aujourd’hui dénudées : ce changement s’est produit en France, depuis le
temps des Gaulois, et il continue à s’accentuer de plus en plus ; les
mêmes raisons qui l’ont causé en France l’ont causé au Soudan. Ces
raisons se ramènent à deux qui sont d’ailleurs connexes :
l’accroissement de la population et le passage progressif de la vie
sauvage des chasseurs à la vie plus civilisée des agriculteurs ; chaque
fois qu’une fraction de population a dû, pour assurer sa subsistance,
mettre en valeur des terrains fertiles mais encore vierges, elle a
détruit la forêt. Les fameux incendies de brousse, qui ont été l’objet
de tant d’anathèmes malgré leur utilité certaine, n’ont constitué à
toutes les époques que l’une des manifestations du défrichement et l’une
des plus inoffensives vis-à-vis de la végétation arborescente : la hache
et la houe, en procédant au dessouchement des racines et à la mise à nu
des roches et argiles improductives, ont eu un résultat autrement
appréciable, et cependant nous ne saurions raisonnablement faire un
crime aux Soudanais d’avoir transformé en champs producteurs les forêts
stériles où leurs ancêtres menaient la vie sauvage et précaire des
primitifs les plus lointains. Nous serions d’ailleurs mal venus à
reprocher aux indigènes d’avoir déboisé pour vivre une partie du Soudan,
nous qui, dans des proportions bien plus considérables mais heureusement
dans des zones restreintes, avons déboisé en quelques années les rives
du Sénégal et du Niger pour chauffer nos bateaux à vapeur, ainsi que le
voisinage des voies ferrées et des villes créées par nous, pour
construire nos établissements, fabriquer nos meubles et entretenir nos
feux de cuisine.
[Note 27 : Voir la carte 2 à la fin du chapitre VI.]
[Note 28 : Il existe en arabe deux mots différents, ayant chacun une
orthographe spéciale, mais que l’on transcrit vulgairement en français
par la même forme _sahel_ : l’un signifie « littoral » et l’autre
« plaine » ; si nous nous reportons à la manière dont les Maures
orthographient le mot dont il est question ici, nous voyons qu’il s’agit
bien de _sâhel_ signifiant « littoral ».]
[Note 29 : Pour la région au Nord d’Araouâne, voir la carte no 1.]
[Note 30 : Le mot _adrar_, pluriel _idraren_, signifie « montagne » en
berbère ; ne pas le confondre avec le mot _adrharh_ ou _adghagh_, qui
signifie « pierre », ni avec le mot _adar_, qui veut dire « cuvette ».]
[Note 31 : Ailleurs Hérodote parle de maisons construites en blocs de
sel ; M. Gautier, en signalant que, dans les oasis du Touat, les
murettes des jardins sont souvent faites de blocs de sel, fait remarquer
que ce mode de construction serait incompatible avec un régime pluvieux
(_La conquête du Sahara_, page 227).]
[Note 32 : Livre IV, CLXXXI.]
[Note 33 : Livre IV, CLXXXV.]
[Note 34 : Voir l’article _et-tibr_ (la poudre d’or) dans le
_Dictionnaire Géographique_ de Yakout. Cette singulière méthode
appliquée au transport de l’eau est encore en usage de nos jours : « Il
arrive qu’un chamelier mourant de soif, abatte une bête pour lui prendre
sa provision d’eau. Il y faut, avec quelque cruauté, un réel courage ;
le liquide est verdâtre et nauséabond : mais le fait, souvent cité,
n’est pas légendaire ». (Gautier, _Conquête du Sahara_, page 90).]
CHAPITRE V[35]
=Climatologie=
_Régions climatériques._ — Les régions climatériques du Haut-Sénégal-
Niger correspondent assez exactement aux régions naturelles dont je
viens de donner une description rapide et approximative. Sans parler du
Sahara pour le moment, il est incontestable que le climat de la région
sahélienne diffère assez notablement de celui de la région soudanaise.
D’une façon plus générale, on pourrait dire que le climat du Haut-
Sénégal-Niger diffère à mesure qu’on s’éloigne davantage de l’équateur.
Dans le Sud de la colonie, les pluies sont plus nombreuses et plus
abondantes et la saison des pluies dure plus longtemps ; comme
conséquence de ce régime et du nombre plus grand des cours d’eau, l’air
est en général plus chargé d’humidité, même lorsqu’il n’a pas plu depuis
longtemps. D’autre part la température est plus constante d’un bout de
l’année à l’autre et les écarts du thermomètre dans une même journée
sont moins considérables. Les sautes barométriques sont par contre plus
fréquentes et la moyenne des pressions est un peu plus faible ; les
orages sont plus nombreux et plus violents, de même que les tornades
accompagnées de pluie, tandis que les tornades sèches, ou ouragans de
poussière, sont plus rares et plus bénignes.
Dans la région sahélienne, la saison des pluies est plus courte, les
heures de pluie sont moins nombreuses et la quantité d’eau tombée dans
un temps donné est moindre en moyenne : l’air est donc plus sec, les
glandes sudoripares fonctionnent plus facilement et la chaleur se
supporte plus aisément. Il y a plus d’écarts de température, surtout
durant la saison sèche, pendant laquelle le thermomètre atteint des
maxima et des minima inconnus ou tout au moins exceptionnels dans le
Sud ; d’autre part la moyenne thermométrique est plus élevée durant la
saison des pluies.
Au Sahara, même là où existent des pluies annuelles, la période de pluie
est d’une durée très faible — quelques jours seulement —, et, quelle que
soit la quantité d’eau tombée, on peut dire que la sécheresse de l’air
est extrême durant toute l’année. Les températures estivales sont fort
élevées, mais par contre il existe un hiver appréciable et la pression
barométrique est généralement constante.
_Saisons._ — La division de l’année en périodes climatériques est
partout la même au Soudan et au Sahel, en ce sens que les mêmes périodes
se succèdent dans le même ordre au Nord comme au Sud ; mais les dates
auxquelles commence et finit généralement chaque période ne sont pas
exactement les mêmes.
Ces périodes ou saisons sont au nombre de quatre : la saison froide ou
saison sèche proprement dite, la saison chaude, la saison des pluies ou
« hivernage » et la saison intermédiaire entre les pluies et le froid.
La saison froide dure à peu près trois mois : dans la région soudanaise,
elle commence vers le 1er décembre pour se terminer à la fin de février.
Le nom de « saison froide » appliqué à cette période n’est juste qu’en
partie : c’est en effet l’époque de l’année où le thermomètre descend le
plus bas (8°, 5° et même 2° centigrades au-dessus de zéro, selon les
années et les régions), mais, sans atteindre les maxima de la saison
suivante, il monte durant la saison dite « froide », même dans l’extrême
Sud de la colonie, jusqu’à 30° et 35°. C’est pendant cette période que
souffle l’harmattan, vent du Nord-Est venant du Sahara, qui est par
excellence un vent desséchant, faisant jaunir et tomber les feuilles,
écaillant la peau et gerçant les lèvres. En raison du rayonnement
considérable causé par ce vent durant la nuit, la température est
réellement froide le matin au lever du soleil ; mais elle s’élève
rapidement et il n’est pas rare de constater un écart d’une trentaine de
degrés centigrades entre 5 heures du matin et 2 heures de l’après-midi.
Il serait par suite plus exact d’appeler cette période la « saison des
nuits froides ».
La saison chaude qui la suit mérite complètement son nom : c’est, en
effet, l’époque de l’année où le thermomètre descend le moins bas et où
il monte le plus haut, en sorte que la moyenne de la température est
plus élevée durant cette saison que pendant tout le reste de l’année. Il
est rare que l’on constate moins de 18° lors de cette période à Bamako
et on y lit souvent à la même époque des températures de 40° à 45°. Les
maxima observés à Kayes et à Ségou sont plus considérables encore. En
général cette saison est plus supportable dans l’extrême Sud du Soudan
que dans la région sahélienne, mais elle est désagréable partout. Elle
commence à peu près avec le mois de mars pour finir vers le 15 juin. Au
début, elle se rattache encore à la saison sèche, mais le vent est
presque nul et il ne se produit pour ainsi dire pas de rayonnement
nocturne ; la température ne commence à s’abaisser un peu que vers
minuit pour remonter dès 8 heures du matin et devenir accablante dans
l’après-midi. Parfois, alors que l’atmosphère est la plus étouffante, le
vent se met à souffler brusquement, venant de l’Est avec une extrême
rapidité et une grande violence et des tourbillons de poussière rouge se
précipitent en cyclone : ce sont les tornades sèches. Vers la fin de la
saison chaude, ces tornades sèches sont en général suivies d’un violent
orage et d’une pluie diluvienne mais de peu de durée, après laquelle il
semble faire plus chaud encore qu’auparavant.
