
2o _Kounta._ — Les Kounta eux aussi sont d’origine sémitique. Ils font
remonter la généalogie de leur tribu — ou tout au moins des familles
nobles de leur tribu — au conquérant Okba-ben-Nafi qui, nommé en 670
gouverneur de l’Ifrikia (Tripolitaine et Tunisie) par le premier khalife
omeyyade Moaouiya (661-680), guerroya en Tunisie contre les Romains et
les Berbères, construisit Kaïrouân, pénétra au Maroc et jusqu’au Dara et
fut tué près de Biskra en 681 par des partisans du chef berbère
Kosseïla. Les compagnons et les descendants de Okba, musulmans
naturellement, s’essaimèrent de la Tunisie au Touat, et ce serait l’un
d’eux[105] qui, vers le XVe siècle, serait venu du Touat s’établir avec
sa famille dans la région de Mabrouk[106], au Nord-Est d’Araouân, au
moment où le chef touareg Akil régnait sur Tombouctou. Il y aurait été
rejoint par des parents et des amis de même descendance arabe que lui-
même et aussi, très probablement, par des membres de la colonie juive
jusque là toute puissante au Touat, mais qui venait d’être persécutée et
pourchassée en 1492 par le réformateur musulman El-Merhili.
C’est du mélange de ces Arabes descendants de Okba et de ces Juifs du
Touat, islamisés par la suite, que serait sortie la tribu des Kounta. A
ces deux éléments sémitiques primitifs, il convient cependant d’en
ajouter deux autres : l’un, hamitique, provenant de quelques tribus
berbères de l’Azaouad qui acceptèrent la domination des Kounta et
s’incorporèrent à eux — les _Zakhoura_ en particulier — et aussi
d’unions fréquentes avec les tribus maraboutiques touareg[107] ;
l’autre, nègre, provenant d’unions avec des Songaï ou des Soninké et
avec des esclaves ou des serfs également d’origine noire.
Ces mélanges devinrent surtout fréquents lorsque, ayant quitté en partie
leur foyer primitif de Mabrouk pour se répandre dans la région de
Tombouctou sur les deux rives du Niger et pour se rendre, à travers le
Hodh, dans le Tagant et l’Adrar mauritanien, les Kounta multiplièrent
les occasions de contact avec des Berbères et des Nègres. Néanmoins,
comme chez les Bérabich, c’est le type et le sang arabes — ou tout au
moins sémitiques — qui semblent, encore aujourd’hui, dominer chez les
Kounta.
=II. Maures du Hodh.=
1o _Elément berbère._ — Il paraît difficile de savoir si le Hodh était
peuplé par des Nègres avant que les Berbères y eussent fait leur
première apparition. Il est certain que les Soninké y possédaient des
colonies bien avant le mouvement almoravide, c’est-à-dire bien avant le
XIe siècle de notre ère, mais il n’est pas moins certain qu’avant cette
date les Berbères de l’Adrar et du Tagant et particulièrement ceux de
l’empire lemtouna d’Aoudaghost — dont nous parlerons dans la partie
historique de cet ouvrage — s’étaient déjà répandus jusque dans la
région où se trouve aujourd’hui Oualata et y avaient exercé au moins à
un moment donné une sorte d’hégémonie politique. Il est probable même
qu’à une époque plus reculée, lorsque se produisit — sans doute durant
les deux premiers siècles de l’ère chrétienne — l’immigration judéo-
syrienne dont il sera question à propos des origines du peuple peul, des
Berbères se trouvaient déjà dans la région, en même temps que des
Soninké. J’inclinerais toutefois à penser que ces derniers furent les
premiers colonisateurs du Hodh et qu’ils avaient fondé déjà Néma et
Ghana — ou d’autres villes que celles-ci remplacèrent par la suite —
avant l’apparition des premiers Berbères : si l’exactitude de cette
hypothèse vient à être démontrée, il faudrait placer la première
immigration berbère dans le Haut-Sénégal-Niger — en l’espèce dans le
Hodh — quelques siècles avant J.-C., mais postérieurement au grand
mouvement de migration soninké que je tenterai de retracer plus loin.
Quoi qu’il en soit, ces Berbères — cela paraît bien établi —
appartenaient à la grande fraction des _Zenaga_, notamment aux tribus
_Goddala_, _Lemtouna_ et _Messoufa_, et venaient de l’Adrar mauritanien
par le Tagant (Goddala et Lemtouna), ainsi que du Sud marocain par
Taodéni (Lemtouna et Messoufa). Depuis fort longtemps sans doute les
Lemtouna occupaient l’Adrar, ayant les Goddala entre eux et l’Océan et
les Messoufa au Nord et au Nord-Est. Ils s’étaient installés là en
venant du Maroc. Rechercher plus loin leur point de départ primitif
serait fort malaisé : cela reviendrait à trancher la question de
l’origine des Berbères, qui a été résolue, il est vrai, mais de diverses
manières souvent contradictoires.