La saison des pluies ou « hivernage » commence en général dans la région
soudanaise vers la mi-juin pour durer jusqu’à la fin d’octobre, avec une
petite accalmie dans la seconde quinzaine d’août ; mais au Sahel elle se
précise un peu plus tard et prend fin un peu plus tôt. Elle débute par
des tornades pluvieuses amenées par le vent d’Est comme durant la saison
précédente, mais qui ne sont pas toujours précédées de tornades sèches
et qui se terminent par une pluie ordinaire, à la suite d’une saute de
vent. A partir de juillet, on a des pluies de durée plus longue, par
vent du Sud-Ouest, très souvent accompagnées de violents orages, surtout
du 15 juillet au 15 août. Les pluies de septembre et octobre sont en
général plus espacées, mais souvent plus fortes. C’est la saison durant
laquelle les écarts de température sont le moins prononcés ; la moyenne
thermométrique se tient en général aux environs de 22° ou 23°, avec 15°
comme minimum et 30° comme maximum ; il arrive assez souvent que la
température moyenne est un peu moins élevée au Soudan qu’en France
durant les mois de juillet et août. Malgré cela, cette période est en
général moins appréciée des Européens que la saison des nuits froides,
en raison de l’état d’humidité de l’atmosphère, mais elle est
certainement moins désagréable que la saison chaude de mars-avril-mai.
Les indigènes au contraire redoutent la saison froide, pendant laquelle,
faute de savoir se prémunir contre la fraîcheur des nuits, ils
contractent fréquemment des affections de la gorge ou des poumons ; il
convient aussi de noter que c’est durant la saison sèche que les
maladies contagieuses, la variole principalement, exercent surtout leurs
ravages, par suite de la plus grande facilité de propagation des germes
morbides causée par la siccité de l’atmosphère.
Malgré la virulence des pluies qui tombent de fin juin à fin octobre, le
Haut-Sénégal-Niger, même dans sa partie Sud, est loin d’être un pays à
chaleur humide comme beaucoup de pays tropicaux : les pluies, en effet,
durent rarement plus de quelques heures et il ne pleut pas tous les
jours, même au cœur de l’hivernage. La chute d’eau annuelle oscille
autour de 1 m. 50 à Bamako, 0 m. 75 à Nioro et 0 m. 50 à Niafounké.
La quatrième saison, très courte, dure environ un mois : novembre ;
c’est une sorte de répit entre les dernières pluies et l’époque où
souffle l’harmattan. Elle présente à peu près les mêmes inconvénients
que la saison chaude : à vrai dire, la température est moins élevée,
mais le vent est généralement faible ou absent, l’air encore humide ne
se dessèche que lentement et la pluie ne vient plus rafraîchir
l’atmosphère.
Au point de vue des aspects divers que revêt la nature selon les
saisons, on peut observer entre le Soudan et notre pays une
correspondance relative. Bien qu’on donne vulgairement le nom
d’« hivernage » à la saison des pluies, cette dernière période n’a rien
qui rappelle notre hiver ; au contraire la saison froide, dont la durée
correspond à peu près à notre hiver, présente avec ce dernier de
nombreuses analogies : arrêt de la végétation, chûte des feuilles,
durcissement de la croûte terrestre, etc. Dès les premières tornades de
la saison chaude se manifestent, vers la même époque que chez nous, les
phénomènes qui caractérisent le printemps : les arbres se revêtent de
feuilles nouvelles, l’herbe repousse et possède une belle couleur verte,
les premières fleurs apparaissent. La saison des pluies est, comme notre
été, la période de la maturité des grains et des fruits et celle des
moissons, au moins pour une partie des céréales, tandis que la saison
intermédiaire de novembre, marquant l’épuisement de la nature,
correspond en partie avec notre automne.
_Conditions générales du climat._ — On a cru pendant longtemps que le
climat soudanien devait être plus agréable et plus sain aux altitudes
élevées que dans les régions basses ; il est possible en effet qu’il en
soit ainsi en théorie, mais dans la pratique, si les sommets —
d’ailleurs modestes — du Soudan sont dans de meilleures conditions
d’aération, il s’ensuit d’abord qu’ils sont plus exposés aux tornades,
et il arrive ensuite que ces sommets, toujours dénudés et composés de
rochers, constituent pour la plupart de véritables réservoirs de
chaleur, en sorte que les nuits y sont fréquemment moins fraîches que
dans les plaines environnantes[36]. De plus, lorsque ces sommets sont
formés d’assises de latérite, comme c’est le cas général, l’eau de pluie
séjourne dans les anfractuosités, qui deviennent ainsi d’excellents
milieux de culture pour les larves de moustiques.
Somme toute, le climat du Haut-Sénégal-Niger dans son ensemble est
certainement parmi les plus sains de l’Afrique Occidentale et les plus
faciles à supporter pour des Européens. Assurément le paludisme y règne,
comme dans tous les pays tropicaux, mais il y exerce beaucoup moins de
ravages que dans les colonies côtières du golfe de Guinée ; la fièvre
bilieuse hémoglobinurique, si fréquente dans ces dernières colonies, est
rare au Soudan et à peu près inconnue dans la région sahélienne.
Quant au Sahara soudanais, malgré les inconvénients multiples que
présente la vie en ce pays déshérité, il est, de l’aveu de tous ceux qui
l’ont parcouru ou y ont résidé, la plus saine de toutes les régions du
Haut-Sénégal-Niger pour les Européens.
[Note 35 : Voir la carte 2 à la fin du chapitre VI.]
[Note 36 : Le capitaine Cortier fit au cours de son dernier voyage
l’ascension du mont Tozat, situé au Sahara dans le Tassili des Azguer ;
cette montagne mesure 2.020 mètres d’altitude d’après les calculs du
même officier. Ce dernier, ayant passé une nuit au sommet de la
montagne, constata que le froid y était notablement moins vif que dans
la vallée.]
CHAPITRE VI[37]
=Répartition de la population=
Nous avons vu plus haut que la densité moyenne de la population était
d’environ 2,66 habitants par kilomètre carré pour l’ensemble de la
colonie civile du Haut-Sénégal-Niger. Mais cette densité varie
énormément suivant les régions.
Cela tient à des causes diverses, dont la nature du sol et sa fertilité
relative ne sont que l’un des facteurs. Les bouleversements amenés par
les guerres qui se sont succédé pendant un si long temps avant notre
occupation du pays, les migrations qui en ont été le résultat et les
razzias qui en furent la rançon, ont influé énormément sur la
répartition actuelle de la population indigène. Maintenant que la
sécurité est rétablie partout, il est fort probable que des régions,
fertiles mais dépeuplées ou abandonnées, se repeupleront au détriment
d’autres moins avantageuses et qui n’ont été occupées par leurs
habitants actuels ou leurs ancêtres que parce qu’ils ne pouvaient aller
ailleurs : nous en avons un exemple dans le cercle de Bougouni qui,
presque complètement désert au moment où nous y avons donné la chasse
aux bandes dévastatrices de Samori, occupe actuellement le 13e rang,
parmi les 29 circonscriptions administratives de la colonie, au point de
vue de la densité de la population. Il est fort possible d’autre part
que telle contrée, quoique déshéritée par la nature, devienne un jour
populeuse parce qu’on y aura créé une industrie nouvelle ou qu’une voie
ferrée, en la traversant, en aura modifié profondément les conditions
économiques.
DELAFOSSE Planche IV
[Illustration : FIG. 7. — L’Hôtel du Secrétaire Général, à Koulouba.]
[Illustration : FIG. 8. — Bamako et la vallée du Niger, vue prise de
Koulouba.]
Nous ne pouvons faire à ce sujet aucune prévision présentant quelques
chances de certitude et nous devons nous contenter de constater quelle
est actuellement la répartition de la population.
La région où la densité du peuplement est la plus considérable est —
avec les environs de la ville de San — le Mossi, ou plus exactement le
cercle de Ouagadougou, qui renferme à lui seul le quart de la population
totale de la colonie, bien qu’on n’y compte aucune ville digne de ce nom
et que les agglomérations importantes n’y soient composées en général
que d’un nombre plus ou moins grand de hameaux dispersés au milieu des
cultures. La densité de cette population presque exclusivement agricole
et paysanne peut être évaluée à 16 habitants par kilomètre carré pour
l’ensemble du cercle et s’élève à 35 dans le Mossi propre.