Ce groupe de la famille hamitique est-il autochtone dans l’Afrique du
Nord ou y est il venu de la péninsule arabique ? je ne vois pas la
nécessité de répondre ici à cette question, qui dépasse les limites de
ma faible compétence et nous entraînerait trop loin de notre sujet.
Qu’il me suffise de rappeler que la présence des Libyens, manifestement
identiques aux Berbères, dans la Cyrénaïque, la Tunisie actuelle et le
Maghreb a été signalée dès le Ve siècle avant J.-C. par Hérodote, qui
semblait les considérer comme les plus anciens et les seuls habitants de
la presque totalité de ces contrées. Les Berbères ne sont autres en
effet que les Libyens, les Gétules et les Numides de l’antiquité
classique, auxquels les Latins donnèrent, parce qu’ils se montraient
rebelles à la civilisation romaine, le surnom de _Barbari_ (du grec
_Barbaroï_ « étrangers, barbares »), que les Arabes ont transformé en
_Berber_ tout en le faisant dériver d’un mot arabe signifiant
« murmurer, parler d’une façon incompréhensible », selon leur habitude
de trouver à tous les noms de lieux et de peuples une étymologie dans la
langue de Mahomet[108].
Nous savons que les Berbères étaient partagés autrefois en plusieurs
grandes fractions dont les deux plus importantes étaient appelées
_Zenata_ et _Zenaga_. Les Zenata sont en général demeurés dans l’Afrique
du Nord, tandis que les Zenaga, tout en laissant au Maghreb de très
nombreux représentants, essaimèrent, dès une époque fort lointaine,
quelques-unes de leurs sous-tribus dans le Sahara et la Mauritanie
actuelle : les _Messoufa_, les Djedala ou _Goddala_, les _Lemtouna_, les
_Maddassa_ et les _Ouareth_ furent les principales de ces sous-tribus
zenaga du désert ; les _Hoouara_, les _Lemta_ et les _Guezoula_,
apparentés de près aux Zenaga, sinon Zenaga eux-mêmes, participèrent au
même mouvement. Tous se distinguèrent de bonne heure de leurs frères
demeurés dans le bassin méditerranéen en adoptant le voile qui leur
valut plus tard le surnom arabe de _Molettsemîn_ (les voilés) et qui,
aujourd’hui, n’est plus porté que par ceux d’entre eux qui ont échappé à
la conquête arabe et sont devenus les Touareg.
Les Lemta et les Hoouara se portèrent principalement dans le Sahara
central, où on les retrouve sous les noms à peine transformés
d’Oulmidden (Lemta) et de Hoggar ou Ihaggaren (Hoouara). Les Messoufa
restèrent longtemps cantonnés au Sud du Maroc dans la région de Tindouf,
puis s’avancèrent du côté de Taodéni et de l’Azaouad. Les Maddassa se
dirigèrent également vers le cours septentrional du Niger. Quant aux
Lemtouna et aux Goddala, accompagnés de quelques familles des Guezoula
et des Ouareth, ils allèrent s’installer dans l’Adrar mauritanien et
dans le Tirs ou Tiris, puis dans le Tagant, vivant généralement côte à
côte, quoique les Goddala se soient plus tard portés davantage vers le
Sud-Ouest et le cours du bas Sénégal.
Il est probable, comme je le disais plus haut, que, depuis les derniers
siècles qui ont précédé notre ère jusqu’au VIIe siècle environ après
Jésus-Christ, des Lemtouna de l’Adrar, traversant le Tagant, firent des
randonnées dans le Hodh, allant sans doute demander ou prendre aux
cultivateurs soninké et ensuite aux pasteurs judéo-syriens les vivres
qui leur manquaient. A partir du VIIIe siècle, ils commencèrent à se
répandre en nombre plus considérable dans les pays dépendant aujourd’hui
du Haut-Sénégal-Niger et y eurent même peut-être, aux IXe et Xe siècles,
leur capitale _Aoudaghost_, qui devait se trouver non loin de Kiffa et
qui tout au moins était située dans la partie du Tagant oriental
avoisinant Kiffa, probablement un peu au Nord de cette dernière
localité[109]. Tantôt suzerains des Noirs du pays, tantôt leur payant
tribut, les Berbères durent, dès cette époque, se métisser assez
fortement de sang nègre, surtout les sédentaires.
Selon toute vraisemblance, ils étaient chrétiens[110] au moment où prit
naissance parmi eux la secte des Almoravides (1052), ou tout au moins
ils l’étaient en majorité, puisque le but principal de la fondation de
cette secte fut la conversion des Lemtouna et Goddala infidèles ou
mauvais musulmans. Beaucoup d’entre eux n’acceptèrent la religion de
Mahomet que contraints et forcés, et après avoir été vaincus par les
sectateurs d’Abdallah-ben-Yassîn ; beaucoup aussi, trouvant exagérés le
puritanisme et l’autoritarisme du réformateur, émigrèrent vers l’Est et
vinrent s’établir dans l’Azaouad auprès des Messoufa et des Maddassa.
D’une façon générale, les Lemtouna demeurèrent dans le Hodh et ce sont
eux qui, plus ou moins métissés de sang noir, ont donné naissance à
l’élément berbère qui, aujourd’hui encore, entre en majorité dans la
composition des familles zénaga et même de beaucoup de familles
prétendues arabes des diverses tribus des Maures du Hodh. Parmi les
Goddala, les uns se fixèrent également dans le Hodh, mais les autres,
plus nombreux, poussèrent jusque sur le Niger et au delà ; rejoints dans
la région lacustre de Tombouctou par quelques familles lemtouna, ils
donnèrent naissance à la tribu touareg des Iguellad ou tout au moins
contribuèrent puissamment à sa formation, comme nous le verrons plus
loin en parlant des Touareg. Il me faut ajouter que, parmi les Maures du
Hodh oriental (Mejdouf et Allouch), on retrouve des traces de
l’immigration Messoufa dont j’ai dit un mot déjà et dont je reparlerai à
propos de la formation des Touareg.
2o _Elément arabe._ — L’élément arabe, en ce qui concerne les Maures du
Hodh, a été fourni à peu près exclusivement par les _Beni-Hassân_ : son
introduction est relativement récente.
Les Beni Hassân, qui se disent descendants de la famille de Koreïch, à
laquelle appartenait Mahomet, proviennent de la plus importante des
immigrations arabes qui se soient accomplies dans l’Afrique du Nord,
celle que l’on appelle l’invasion hilalienne. Les Arabes Hilaliens,
descendants d’Adnân et rangés par Ibn-Khaldoun dans les Arabes
« barbarisants », c’est-à-dire mélangés, passèrent en Afrique vers le
début du XIe siècle ; c’étaient surtout des nomades. En réalité les
Beni-Hassân (_alias_ Idao-Hassân ou Doui-Hassân) n’étaient pas des
Hilaliens ; ils appartenaient à un groupe issu de Makil, lequel
prétendait descendre de Djâfer, fils d’Abou-Taleb, fils de Hachem,
bisaïeul de Mahomet, mais, d’après Ibn Khaldoun, descendait plutôt des
Arabes du Yémen issus de Kodâa, petit-fils de Himyar.
Quoi qu’il en soit, les Beni-Hassân suivirent les Hilaliens dans leur
migration et, après avoir traversé toute l’Afrique du Nord, s’établirent
avec eux dans le Sous, le Noul ou Noun et le Dara ou Draa, entre
l’Atlantique et le Tafilelt, vers la fin du XIIIe siècle, envoyant
paître leurs troupeaux jusqu’aux régions sahariennes habitées par les
Messoufa, les Lemtouna et les Goddala.
Ils comprenaient plusieurs fractions : celle des _Beni-Hassân_
proprement dits ou descendants de Hassân fils de Mokhtar fils de
Mohammed fils de Makil ; celle des _Chebanât_ ou descendants de Chebana,
frère de Hassân (comprenant les Beni-Tâbet ou Idao-Aïch, descendants de
Aïch-ben-Talha, et les Ahl-Ali ou Idao-Ali) ; enfin celle très
importante des _Oulad-Delim_ qui, en réalité, formait une sous-tribu
distincte des Beni-Hassân proprement dits.
Dès le XIVe siècle, selon le témoignage d’Ibn-Khaldoun, le territoire
des Beni-Hassân s’étendait depuis le Sous jusqu’à la frontière du pays
des Noirs, c’est-à-dire jusqu’à l’Adrar mauritanien tout au moins. Vers
la fin du XVIe siècle, un grand nombre de Beni-Hassân, après avoir
conquis définitivement l’Adrar, se répandirent de là sur les bords du
Sénégal, puis dans le Tagant et enfin dans le Hodh[111], subjuguant les
Berbères, les convertissant définitivement à l’islamisme et en faisant
leurs vassaux. Les Beni-Hassân proprement dits et les Chebanât
constituèrent l’élément arabe et en même temps guerrier chez les
Regueïbât, les Idao-Aïch, les Ahl-Tichit, les Oulad-Mbarek, les Oulad-
Nasser et les Mejdouf ; les Oulad-Delim, poussant davantage vers l’Est,
contribuèrent à former les sous-tribus des Oulad-Daoud, des Oulad-
Allouch, etc.