Le reste du pays compris dans l’Ouest et le Sud de la Boucle du Niger
vient immédiatement après, avec le bassin de la Volta au premier rang ;
ici, on rencontre un certain nombre de villes, habitées surtout par des
commerçants et des artisans, au milieu d’une population autochtone
essentiellement agricole et paysanne et dispersée comme celle du Mossi,
avec parfois des solutions de continuité assez considérables. La densité
moyenne y varie de 13 à 7 habitants par kilomètre carré.
Les vallées du haut Niger et du Bâni ne viennent qu’en troisième lieu,
avec une population de cultivateurs moins dispersée que celle du bassin
de la Volta, une population citadine composée de pêcheurs, de
commerçants et d’artisans et une population errante de pasteurs nomades
ou plutôt semi-nomades. Densité moyenne : 8 à 4 habitants par kilomètre
carré, avec une moyenne exceptionnelle de 17 habitants au kilomètre
carré pour la circonscription de San.
Le bassin du Sénégal vient en quatrième ligne, avec de petits villages
de cultivateurs et de chasseurs séparés par de grandes étendues
inhabitées et une population citadine de formation récente à peu près
localisée d’ailleurs à la ville de Kayes. Densité moyenne : 4 à 1,5
habitants par kilomètre carré.
En cinquième lieu viennent se ranger les cercles du Sahel, à l’exception
de ceux qui se trouvent dans la zone des inondations du Niger et que
j’ai compris dans la troisième catégorie et en y ajoutant la partie du
Sahara soudanais située à l’intérieur de la Boucle du Niger ou
limitrophe de la rive nord de ce fleuve. Cette région ainsi définie
renferme des îlots de population agricole relativement dense, disséminés
au milieu de vastes étendues souvent inhabitées ou bien habitées par des
semi-nomades ou même seulement parcourues temporairement par des
nomades. Densité moyenne : 3,5 à 1 habitants par kilomètre carré.
Au Nord de cette cinquième région, la population sédentaire fait presque
complètement défaut et la densité du peuplement devient infime : 0,16
habitant par kilomètre carré.
Les villes les plus peuplées de la colonie sont : _Bobo-Dioulasso_ 7.788
habitants, _Bamako_ 6.539 habitants, _Ségou_ 6.255 habitants, _Kayes_
5.932 habitants, _Tombouctou_ 5.797 habitants, et _Dienné_ 4.527
habitants, banlieues non comprises.
La population européenne, concentrée principalement à Kayes, Bamako-
Koulouba, Kati, Koulikoro, Mopti, Sikasso et Tombouctou, se compose d’un
millier de personnes environ.
Quant à la population indigène, qui est de 4.800.000 habitants, elle se
répartit ainsi entre les 29 circonscriptions administratives de la
colonie, la zone saharienne qui constitue l’aire d’extension et de
surveillance des cercles du Nord ayant été comptée à part et formant une
trentième circonscription de peuplement[38] :
1o Cercle de Ouagadougou 1.457.326 habitants.
2o — Bobo-Dioulasso 282.935 —
3o — Koury 280.558 —
4o — Ouahigouya 249.452 —
5o — Bamako 191.936 —
6o — Fada-n-Gourma 189.846 —
7o — Sikasso 185.502 —
8o — Gaoua 175.350 —
9o — Koutiala 162.357 —
10o — Bougouni 157.435 —
11o — Ségou 155.406 —
12o — Bandiagara 150.000 —
13o — Niafounké 115.941 —
14o — Nioro 113.236 —
15o Circonscription de San 110.670 —
16o Cercle de Dori 110.000 —
17o et 18o Cercles réunis de
Tombouctou-sédentaires et
Tombouctou-nomades 93.894 —
19o Cercle de Dienné 82.857 —
20o — Kayes 69.633 —
21o — Goumbou 66.515 —
22o — Mopti 60.000 —
23o — Bafoulabé 59.570 —
24o — Kita 58.493 —
25o — Satadougou 38.835 —
26o — Sokolo 36.306 —
27o — Hombori 25.000 —
28o — Say 25.000 —
29o Résidence de Kiffa 20.000 —
30o Zone saharienne 84.000 —
Si maintenant nous rangeons les mêmes circonscriptions d’après la
densité moyenne respective de leur population, nous obtenons l’ordre
suivant :
1o Circonscription de San 17 habitants par kilom. carré.
2o Cercle de Ouagadougou 16 — —
3o — Gaoua 14 — —
4o — Ouahigouya 13 — —
5o — Sikasso 10 — —
6o — Koury 8 — —
7o — Niafounké 8 — —
8o — Dienné 7 1/2 — —
9o — Koutiala 7 1/2 — —
10o — Mopti 7 — —
11o — Bobo-Dioulasso 7 — —
12o — Bamako 5 1/2 — —
13o — Bougouni 4 1/2 — —
14o — Fada-n-Gourma 4 1/2 — —
15o — Ségou 4 — —
16o — Satadougou 4 — —
17o — Bandiagara 3 1/2 — —
18o — Kayes 3 1/2 — —
19o — Bafoulabé 2 1/2 — —
20o — Goumbou 2 1/2 — —
21o — Nioro 2 1/2 — —
22o — Kita 1 1/2 — —
23o — Dori 1 1/2 — —
24o et 25o Cercles réunis de
Tombouctou-sédentaires et
Tombouctou-nomades 1 1/2 — —
26o Cercle de Say 1 1/2 — —
27o — Sokolo 1 — —
28o — Hombori 1 — —
29o Résidence de Kiffa 1 — —
30o Zone saharienne 0,16 — —
[Illustration : Carte 2. — Régions naturelles, climatologie et
répartition de la population.]
[Note 37 : Voir la carte 2 à la fin du présent chapitre.]
[Note 38 : Les chiffres mis à ma disposition sont ceux du recensement de
1909. Comme ils étaient naturellement antérieurs aux arrêtés du 22 juin
1910 qui ont créé les nouveaux cercles de Mopti, de Hombori (Gourma) et
de Say et agrandi le cercle de Dori, au moyen de régions enlevées au
cercle de Bandiagara et aux anciens cercles militaires de Gao, de
Tillabéry et du Djerma, je ne possède que des renseignements
approximatifs en ce qui concerne les cercles actuels de Mopti, de
Hombori, de Bandiagara et de Say. Il en est de même, pour d’autres
raisons, en ce qui regarde la résidence de Kiffa et la zone d’influence
saharienne. — Le total de la population indigène de la colonie varie de
4.809.053 à 4.799.703 habitants selon les divers documents officiels mis
à ma disposition : l’écart entre ces deux extrêmes est négligeable et
doit tenir à une erreur de calcul.]
CHAPITRE VII
=Géographie administrative=
J’ai déjà eu plusieurs fois l’occasion de citer les noms et la situation
des 29 circonscriptions administratives actuelles de la colonie civile
du Haut-Sénégal-Niger. Je les donne ci-après de nouveau, avec
l’indication des postes ou résidences secondaires dépendant de chacune
de celles qui en possèdent.
Je note pour mémoire que, pour plus de commodité, on a donné à chaque
cercle le nom de son chef-lieu ; cependant le cercle de Niafounké est
appelé souvent cercle de l’_Issa-Ber_, celui de Gaoua cercle du _Lobi_,
celui de Ouagadougou cercle du _Mossi_, celui de Ouahigouya cercle du
_Yatenga_, celui de Hombori cercle du _Gourma_, nom qui est donné
parfois également au cercle de Fada-n-Gourma.
La liste qui suit est conçue dans l’ordre géographique, en commençant
par le Nord-Ouest (frontière de Mauritanie) pour aller de l’Ouest à
l’Est, revenir ensuite de l’Est à l’Ouest, retourner de l’Ouest à l’Est
et revenir une dernière fois de l’Est à l’Ouest.
La mention PT indique un bureau de poste et une station télégraphique,
la mention F une station de chemin de fer, la mention J une Justice de
paix à compétence étendue.
1o Résidence de _Kiffa_ : sans poste secondaire.
2o Cercle de _Nioro_ (PT) : poste à _Yélimané_.
3o — _Goumbou_ (PT) : sans poste secondaire.
4o — _Sokolo_ (PT) : sans poste secondaire.
5o — _Niafounké_ (PT) : poste à _Saraféré_.
6o — _Tombouctou-sédentaires_ (PT-J) : postes à
_Goundam_ (PT) et _Bamba_ (PT).
7o — _Tombouctou-nomades_ : postes à _Ras-el-Ma_ et
_Bou-Djebiha_.
8o — _Hombori_ : sans poste secondaire.