Les Maures actuels du Hodh sont donc, en somme, des Berbères arabisés
plutôt que des Arabes. Il est bien certain en tout cas que l’élément
arabe fut, dans leur formation, très inférieur en nombre à l’élément
berbère. Tout d’abord il importe de considérer que, lors de leur départ
du Maroc pour la Mauritanie, les Beni-Hassân n’étaient plus des Arabes
bien purs : Ibn-Khaldoun nous apprend en effet que, lors de leur premier
établissement entre la Moulouya et le Tafilelt, les Beni-Makil (Beni-
Hassân et Beni-Soleïm) s’étaient unis aux Berbères Zenata, installés
avant eux dans cette région, et que, lorsqu’ils se portèrent vers le Sud
après la conquête de Maghreb central par les Zenata, les Beni-Hassân
soumirent les Berbères Guezoula de Taroudant et les Berbères Masmouda,
Zenaga et Lemta du Sous, du Dara et du Tafilelt, et se les incorporèrent
au moins en partie. Ensuite, il convient de remarquer que certaines
sous-tribus actuelles du Hodh ne renferment que des gens d’origine
berbère et ont gardé le qualificatif ethnique de Zenaga. D’autres, qui
se prétendent d’origine arabe, sont beaucoup plus berbères qu’arabes :
c’est en particulier le cas chez nombre d’Idao-Aïch. Enfin les familles
maraboutiques se trouvent être presque toujours — quelles que soient les
généalogies qu’elles se sont fabriquées après coup — ou uniquement
berbères ou du moins surtout berbères quant à leur origine.
Si l’on ajoute à cela les infiltrations de sang noir qui se sont
produites constamment chez les Berbères d’abord et chez les Beni-Hassân
ensuite et les mélanges parfois considérables dûs à des unions avec des
Peuls (chez les Guirganké[112] notamment et chez les Allouch), on
comprendra combien il serait inexact de dire que les Maures du Hodh sont
d’origine arabe.
D’autre part, s’ils ne sont d’origine arabe qu’à un degré infime, ils
méritent cependant, dans leur ensemble, le qualificatif d’Arabes au même
titre que les soi-disant Arabes de l’Algérie et du Maroc. Si en effet
l’on en excepte les rares familles qui ont conservé l’usage de la langue
berbère[113], les Maures du Hodh ont presque tout pris aux Arabes : la
langue, la religion et même le costume ; c’est en effet depuis
l’immigration des Beni-Hassân que les Berbères de la Mauritanie et du
Hodh ont cessé de porter le voile, tandis que leurs congénères non
arabisés de l’Azaouad et du Sahara central l’ont conservé. Tout au plus,
dans certaines des coutumes des Maures du Hodh, peut-on retrouver des
survivances berbères encore très nettes, ainsi que dans la désignation
des noms de lieux et dans les termes géographiques en usage[114].
=III. Touareg.=
Les Touareg des territoires civils du Haut-Sénégal-Niger se répartissent
aujourd’hui, comme nous l’avons vu, en trois grandes tribus ou
fractions. Dans l’ensemble, ils ont été formés par cinq grands courants
d’immigration berbère, auxquels il faut ajouter quelques mélanges
d’origine arabe, peul et songaï. Les cinq grandes immigrations berbères
qui ont contribué à leur formation sont, par ordre probable de dates,
celles des Lemta et Hoouara de Tripolitaine, des Messoufa, des Saghmâra
ou Kel-Tadmekket, des Goddala et Lemtouna et des Oulmidden. D’une façon
générale, de la première et de la dernière sont issues les sous-tribus
oulmidden actuelles, de la troisième la tribu des Kel-Tadmekket et de la
deuxième et de la quatrième la tribu des Iguellad et les sous-tribus qui
s’y rattachent.