9o — _Dori_ (PT) : poste à _Djibo_ (PT).
10o — _Bandiagara_ (PT) : postes à _Douentza_ et _Sangha_.
11o — _Mopti_ (PT-J) : poste à _Sofara_ (PT).
12o — _Dienné_ (PT) : sans poste secondaire.
13o — _Ségou_ (PT) : poste à _Sansanding_.
14o — _Bamako_ (PT-F-J) : postes à _Kati_ (PT-F),
_Koulikoro_ (PT-F) et _Banamba_. (Le cercle de
Bamako renferme en outre _Koulouba_ (PT), le
chef-lieu de la colonie, sur la hauteur qui domine
au Nord-Ouest la ville de Bamako).
15o — _Kita_ (PT-F) : sans poste secondaire.
16o — _Bafoulabé_ (PT-F) : sans poste secondaire.
17o — _Kayes_ (PT-F-J) : poste à _Médine_ (PT-F).
18o — _Satadougou_ : sans poste secondaire.
19o — _Bougouni_ (PT) : sans poste secondaire.
20o — _Sikasso_ (PT) : sans poste secondaire.
21o — _Koutiala_ : sans poste secondaire.
22o Circonscription de _San_ (PT) : sans poste secondaire.
23o Cercle de _Koury_ (PT) : poste à _Boromo_.
24o — _Ouahigouya_ : sans poste secondaire.
25o — _Ouagadougou_ (PT) : postes à _Léo_ et _Tenkodogo_.
26o — _Fada-n-Gourma_ (PT) : poste à _Diapaga_ (PT).
27o — _Say_ (PT) : sans poste secondaire.
28o — _Gaoua_ (PT) : poste à _Diébougou_ (PT).
29o — _Bobo-Dioulasso_ (PT) : poste à _Banfora_.
[Illustration : Carte 3. — Circonscriptions administratives.]
DEUXIÈME PARTIE
_Les peuples_
CHAPITRE PREMIER[39]
=Classification et répartition géographique actuelle des divers
groupements ethniques=
=Difficultés d’une bonne classification.= — Une classification précise
et exacte des divers groupements ethniques existant à l’heure actuelle
dans le Haut-Sénégal-Niger est chose fort difficile. Bien des bases
peuvent servir de point de départ à une classification des peuples, mais
aucune méthode n’est exempte d’inconvénients sérieux.
La méthode anthropologique, reposant sur l’étude comparative des
caractères physiques des individus et sur les mensurations des vivants
ou des squelettes, est malaisément applicable dans les pays qui nous
occupent ; en admettant qu’on puisse un jour réunir un nombre suffisant
d’observations et de mensurations pour avoir des moyennes satisfaisantes
— et ce jour n’est pas venu encore —, la classification ainsi obtenue
serait purement artificielle, chacun des groupements étant composé
d’éléments fort divers quant à leur origine, en raison des migrations,
des conquêtes, des unions entre individus de peuples divers, du grand
nombre d’esclaves importés de pays lointains, etc. Si les résultats de
la méthode anthropologique présentent quelque intérêt en ce qui concerne
les populations des campagnes, chez lesquelles les mélanges sont moins
considérables, ils semblent à peu près nuls au point de vue pratique en
ce qui regarde la population des villes.
La méthode généalogique, s’appuyant sur les origines et l’ascendance des
familles actuelles, est d’une réalisation à peu près impossible : les
mélanges de sang dûs aux causes mentionnées plus haut rendraient vains
les résultats des recherches les plus scrupuleuses et, d’autre part, il
y aurait lieu de tenir compte de deux coefficients d’erreur bien
difficiles à déterminer exactement, à savoir l’ignorance de la plupart
des indigènes en ce qui concerne les générations qui ont précédé
l’époque actuelle et la tendance de tous les musulmans à s’attribuer une
origine chérifienne ou tout au moins arabe, tendance qui a été signalée
de tout temps chez les Berbères et que l’on retrouve même chez les
peuples les plus franchement nègres, tels que les Mandingues. Ajoutons à
cela qu’un individu interrogé sur les origines de son peuple ou de sa
tribu répond presque toujours en donnant ce qu’il croit ou veut faire
croire être sa propre généalogie à lui, l’ascendance de sa petite
famille, et non pas celle du groupe ethnique auquel appartient cette
famille.
La méthode ethnographique, basée sur les analogies et les différences
des civilisations matérielles et sociales, est assurément bien meilleure
et bien plus féconde que les deux précédentes, mais elle ne suffit pas à
elle seule à donner des résultats entièrement satisfaisants : l’analogie
de deux civilisations peut en effet provenir d’une communauté d’origine
entre les deux peuples considérés, mais elle peut provenir aussi, soit
de ce que ces deux peuples ont été influencés par un milieu identique,
soit de ce que l’un d’eux, soumis au joug de l’autre ou au contraire
l’ayant conquis et s’étant laissé ensuite assimiler par lui, a adopté
les mœurs de cet autre peuple et les a substituées aux siennes propres.
On a signalé bien souvent déjà les erreurs où l’on est destiné à tomber
lorsqu’on prend comme base de classification soit les tatouages par
scarifications soit les _diamou_ ou noms de clan : telle tribu vivant au
contact d’une autre adopte le tatouage ethnique de cette autre ; les
esclaves prennent le _diamou_ de leur maître et les indigènes auxquels
nous nous adressons dans une langue qui n’est pas la leur traduisent
leurs _diamou_ dans cette langue étrangère ; par exemple, nombre de
Dioula portent les scarifications de leurs voisins sénoufo, et un
Sénoufo _Soroo_, interrogé par l’intermédiaire d’un interprète mandé,
dira que son nom de clan est _Kouloubali_, etc.
La méthode linguistique enfin, qui ne tient compte que du degré ou de
l’absence de parenté des langues parlées par les divers groupements, a
un avantage incontestable : celui d’être basée sur des données
actuellement exactes, faciles à contrôler et ne laissant, une fois
établies, place à aucune discussion. Bien que l’inventaire linguistique
du Haut-Sénégal-Niger soit loin d’être achevé et qu’on ne l’ait pas fait
en général d’une façon vraiment scientifique ni suffisamment précise, la
classification des peuples de cette colonie d’après leurs idiomes est
certainement celle qui offre le plus de garanties et qui est la plus
pratiquement utilisable. Toutefois elle ne peut donner, au point de vue
ethnique, toute la satisfaction désirable : bien des peuples en effet,
pour des raisons diverses (conquête, contact géographique, etc.), ont
adopté la langue d’autres peuples dont l’origine est fort différente de
la leur, sans d’ailleurs adopter leurs mœurs ni leur caractère, tandis
que, par contre et pour des raisons inverses, deux fractions d’un même
peuple peuvent parler deux idiomes complètement distincts. Les exemples
de ce double phénomène sont nombreux en Afrique Occidentale : je me
contenterai pour l’instant de citer, d’une part celui des Peuls parlant
la même langue que les Toucouleurs, et, d’autre part, celui des Soninké
ou Marka de la Boucle du Niger parlant en général, non pas la langue de
leurs congénères du Sénégal, mais celle des Dioula, et celui des Soninké
de Dienné parlant la langue des Songaï.
=Méthode de classification adoptée.= — Je n’ai aucunement la prétention
d’opposer un système nouveau aux méthodes scientifiques de
classification dont je viens d’exposer les difficultés et les
inconvénients ; j’ai tâché simplement de faire appel au concours
simultané de ces diverses méthodes et de classer les groupements
ethniques du Haut-Sénégal-Niger, tels qu’ils se présentent actuellement
à notre observation, en tenant compte à la fois des données
anthropologiques manifestement certaines, des traditions les plus
probables relatives à l’origine des différents groupements, des
analogies constatées dans les civilisations matérielles, l’état social
et le caractère intellectuel et moral, et enfin, dans une mesure
raisonnée, des affinités linguistiques.
Cette méthode n’a peut-être pas une base scientifique bien profonde,
mais peut-être a-t-elle le mérite d’amener à un résultat s’approchant le
plus possible de la réalité pratique, étant donné l’état de nos
connaissances actuelles. J’ai d’ailleurs parfaitement conscience des
lacunes et des défauts de cette classification, que je ne considère que
comme provisoire et qui devra être sérieusement remaniée, surtout en ce
qui concerne les populations de la Boucle, lorsque nous serons en
possession d’une documentation plus précise et plus abondante.
Je dois définir tout d’abord la valeur et la portée des termes que
j’emploie pour désigner chacune des catégories et des unités envisagées.