1o _Immigration lemta et hoouara._ — Ainsi que je le disais plus haut,
lors de l’époque reculée où les Berbères commencèrent à s’enfoncer dans
le Sahara, les Lemta allèrent s’établir à l’Ouest de l’Aïr, où nous les
retrouvons encore de nos jours sous le nom d’Oulmidden qui semble bien
provenir du même radical que le mot _Lemta_ employé par les auteurs
arabes. Ces Lemta provenaient au moins en partie de la Tripolitaine
actuelle, où ils avaient laissé nombre de leurs compatriotes ainsi qu’au
Touat et dans le Sud marocain. Une fraction des Lemta demeurés dans le
Nord, de religion chrétienne très probablement, fuyant la première
conquête arabe de l’Ifrîkia, quitta vers 670 la Tripolitaine avec un
grand nombre de Hoouara (autre tribu berbère à demi christianisée et
établie alors dans les mêmes parages). Les Hoouara s’installèrent
principalement dans la région montagneuse du Sahara central et devinrent
les Hoggar. Quant aux Lemta, accompagnés sans doute de quelques familles
hoouara, ils allèrent rejoindre les membres de leur tribu déjà installés
plus au Sud.
Ceux-ci, qui très probablement étaient demeurés fidèles à l’ancienne
religion libyenne, regardèrent d’un assez mauvais œil ces nouveaux
arrivants chrétiens, craignant surtout d’ailleurs de se voir disputer
par eux la maigre chère qu’ils arrivaient péniblement à se procurer. Les
derniers immigrés, ainsi mal reçus par leurs compatriotes, continuèrent
leur mouvement plus avant et arrivèrent enfin, dans un état assez
misérable, sur les rives du Niger, dans le lieu où s’élevait alors le
village songaï de _Gounguia_ ou _Koukia_, peuplé surtout de Sorko
pêcheurs. Ce village — je le crois du moins — devait être situé dans
l’île aujourd’hui connue sous le nom de Bentia, entre Gao et
Tillabéry[115].
Mieux accueillis par les Sorko qu’ils ne l’avaient été par leurs propres
compatriotes, les Lemta de Tripolitaine parvinrent même à s’imposer aux
indigènes riverains du Niger et — non sans luttes, comme nous le verrons
plus loin — à fonder, vers la fin du VIIe siècle, un empire qui devait
plus tard devenir puissant et dont ils demeurèrent les maîtres jusque
vers la fin du XVe siècle[116]. Tout naturellement, ils ne demeurèrent
pas fixés à Koukia et, tout en y maintenant au moins provisoirement la
capitale de leur empire, ils se répandirent dans l’Est de la Boucle du
Niger, où ils demeurèrent lorsque la suprématie leur fut enlevée par les
Noirs (Songaï dirigés par des Soninké) en 1493 et que, de suzerains de
ces derniers, ils devinrent leurs vassaux. Encore chrétiens au moment de
leur arrivée à Koukia, ils commencèrent à embrasser l’islamisme vers
l’an 1009 de notre ère, sous le règne de leur quinzième empereur, Dia
Kossoï.
2o _Immigration messoufa._ — Vers le début du VIIIe siècle, à la suite
sans doute des premières conquêtes arabes dans le Maghreb, des Messoufa
établis au Sud du Maroc dans la région de Tindouf se portèrent vers le
midi et s’emparèrent des mines de sel de Teghazza. Dépossédés vers le
IXe siècle par les Bérabich, comme nous l’avons vu précédemment, ils
devinrent les vassaux de ces derniers ; les uns demeurèrent à Teghazza,
d’autres accompagnèrent les Bérabich dans leurs randonnées à travers le
désert ou se firent comme eux convoyeurs de caravanes. Il est possible
que les Messoufa n’aient pas attendu la venue des Bérabich pour pousser
jusque dans la région de Tombouctou ; en tout cas, les Berbères
_Maddassa_, signalés au XIe siècle par Bekri comme habitant la rive Nord
du lac Faguibine et du Niger, et qui étaient déjà musulmans à cette
époque, étaient très vraisemblablement une fraction des Messoufa.
3o _Immigration saghmâra ou des Kel-Tadmekket._ — Dans la vallée du
Tilemsi, à 300 kilomètres environ au Nord-Nord-Est de Gao, les Berbères
émigrés les premiers dans le Sahara avaient fondé, sans doute avant la
naissance de J.-C., une ville qu’ils appelaient _Tadmekket_[117] et que,
bien plus tard, les Arabes dénommèrent _Es-souk_ (le marché) parce
qu’elle était le seul centre commercial de tout le Sahara central et le
rendez-vous des caravanes allant de la Tripolitaine et du Touat vers les
pays nigériens. Ce point semble avoir été florissant, si toutefois une
telle épithète a jamais pu s’appliquer à une ville saharienne ; mais
tout est relatif et ce qui serait une vulgaire bourgade en un pays
fertile et peuplé revêt facilement au désert les allures d’une brillante
métropole. Il est possible d’ailleurs que les premiers colons berbères
du Tilemsi aient su mettre à profit les terres de cette vallée et que
Tadmekket ait été autrefois une oasis prospère.