Je réserve le nom de _race_ aux grandes divisions de l’espèce humaine,
telles qu’on les entend communément, c’est-à-dire qu’en l’espèce il ne
s’agira que de deux races : la race blanche et la race noire. Ce terme,
appliqué à des catégories plus restreintes, me paraît inadéquat à la
signification qu’on voudrait lui donner et il me semble tout à fait
impropre de parler de « race peule », de « race mandé », de « race
mossi », etc.
J’appellerai _famille_ un ensemble de peuples procédant, d’une façon
générale, de la même origine, présentant les mêmes grands caractères
anthropologiques et ethnographiques et parlant tous, sauf exceptions,
des langues qui se rattachent à la même famille linguistique.
Une famille ainsi comprise peut se subdiviser en plusieurs fractions
auxquelles je donne le nom de _groupes_ et dont chacune est caractérisée
par une modalité spéciale de l’ensemble des caractères communs à tous
les groupes de la famille.
La division venant immédiatement après le groupe est le _peuple_ :
j’appellerai « peuple » un groupement ethnique caractérisé par des
origines et une histoire communes et parlant — le plus généralement — un
idiome commun qui se différencie suffisamment des idiomes voisins pour
mériter le nom de « langue ». Il peut arriver qu’un peuple constitue à
lui seul un groupe ou tout au moins qu’un groupe donné ne soit
représenté dans la région qui nous occupe que par un peuple unique. De
même une famille peut ne renfermer qu’un seul groupe.
DELAFOSSE Planche V
[Illustration : _Cliché Froment_
FIG. 9. — Sur les bords du Sénégal.]
[Illustration : _Cliché Froment_
FIG. 10. — La Volta Noire, à Koury.]
Chaque peuple à son tour se subdivise le plus souvent en _tribus_, dont
chacune présente des caractères secondaires spéciaux et parle en général
un « dialecte » spécial de la langue commune à tout le peuple, ou bien
s’est simplement différenciée par suite de l’écart de sa position
géographique.
Enfin une tribu peut comprendre plusieurs _sous-tribus_, sans parler des
subdivisions sociales telles que les castes, les classes, les clans,
dont il ne convient pas de tenir compte dans une classification purement
ethnique mais qu’il y a lieu cependant de mentionner lorsqu’elles nous
sont connues.
Le système adopté ici ayant été ainsi exposé, je puis maintenant passer
à la nomenclature des divers groupements ethniques, nomenclature qui —
on s’en apercevra — ne correspond pas absolument au tableau de
classement des langues qui sera donné plus loin dans la troisième partie
de cet ouvrage.
=Nomenclature des familles, groupes et peuples du Haut-Sénégal-Niger.= —
Les peuples habitant actuellement les territoires d’administration
civile du Haut-Sénégal-Niger sont au nombre de quarante, sans tenir
compte des quelques colonies d’étrangers établies parmi eux (Ouolofs et
Haoussa principalement). Ils appartiennent à deux races (race blanche et
race noire) et se répartissent en _sept familles_, dont deux de race
blanche plus ou moins mélangée (la famille _sémitique_ et la famille
_hamitique_ ou chamitique) et cinq de race noire (les familles
_tekrourienne_ ou toucouleure, _songaï_, _mandé_, _sénoufo_ et
_voltaïque_).
Quatre peuples seulement, sur les quarante précités, sont à ranger dans
les deux familles de _race blanche_, sous cette réserve d’ailleurs que
chacun d’eux renferme en son sein des éléments plus ou moins nombreux
appartenant à la race noire. Ces peuples sont :
1o Les _Maures de l’Azaouad_, de famille sémitique (groupe arabe) à peu
près pure[40], comprenant deux tribus, les _Bérabich_ et les _Kounta_ ;
2o Les _Maures du Hodh_, appartenant aux deux familles sémitique (groupe
arabe) et hamitique (groupe berbère) tantôt mélangées et tantôt
simplement juxtaposées, et comprenant, en ce qui concerne le Haut-
Sénégal-Niger, sept tribus principales ; les _Regueïbât_, les _Idao-
Aïch_ (vulgairement Douaïch), les _Ahl-Tichit_, les _Oulad-Mbarek_ (ou
Gassouch), les _Oulad Nasser_ (ou Mozara ou Asrach), les _Mejdouf_ et
les _Oulad-Delim_, plus des _Chorfa_ ;
3o Les _Touareg_, de famille hamitique (groupe berbère), se partageant
en trois grandes tribus (en ce qui concerne les territoires civils du
Haut-Sénégal-Niger), celle des _Iguellad_, celle des _Kel-Tadmekket_ et
celle des _Oulmidden_ ou Ioulmidden (sing. Aoulmid) : la première de ces
tribus se rattache à la même origine que les Zenaga du Hodh et de la
Mauritanie (Goddala et Lemtouna) ; la seconde et la troisième se
rattachent à une origine commune (Lemta) ;
4o Les _Foulbé_ ou _Peuls_ proprement dits, appartenant probablement au
groupe judéo-syrien de la famille sémitique, avec un mélange très
prononcé d’éléments hamitiques (berbères) et d’éléments nègres divers,
et comprenant, en ce qui concerne le Haut-Sénégal-Niger, quatre
fractions principales qui sont des subdivisions géographiques plutôt que
des tribus proprement dites : les Peuls du Sahel, les Peuls du Massina
(Massinankobé ou Massinanké), les Peuls du Gourma et les Peuls de la
Volta.
Les trente-six autres peuples se répartissent comme il suit entre les
cinq familles de _race noire_ :
=I. — Famille tekrourienne= : un seul peuple, celui des _Toucouleurs_ ou
Foutanké.
=II. — Famille songaï= : un seul peuple, celui des _Songaï_, comprenant
deux fractions géographiques plutôt que deux tribus, les Songaï du Nord-
Ouest et les Songaï du Sud-Est ou _Djerma_, qui comprennent les
_Dendi_ ; parmi les Songaï se trouve la caste des _Sorko_ ou _Kourteï_.
=III. — Famille mandé= (trois groupes).
1o _Groupe du Nord_ : trois peuples, les _Bozo_, les _Soninké_ (ou
Sarakolé ou Marka, comprenant la caste ou le clan des Diawara) et les
_Dioula_[41] ;
2o _Groupe du Centre_ : cinq peuples, les _Kâgoro_, les _Banmana_ (ou
Bambara, comprenant la caste des Somono), les _Khassonkè_, les _Malinké_
(ou Mandingues) et les _Foulanké_ ;
3o _Groupe du Sud_ : quatre peuples (en ce qui concerne le Haut-Sénégal-
Niger), les _Diallonké_, les _Samo_, les _Samorho_ et les _Sia_ (ou
Bobo-Dioula), plus quatre petites tribus de classification douteuse (les
_Blé_, les _Natioro_, les _Ouara_ et les _Sembla_)[42].
=IV. — Famille sènoufo= : un seul peuple, celui des _Sénoufo_,
comprenant dans le Haut-Sénégal-Niger dix tribus, les _Bamâna_ (ou
Minianka), les _Siénérhè_, les _Tagba_ (ou Tagoua), les _Mbouin_ (ou
Gouin), les _Karaboro_[43], les _Komono_, les _Nanergué_, les _Folo_ (ou
Foro ou Pomporon), les _Tourka_ et les _Sémou_.
=V. — Famille voltaïque= (sept groupes).
1o _Groupe tombo_ : trois peuples, les _Tombo_ (ou Habé), les _Dogom_ et
les _Déforo_ ;
2o _Groupe mossi_ : six peuples (en ce qui concerne le Haut-Sénégal-
Niger), les _Mossi_, les _Yansi_, les _Nankana_, les _Gourmantché_ (ou
Bimba), les _Dagari_ et les _Birifo_ (ou Bérifon) ;
3o _Groupe gourounsi_ : quatre peuples (en ce qui concerne le Haut-
Sénégal-Niger), les _Nioniossé_ (ou Lilsé), les _Nounouma_[44], les
_Sissala_ et les _Boussansé_ ;
4o _Groupe bobo_ : un seul peuple, celui des _Bobo_, comprenant quatre
tribus, les _Kian_ (ou Bobo-Gbê), les _Tara_ (ou Bobo-Oulé), les _Boua_
(ou Bobo-Fing) et les _Niénigué_ ;
5o _Groupe lobi_ : quatre peuples, les _Lobi_, les _Pougouli_ (ou
Bougouri), les _Dian_ (ou Dian-né) et les _Gan_ (ou Gan-né) ;
6o _Groupe koulango_ : un seul peuple, celui des _Koulango_ (ou
Pakhalla), représenté au Haut-Sénégal-Niger par la tribu des _Lorho_ ;
7o _Groupe Bariba_ : deux peuples (en ce qui concerne le Haut-Sénégal-
Niger), les _Bariba_ et les _Soumba_ (tribu des _Takamba_).
A cette nomenclature, il convient d’ajouter une tribu du cercle de Gaoua
et quatre tribus du cercle de Bobo-Dioulasso que l’état actuel de nos
connaissances ne permet pas de rattacher de façon définitive à l’une des
familles énumérées ci-dessus, mais qui appartiennent très probablement
soit à la famille voltaïque soit à la famille sénoufo. Ces cinq tribus
sont celles des _Padorho_, des _Dorhossié_, des _Tiéfo_, des _Toussia_
et des _Vigué_.
Enfin, comme je le disais plus haut, on rencontre dans quelques gros
centres des colonies d’étrangers venus surtout du Sénégal (_Ouolofs_) ou
de la Nigeria (_Haoussa_) et qui ne rentrent dans aucune des sept
familles précitées, à moins que l’on veuille rattacher les Ouolofs à la
famille tekrourienne, ce qui ne pourrait se faire qu’avec quelque
témérité.
=Différentes appellations données aux peuples du Haut-Sénégal-Niger.= —
Les familles et groupes ethniques de l’Afrique Occidentale ne se
connaissent pas de noms génériques et souvent les divers peuples qui
composent chaque famille ne se doutent même pas des liens de parenté qui
les unissent. La plupart des peuples se désignent eux-mêmes chacun par
un nom spécial ; il arrive cependant que certains peuples (les Sénoufo
par exemple) ne font pas usage d’un terme correspondant à l’ensemble du
peuple et que, seules, les tribus se désignent chacune par un terme
distinct. D’autre part il n’est pas rare qu’un peuple étranger use d’un
terme spécial pour désigner toute une famille ou tout un groupe qui, en
ce qui le concerne, ne possède pas dans sa langue le mot correspondant.
Enfin les divers groupements ethniques nous sont connus sous des
appellations très différentes selon que nous avons été mis en relation
avec eux par tel ou tel autre groupement. Aussi il m’a paru nécessaire
d’indiquer et au besoin d’expliquer les appellations diverses qui sont
données à chacun des groupements.
Les termes de _sémitique_ et _hamitique_, empruntés à la terminologie
biblique des enfants de Noé, sont suffisamment connus, ainsi que les
expressions de « groupe arabe » et de « groupe berbère » — ou libyco-
berbère —, pour que je n’aie pas à m’étendre à leur sujet.
Le nom de _Maures_, que nous donnons aux populations arabes et arabo-
berbères de l’Azaouad et du Hodh, a été emprunté par nous aux Latins,
qui le tenaient eux-mêmes des Grecs, lesquels l’avaient formé du mot
punique _Mahourim_ (ou Maouharîn) qui signifie « les Occidentaux » et
est l’équivalent exact de l’arabe _Maghrebiyyîn_, en sorte que
« Mauritanie » est tout simplement synonyme de « Maghreb ». Les Maures
se désignent entre eux par les noms de leurs différentes tribus ;
cependant les Maures du Hodh qui revendiquent une origine arabe se
donnent à eux-mêmes l’appellation générique de _Beni-Hassân_ ou
simplement _Hassân_ (au singulier _Hassâni_), tandis qu’ils désignent
ceux d’entre eux dont l’origine berbère est incontestable par le terme
de _Zenaga_ (sing. _Zenagui_, en berbère _Iznaguen_ sing. _Aznag_, en
peul _Sénagabé_ sing. _Tiénagadio_) ; il convient d’ajouter que le mot
Zenaga, dans la bouche d’un Hassâni, renferme une signification quelque
peu méprisante et est presque devenu synonyme de « tributaires », bien
qu’étant le nom de l’une des plus glorieuses fractions de l’ancienne
nation berbère, de celle qui donna naissance à plusieurs empires fameux
et notamment à celui des Almoravides. Les _Berabich_ (sing. _Berbouchi_)
et les _Kounta_ ou _Kenata_ (sing. _Kounti_) ne se connaissent pas
d’autre appellation générique que celle de chacune de ces deux tribus.
Les Maures, dans leur ensemble, sont appelés par les Peuls et les
Toucouleurs _Safalbé_ (sing. _Tiapado_ ou _Tiapato_), par les Songaï
_Sourkou_ ou _Sourgou_ et par les Mandé _Soura-ka_, _Soula-ka_, _Soulaa-
ka_, _Soularha-ka_ ou _Soularha_. Les Maures ont auprès d’eux des serfs
nègres qu’ils appellent _Harrâtîn_ (sing. _Hartâni_) et que les Ouolofs
désignent par l’expression de _Pourogne_.
Les _Touareg_ doivent ce nom, par lequel nous les désignons d’ordinaire,
à l’appellation que leur donnent les Arabes : _Taouâreg_ (sing.
_Targui_) ; les Arabes, grands amateurs d’étymologies compliquées et
tirées toujours de leur propre langue, ont attribué à ce mot la
signification de « renégats » (du verbe arabe _taraka_ « abandonner »),
sous prétexte que les Touareg auraient renié douze fois la religion
musulmane avant de l’embrasser définitivement ; certains auteurs
européens ont voulu traduire Touareg par « voleurs de grand chemin » ou
plus simplement « chemineaux » (du mot arabe _tharîq_ « chemin »),
étymologie qui d’ailleurs ne concorderait pas avec l’orthographe usitée
par les Arabes pour écrire le nom des Touareg : mais il est beaucoup
plus vraisemblable de supposer que _Targui_ (dont on a fait le pluriel
_Taouâreg_) est tout uniment la forme du singulier de l’ethnique
_Targa_, nom donné autrefois à l’une des tribus du Sahara, peut-être
celle des Hoggar ou celle des Oulmidden, et ensuite, par extension, à
tous les représentants du même peuple[45]. Les Touareg ne se désignent
eux-mêmes que par les noms de leurs diverses tribus ou sous-tribus,
mais, dans chaque tribu, ils se distinguent en deux classes, celles des
_Imocharhen_ (sing. _Amocharh_) ou « nobles » et celle des _Imraden_
(sing. _Amrad_) ou « vassaux ». Les Songaï nomment les Touareg _Sourkou_
ou _Sourgou_, comme les Maures, désignant plus spécialement les
Imocharhen par le terme de _Bourdâm_ ou _Berdâm_[46] et les Imraden par
celui de _Daga_. — Les Touareg ont auprès d’eux des serfs nègres
désignés généralement sous le nom de _Bella_ et qui correspondent aux
Harrâtîn des Maures.
Les _Peuls_ se dénomment eux-mêmes _Foulbé_ (sing. _Poullo_), mot qui,
dans leur langue, signifierait « les dispersés, les éparpillés »,
d’après M. le commandant Gaden. C’est le radical de ce mot, prononcé
_Peul_ par les Ouolofs, que nous avons adopté le plus généralement en
France pour désigner ce peuple. Il est appelé _Foullânia_ ou
_Foullâniyîn_ (sing. _Foullâni_) par les Maures, _Ifoulân_ ou _Ifellân_
(sing. _Afouli_) par les Touareg, _Foulani_ ou _Foulaoua_ (sing.
_Bafilatché_) par les Haoussa, _Fellata_ ou _Filata_ par les Kanouri du
Mounio et du Bornou, et enfin par les Mandé _Foula_ ou _Fila_ ou encore
_Foulanka_, bien que ce dernier terme s’applique plus spécialement aux
Mandé d’origine peule parlant le malinké et que nous appelons
communément Foulanké. Les Mossi désignent les Peuls par le nom de
_Silmissé_ (sing. _Silmiga_). Parmi les Peuls existent des castes
spéciales, notamment celles des _Diawambé_ (sing. _Diawando_) et des
_Laobé_ (sing. _Labbo_), auxquelles les Peuls propres n’étendent pas
l’appellation générique de « Foulbé ». De plus, ils ont auprès d’eux,
comme les Maures et les Touareg, des serfs nègres qu’ils appellent
_Rimaïbë_ (sing. _Dimadio_) : ce mot signifie à peu près « ceux qui vont
devenir libres », par allusion à la coutume d’après laquelle les
descendants d’esclaves, qui à l’origine ont constitué les Rimaïbé,
devenaient libres au bout de quelques générations ; ces Rimaïbé sont
appelés _Komongallou_ par les Soninké.