Quoi qu’il en soit, elle eut un grand renom et, dès les premiers siècles
de l’hégire, elle attira des musulmans de l’Ifrîkia[118], berbères sans
doute comme ses fondateurs, qui vinrent y prêcher l’islam et
constituèrent la fraction maraboutique connue aujourd’hui sous le nom
d’_Iforhass_, tandis que l’ensemble des populations berbères gravitant
autour de Tadmekket portait le nom de _Saghmâra_.
Les Oulmidden nomades, qui plantaient leurs tentes entre Tadmekket et
l’Aïr et qui devaient avoir la même origine première que les Saghmâra —
les uns et les autres étaient vraisemblablement des Lemta, au moins en
majorité —, attaquèrent à maintes reprises les populations de Tadmekket,
pour des raisons qui ne nous apparaissent pas très clairement, mais dont
la principale fut sans doute la cupidité. Dès le Xe siècle au moins, ils
avaient contraint une partie des familles maraboutiques à se retrancher
dans la région de collines pierreuses que nous appelons l’Adrar des
Iforhass et une partie des Saghmâra à descendre la vallée du Tilemsi,
avec l’espoir de retrouver sur les bords du Niger d’autres terres
favorables. Les Saghmâra, se heurtant du côté de Bourem aux Oulmidden de
la région de Gao, obliquèrent vers l’Ouest, atteignirent le fleuve près
de Bamba et se répandirent sur ses deux rives, occupant surtout la rive
droite depuis la hauteur de Bamba jusqu’aux lacs situés au Sud de
Tombouctou. Les Touareg Iguellad, quand ils vinrent se fixer dans cette
région, leur donnèrent le nom de _Kel-Tadmekket_ (gens de Tadmekket) en
raison de leur origine ; on les appela aussi _Kel-es-souk_, ce qui
revient au même, mais on réserva de préférence cette dernière
appellation à la fraction maraboutique qui avait suivi l’exode des
Saghmâra au lieu de s’établir avec les autres familles religieuses dans
l’Adrar des Iforhass.
Bekri signale au XIe siècle la présence de Kel-Tadmekket (sous le nom de
Saghmâra) sur la rive droite du Niger, en face de Gao : leur exode fut
donc bien antérieur à la destruction de la ville de Tadmekket par les
Oulmidden, destruction qui aurait eu lieu vers 1640. Mais il semble
établi d’autre part que la ruine finale de Tadmekket eut comme
conséquence une nouvelle immigration saghmâra sur les rives du Niger,
vers le milieu du XVIIe siècle.
4o _Immigration goddala et lemtouna._ — J’ai dit tout à l’heure, en
retraçant les origines des Maures du Hodh, comment, vers le XIe siècle,
un certain nombre de Lemtouna et surtout de Goddala, venant de l’Adrar
Mauritanien, s’étaient avancés jusque vers Tombouctou. Ils échappèrent
là à la conquête arabe des Beni-Hassân qui, vers la fin du XVIe siècle,
subjugua leurs compatriotes demeurés dans le Hodh. Ils furent bien
rejoints à la fin du XIe siècle par l’immigration arabe des Bérabich et
au XVe par celle des Kounta et il y eut alors entre eux et les Arabes
des mélanges dont le résultat est sensible encore, dans la tribu
maraboutique des Kel-Antassar[119] principalement. Mais il n’y eut pas
là, comme dans le Hodh, conquête de la part des Arabes ; les Goddala et
les Lemtouna des lacs et de l’Azaouad, devenus les Iguellad, ne furent
pas arabisés et conservèrent leur langue et leur voile, adoptant
seulement la religion musulmane que leur prêchèrent les Kel-Tadmekket et
plus tard les Kounta.
5o _Immigration oulmidden._ — C’est aux Lemta établis au Sahara avant
l’arrivée de ceux qui, après les avoir rejoints, poussèrent jusqu’à
Koukia que je donne de préférence ici, pour les distinguer de ces
derniers, le nom d’Oulmidden.
On peut supposer que, lorsqu’ils eurent constaté le degré de prospérité
des Lemta de Gounguia ou Koukia, les Oulmidden demeurés au Sahara
cherchèrent à renouer avec eux des relations. Les rôles étaient
changés : d’hôtes encombrants et de bouches inutiles, les anciens
immigrés de Tripolitaine étaient devenus des puissants dont la force
était à craindre et l’alliance à rechercher. Aussi les Oulmidden ne se
firent-ils pas faute sans doute d’aller les saluer et même de
reconnaître leur suzeraineté, moyennant quoi ils obtinrent le droit de
prélever leur part des moissons que faisaient pousser les Songaï le long
du Niger. Mais il ne semble pas qu’ils aient franchi le fleuve ni
pénétré dans les territoires relevant actuellement de la colonie civile
du Haut-Sénégal-Niger durant l’époque de l’hégémonie berbère en pays
songaï.