Les _Toucouleurs_ se désignent entre eux par le terme de _Halpoularen_
(sing. _Halpoular_), « ceux qui parlent le _poular_ »[47], ou par celui
de _Foutankobé_ ou _Foutanké_ (sing. _Foutanko_ ou _Foutankédio_),
c’est-à-dire « ceux du Fouta », ou encore par les noms de leurs
différentes tribus ou fractions. Les Maures les appellent _Tekarir_
(sing. _Tekrouri_) et les Zenaga parlant berbère _Itkariren_ (sing.
_Etkarir_), tous mots dérivant du nom de l’ancienne ville ou de l’ancien
pays de _Tekrour_, pays qui correspondait à peu près au Fouta sénégalais
actuel et où se constitua le peuple _toucouleur_. Cette dernière
appellation, que les Français ont adoptée, vient tout simplement de la
façon dont les Ouolofs prononcent le nom du Tekrour et de ses
habitants : _Tokoror_, _Tokorogne_ ou _Tokolor_. Les Mandé donnent aux
Toucouleurs l’appellation de _Foutanka_ (gens du Fouta).
Les _Songaï_ se dénomment eux-mêmes _Songaï_, _Sonrhaï_ ou _Songoï_. Ils
se divisent en plusieurs classes dont la plus noble, celle des _Arma_
(appelés aussi _Darbout_ et _Haïdara_), prétend descendre des soldats
marocains (Berbères, Arabes et surtout renégats andalous) qui, de 1590 à
1650 environ, participèrent à la conquête de la ville de Tombouctou et
de l’empire de Gao ; ces Arma font venir leur nom du mot arabe _râmi_
« lanceur de projectiles » et expliquent cette étymologie en disant que
leurs ancêtres marocains auraient été les premiers à se servir de fusils
dans la région du Niger[48]. Les Arma donnent à la classe inférieure,
ouvrière et surtout agricole, qui constitue du reste l’immense majorité
du peuple songaï, le nom de _Gabibi_ qui signifie « corps noir », c’est-
à-dire « nègres », voulant marquer par là que les gens de cette classe
ne peuvent prétendre à une ascendance blanche. Une partie de la
population songaï, composée principalement de pêcheurs et de bateliers,
est désignée sous les termes spéciaux de _Sorko_ et de _Kourteï_. Les
Touareg appellent les Songaï _Ihattân_ (sing. _Ahatti_) et les Peuls
_Diermabé_ (sing. _Diermadio_) ; c’est ce dernier mot que nous
appliquons principalement, sous la forme _Djerma_, aux Songaï de la
région de Dosso et Niamey, sur la rive gauche du Niger, région qu’on
appelle également _Saberma_ ou _Zaberma_, tandis qu’on appelle _Dendi_
la région correspondante sur la rive droite du fleuve et les Songaï qui
l’habitent.
Le nom de _Mandé_ que nous donnons, faute d’appellation indigène, à
l’ensemble de la famille ethnique comprenant, entre autres peuples, les
Soninké, les Malinké et les Diallonké, n’est pas autre chose que le nom
de la mère-patrie de l’un de ces peuples, celui des Malinké ou
Mandingues, et de ce peuple lui-même. A proprement parler, ce nom de
Mandé ne convient pas plus aux Soninké, aux Diallonké et même aux Dioula
et Banmana, que le nom d’Anglais ne convient aux Ecossais et aux
Irlandais ; mais, puisqu’il faut bien donner un nom à chaque famille
ethnique, il n’y a en somme aucun inconvénient à se conformer à un usage
aujourd’hui admis.
Le pays d’origine des Malinké a en effet porté de tout temps le nom
qu’il porte encore actuellement : _Mandé_ ou _Mandeng_, _Mandi_ ou
_Manding_, selon que les prononciations dialectales ferment moins ou
plus la voyelle finale et selon qu’elles en éludent ou en exagèrent la
nasalisation. Ce nom est prononcé souvent _Mané_ ou _Mani_ par les gens
du Ouassoulou, _Malé_ ou _Mali_ par les Soninké, _Mallé_ ou _Malli_,
_Mellé_ ou _Melli_ par les Peuls : cette dernière prononciation a été
adoptée par plusieurs auteurs arabes et par des auteurs européens qui
les ont mis à contribution, tandis que d’autres adoptaient l’orthographe
Mali ou l’orthographe Mandé ou Manding ; mais toutes ces formes ne sont
que des variantes d’un même mot, variantes parfaitement conformes aux
lois de la phonétique soudanaise. On a voulu trouver à ce mot une
étymologie totémique et on a traduit _Mali_ par « hippopotame » et
_Mandé_ par « petit lamentin » : ces deux étymologies sont rejetées par
les indigènes du pays, c’est-à-dire les Malinké, qui déclarent que
_Mandé_ ou _Mali_ est simplement le nom de leur patrie et qu’ils n’en
connaissent pas la signification[49] et qui, au surplus, n’ont aucun
totem de peuple, pas plus le lamentin que l’hippopotame : un de leurs
clans seulement a pour _tana_ ou « tabou » l’hippopotame et il n’en
porte pas le nom (clan des Keïta).
_Soninké_ est l’appellation par laquelle le peuple des Soninké se
désigne lui-même. On a prétendu que ce mot voulait dire « les gens ou
les partisans du _Sonni_ » et avait été appliqué à ceux qui, lors de la
conquête de l’empire de Gao par Ali Kolon, fondateur de la dynastie des
Sonni (en 1331), auraient embrassé le parti de ce dernier ; cette
étymologie me paraît inacceptable pour plusieurs raisons : d’abord les
Soninké existaient comme peuple et avaient même joué un rôle très
considérable dans l’histoire du Soudan bien avant le début de la
dynastie des Sonni ; de plus, ils semblent n’avoir eu que peu de
relations avec l’empire de Gao, au moins avant les dernières années de
la dynastie des Sonni, et il serait étrange que le peuple entier dût son
nom au fait — d’ailleurs hypothétique — que quelques-uns de ses membres
auraient pris parti pour le fondateur de cette dynastie. Il est probable
d’ailleurs que ce mot — dont j’avoue ignorer complètement l’étymologie —
n’est pas formé d’un élément _sonni_ ou _soni_ suivi du suffixe _ké_
qui, en peul du reste plutôt qu’en mandé[50], est le suffixe de
nationalité : au contraire de ce qui existe dans les mots Malinké,
Foulanké, etc., la syllabe _ké_ fait sans doute, dans Soninké, partie du
radical du mot ; j’en trouve une preuve dans le fait que le _k_ a été
conservé par les Maures Bérabich dans la forme qu’ils ont donnée à ce
nom : _Assouanik_. On a voulu aussi[51] identifier le nom des Soninké
avec celui des _Zenaga_, écrit _Sanhadja_ par les auteurs arabes ; cette
identification me semble bien malaisée à établir : d’abord il serait
assez étonnant que, si les deux noms étaient identiques, les Maures
eussent conservé la forme _Zenaga_ pour désigner les Berbères vivant à
côté d’eux et adopté une autre forme — _Assouanik_ — pour désigner les
Soninké ; ensuite il y a, entre les deux noms, des différences
phonétiques réelles, particulièrement en ce qui concerne leur première
voyelle, laquelle a toujours été écrite _a_ et prononcée _a_ ou _e_ par
les Arabes dans le nom des Zenaga (Sanhadja, Sanaga, Zenaga) tandis
qu’elle est nettement prononcée _o_ ou _ou_ dans le nom des Soninké ;
enfin il est bien difficile de supposer que les Soninké, nègres parfois
métissés, mais incontestablement nègres, soient issus d’une fraction des
Berbères Zenaga. Ce qui avait conduit M. Ch. Monteil à cette
identification est un passage du _Tarikh-es-Soudân_ où Sa’di donne le
nom de « Sanhadja » aux « Nono porteurs de tresses », lesquels étaient
presque indubitablement une fraction du peuple soninké : à mon avis, il
y a eu là, de la part de Sa’di, soit une erreur d’information lui ayant
fait prendre ces Nono pour des Berbères, soit plutôt une erreur
orthographique inconsciente lui ayant fait transcrire par la forme
« Sanhadja », bien connue de lui, une forme « Soninké » qu’il pouvait
avoir mal entendue, qui, en tout cas, ne lui était pas familière et qui
a, du reste, une certaine analogie avec la forme « Sanhadja » prononcée
« Senaga ».
Quoi qu’il en soit de l’origine du mot _Soninké_, c’est, de l’aveu des
Soninké eux-mêmes, leur véritable nom. Comme je le disais plus haut, les
Bérabich ont transformé ce mot en _Assouanik_ (sing. _Souananki_)[52].