C’est seulement à la fin du XVe siècle, lorsque l’empire lemta de
Gounguia puis de Gao fut remplacé par l’empire soninké-songaï de Gao et
que cette dernière ville fut devenue à la fois un grand marché et un
centre musulman important, que les Oulmidden, attirés davantage encore
vers le Niger, commencèrent à franchir le fleuve et à se fixer en partie
à l’intérieur de la Boucle, dans la direction de Gao à Hombori, auprès
des familles venues précédemment de Gounguia. C’est à cette époque
également que les Oulmidden de la région de Gao durent embrasser
l’islamisme, déjà professé par les autres Touareg de la vallée
nigérienne.
6o _Eléments divers._ — Tels sont les éléments principaux, tous
berbères, qui contribuèrent à former la partie du peuple touareg
occupant de nos jours le Nord de la Boucle du Niger et la rive gauche de
ce fleuve dans la région comprise entre Ras-el-ma et Bourem. En outre
existent quelques éléments secondaires, dont l’importance du reste ne
paraît pas très considérable et qui n’ont pas modifié profondément le
type berbère initial.
Tout d’abord il semble probable que le pays actuel des Touareg du Haut-
Sénégal-Niger, si l’on en excepte les rives mêmes du fleuve, était à peu
près inhabité lorsque s’y montrèrent les premières immigrations
berbères. Même sur le Niger, les Songaï ne devaient pas alors s’avancer
bien en amont de Gao ; peut-être ne dépassaient-ils pas Bourem ;
cependant il est hors de doute que, vassaux des Lemta d’abord, suzerains
ensuite de tous les Touareg nigériens, ils ont dû se mêler à eux dans
d’assez fortes proportions. Plus tard, les Peuls qui vinrent se fixer
dans les régions de Hombori et de Dori apportèrent, au moins sur la
lisière de leurs établissements, un élément de métissage qu’on aurait
tort de négliger. Dans la région de Tombouctou, des unions eurent lieu
certainement entre Arabes et Touareg, mais, les Arabes étant les moins
nombreux, ce sont eux qui durent être le plus influencés par ces unions.
Quant aux Marocains qui conquirent Tombouctou à la fin du XVIe siècle,
c’est surtout sur les Songaï que leur influence se fit sentir, comme
nous le verrons dans un instant[120].
=IV. Peuls.=
1o _Le problème de l’origine des Peuls._
La question de l’origine des Peuls a fourni matière à d’amples
discussions et cependant elle est loin d’être résolue. Il y a là un
problème à plusieurs faces qui demande, pour être traité avec quelque
précision, d’être examiné à la fois sous ses divers aspects. Personne ne
conteste qu’une bonne partie tout au moins du peuple peul actuel
n’appartient pas originairement à la race noire : il suffit pour en être
convaincu d’observer les Peuls pasteurs que l’on rencontre un peu
partout dans le Soudan et chez lesquels, à côté d’individus
manifestement métissés de sang nègre, on remarque des gens dont la
couleur et le facies rappellent absolument la couleur et le facies des
Bédouins de l’Egypte et surtout de la Palestine. A côté de cela, la
langue peule est parlée par un nombre considérable d’individus qui sont,
tout aussi incontestablement, des Nègres bien caractérisés.
De là les deux théories dont l’une fait des Peuls un peuple de métis,
tandis que l’autre en fait un ensemble de gens, les uns de race blanche,
les autres de race noire, n’ayant de commun que la langue. Mais ici
encore, il y a divergence d’opinion : les uns veulent que la langue
peule ait été la langue originelle de l’élément de race blanche, les
autres pensent que ce dernier l’a au contraire empruntée à l’élément de
race noire.
Je dirai tout de suite que mon opinion, motivée par de longues et
patientes recherches, penche vers la dernière hypothèse : à mon avis, la
langue dite peule est une langue nègre, parlée à l’origine par un peuple
nègre complètement différent des Peuls, peuple dont les représentants
actuels ne sont autres que les Toucouleurs, et cette langue a été
adoptée, à la suite de circonstances que je vais retracer, par un peuple
de race blanche et d’origine judéo-syrienne dont les représentants
actuels sont les Foulbé ou Peuls proprement dits.
Pour être complet, il me faut ajouter qu’une longue cohabitation a
produit entre les Toucouleurs et les Peuls des mélanges facilement
perceptibles, de même que l’éparpillement des Peuls à travers d’immenses
territoires peuplés de Nègres divers a profondément altéré le type
sémitique originel des Foulbé. Enfin il ne faut pas oublier que ces
derniers ont auprès d’eux de nombreux serfs nègres, les Rimaïbé, qui
parlent comme leurs maîtres peuls la langue des Toucouleurs, sans être
pour cela ni des Toucouleurs ni des Peuls.
Avant d’exposer les faits qui rendent mon hypothèse vraisemblable, il me
paraît opportun de résumer et de discuter brièvement les principales des
nombreuses théories émises par mes devanciers.
2o _Théories diverses relatives à l’origine des Peuls._
Si l’on identifie les Peuls avec la tribu de _Fouth_ ou _Foudh_
mentionnée dans le Pentateuque et dans les écrits de plusieurs prophètes
bibliques (Ezéchiel, Jérémie, Isaïe, Nahoum), tribu dont le nom est
d’ailleurs écrit _Foul_ par Isaïe [121], on doit reconnaître que ce
peuple a été mentionné dès la plus haute antiquité. Je ne prétends pas
que cette identification puisse être présentée comme une certitude, mais
en tout cas elle n’est pas absurde. Si on l’admet, cela conduirait,
semble-t-il, à attribuer aux Peuls une origine hamitique, puisque
_Fouth_ ou _Foudh_ est donné comme l’un des fils de Ham, avec Chous
(père des Ethiopiens Kouchites), Mesraïm (père des Egyptiens) et Chanaan
(père des Libyens ou Berbères)[122] ; mais il n’y a pas à s’appesantir
sur cette indication, la Bible — comme les auteurs arabes — confondant
souvent les descendants de Ham avec ceux de Sem[123].
Quoi qu’il en soit, les Prophètes Bibliques représentent constamment la
tribu de Fouth, Foudh ou Foul comme voisinant avec les Ethiopiens, les
Egyptiens et les Berbères. Ezéchiel dit que des Loudim (fraction issue
des Mesraïm ou Egyptiens) et des Fouth servaient dans l’armée de Tyr
(XXVII, 10) ; que la ruine de l’Egypte par Nabuchodonosor, roi de
Babylone (588 av. J.-C.), entraînera celle de l’Ethiopie, du Fouth, du
Loud, etc. (XXX, 5) ; que l’armée de « Gog » — sans doute Alexandre —
renferme des Ethiopiens et des Fouth (XXXVIII, 5). Jérémie, parlant
aussi de la défaite du pharaon Néchao (Néko I) par Nabuchodonosor,
signale parmi les troupes égyptiennes des Ethiopiens, des Fouth armés de
boucliers et des archers Loudim (XLVI, 9). Isaïe mentionne le peuple des
Foul parmi les nations éloignées du côté du Sud et de l’Occident (LXVI,
19). Enfin Nahoum, dans sa prophétie contre Ninive (III, 9), demande à
cette ville si elle se croit plus forte qu’Alexandrie, que n’a pas
réussi à protéger l’appui des Ethiopiens, des Egyptiens, des Fouth et
des Loubim (Libyens).
On pourrait conclure de là, sans trop de témérité, que les Hébreux
considéraient les Fouth, Foudh ou Foul comme un peuple originaire de la
Mésopotamie, de la Syrie ou de la Palestine, mais qui, après un long
contact avec les Egyptiens et les Ethiopiens, avait élu domicile en
Afrique vers le VIe siècle au moins avant J.-C., dans le voisinage de
l’Egypte et non loin de la mer — puisqu’il fournissait des contingents
aux armées de Tyr et à celle d’Alexandre —, probablement dans la
Cyrénaïque.
Si maintenant nous recherchons la trace des Peuls sous leur nom actuel
(_Foulbé_, _Foulâni_, etc.), nous ne la trouvons — je le crois du moins
— qu’à partir du XIVe siècle de notre ère. Makrizi (1364-1442) parle
d’une ambassade envoyée vers l’an 1300 par l’empereur de Mali à celui du
Bornou et qui comprenait deux personnages parlant le peul (_foulânia_).
Un peu plus tard, vers le milieu du XVe siècle, Cadamosto mentionne la
présence d’un roi des Peuls (_rey dos Fullos_) sur le Sénégal. Au siècle
suivant, Joao de Barros nous parle également des Peuls, mais pas plus
que Makrizi ni Cadamosto, il ne nous renseigne sur leur origine.