Les Maures donnent aussi aux Soninké le nom d’_Azer_ ou _Adjer_. Les
Ouolofs les appellent _Sarakhoullé_ ou _Séréwoullé_, mot qui a été
adopté sous la forme _Sarakolé_ par les premiers voyageurs européens
pour désigner le peuple qui nous occupe actuellement. Les Peuls les
appellent _Sébé_ (sing. _Tiédo_), ou parfois _Nononkobé_ (sing.
_Nononko_), _Sillabé_ (sing. _Silladio_), _Sossobé_ ou _Sossébé_ (sing.
_Tiotiodo_ ou _Tiotiédo_) ou encore _Ouangarbé_ (sing. _Gangardo_) ; le
premier de ces termes s’applique à l’ensemble du peuple soninké ; celui
de _Nononkobé_ ne s’applique en réalité qu’à la tribu qui fonda la ville
de Dienné[53], celui de Sillabé à la tribu ou plutôt au clan des Silla,
celui de _Sossobé_ ou _Sossébé_ aux Soninké du Sénégal et de la Gambie
et particulièrement à ceux demeurés païens et mélangés de Malinké[54] ;
enfin le terme de _Ouangarbé_ est usité principalement dans la Boucle du
Niger pour désigner à la fois les Soninké et les Dioula, c’est-à-dire
les Mandé musulmans d’une façon générale. Les Songaï usent aussi, pour
désigner non seulement les Soninké, mais également les Dioula, de
l’expression _Ouankoreï_ ou _Ouankoré_ qui, comme Ouangarbé, provient de
_Ouangara_, nom donné par les Soudanais du Nord et par les géographes et
voyageurs anciens aux régions aurifères du bassin du Sénégal et à
l’ensemble de la famille mandé[55]. Les Haoussa se servent, avec la même
acception, du mot _Ouangaraoua_. Les Foulanké appellent les Soninké
_Diaganka_ (les gens du Diagha ou Diaka, terme analogue au « diamou »
soninké Diaghaté, Diakaté ou Niakaté). Enfin les Malinké, les Banmana et
les Dioula les appellent _Marka_, _Maraka_, _Malarhaka_ ou simplement
_Malarha_ et les Mossi _Marassé_ (sing. _Maraga_).
Le mot _Dioula_ — forme universellement adoptée aujourd’hui par les
Français — est prononcé plutôt par les Dioula eux-mêmes _Giula_ (par _g_
dur et _u_ français) ou _Diula_, tandis que les Banmana le prononcent
_Diôra_ et les Malinké _Dioula_ ou _Dioulanka_, dont les Peuls ont fait
_Dioulankobé_ ou _Dioulanké_ (sing. _Dioulanko_ ou _Dioulankédio_). On a
dit souvent que ce mot n’était pas un nom de peuple ni de tribu et qu’il
signifiait « commerçant » et surtout « commerçant ambulant,
colporteur » : c’est assurément inexact ; « commerçant » se dit en mandé
_diagolila_ ou _diaolila_ ou de plusieurs autres manières qui toutes
sont des dérivés du verbe _diago_ ou _diao_ « commercer », mais le mot
_dioula_ ne possède le sens de « commerçant » ou « colporteur » dans
aucun dialecte mandé. Seulement, comme les Dioula exercent surtout, et
plus que les autres peuples, le métier de colporteur, leur nom est
devenu synonyme de « commerçant ambulant » dans la majeure partie de
l’Afrique Occidentale, absolument de la même façon que le nom des
Auvergnats a été longtemps chez nous synonyme de « porteur d’eau » et
celui des Savoyards synonyme de « ramoneur », et sans plus d’exactitude.
D’ailleurs les Dioula eux-mêmes sont très affirmatifs sur ce point et
revendiquent ce mot de _Diula_ ou _Dioula_ comme l’appellation propre de
leur peuple ou tribu, ajoutant qu’il signifie « du fond, de la souche »,
c’est-à-dire « ceux qui sont de noble origine, qui n’ont pas été altérés
par des immixtions de sang étranger ». Les Dioula et les Soninké se
confondant souvent ensemble dans la Boucle du Niger par la religion (les
uns et les autres sont en majorité musulmans), par le métier
(commerçants, tisserands, teinturiers) et par l’emploi de la même langue
(le dialecte dioula), on les confond souvent aussi sous les mêmes
appellations de _Ouangarbé_ chez les Peuls, _Ouangaraoua_ chez les
Haoussa, _Ouankoreï_ chez les Songaï, _Yarhsé_ (sing. _Yarhga_) chez les
Mossi de Ouagadougou, _Kambossé_ (sing. _Kamboga_) chez les Mossi du
Yatenga, _Sahersé_ (sing. _Saherga_) chez les Nankana, _Yourou_ chez les
Samo, _Sorho_ chez les Koulango, _Tiorho_ chez les Sénoufo, _Nzoko_ chez
les Agni, etc. Les Dioula eux-mêmes donnent souvent le nom de
_Dafing_[56] à ceux d’entre eux et aux Soninké qui habitent dans la
région de Koury ou _Dafina_ (chez les Dafing).
Les _Banmana_ sont communément appelés _Bambara_, non seulement par les
Européens, mais encore par la plupart des peuples du Soudan qui les
environnent et c’est sous cette dernière forme que leur nom se trouve
orthographié dans le _Tarikh-es-Soudân_ ; il est fort possible que
_Bambara_ ne soit pas autre chose qu’une altération de la prononciation
indigène _Banmana_, il est possible aussi que le mot ait une autre
origine ; quoi qu’il en soit, il est absolument certain que, pour les
musulmans du Soudan en général et de la Boucle du Niger en particulier,
le mot _Bambara_ désigne, non pas un peuple déterminé ni une tribu
spéciale, mais l’ensemble de tous les Soudanais vivant au milieu ou à
côté de musulmans et étant demeurés fidèles à la religion indigène :
c’est ainsi que les Dioula de Sikasso et de la région de Kong appellent
« Bambara » les Sénoufo, que les Dioula et Soninké d’Odienné appellent
« Bambara » les Malinké non-musulmans qui les entourent, que les Dioula
des pays de la Volta appellent « Bambara » les Gbanian et les Dagari,
etc. ; c’est ainsi encore qu’à Sikasso l’expression _bambara-kan_
signifie, non pas la langue mandé ni le dialecte mandé des Banmana, mais
bien la langue sénoufo. Par suite, l’emploi du mot _Bambara_, fait sans
discernement, a amené des résultats fâcheux ; il a conduit par exemple à
faire croire que les Bambara-Minianka du cercle de Koutiala formaient un
même peuple avec les Bambara de Ségou et de Bamako, alors que les
premiers sont des Sénoufo et les seconds des Mandé. Aussi je préfère
m’abstenir complètement de cette expression à valeur amphibologique et
je désignerai toujours le peuple de Ségou, du Bélédougou, etc. comme il
se désigne lui-même, c’est-à-dire par le mot _Banmana_[57].
Les _Khassonkè_, comme ils se dénomment eux-mêmes, ou _Kassonké_, comme
prononcent les Peuls, tirent leur nom de celui de leur pays d’origine,
le Khasso ou Khasson (région de Kayes). Ils partagent souvent avec les
Soninké mêlés de Malinké du Sénégal et de la Gambie l’appellation de
_Sossé_.
Les _Malinké_ se dénomment eux-mêmes _Mandenka_, _Mandenga_, _Mandinga_
ou _Maninga_ selon les prononciations régionales ; les Dioula disent
plutôt _Manenga_ ou _Mandenga_ et les Banmana _Maninka_ ; les Peuls les
appellent _Mandinké_, _Malinké_, _Mellinké_, ou _Mellenké_ (sing.
_Mandinkédio_, _Malinkédio_, etc.) ou encore _Mandinkobé_, _Malinkobé_,
etc. (sing. _Mandinko_, _Malinko_, etc.), et les Touareg _Imalan_ (sing.
_Amali_) : toutes ces expressions ont la même valeur, celle de « gens du
Mandé, Manding, Mali, Melli, etc. », c’est-à-dire du pays qui est porté
sur nos cartes sous le nom de « Manding », au Sud de Kita et au Sud-
Ouest de Bamako, et qui fut en effet le pays d’origine de ceux que nous
appelons nous-mêmes _Mandingues_ ou _Malinké_. Les géographes arabes
leur ont souvent donné le nom de _Ouangara_ qui, aujourd’hui, est
surtout appliqué aux Soninké et aux Dioula, ainsi que je l’ai mentionné
tout à l’heure.
Le mot _Foulanké_ (en peul) ou _Foulanka_ (en mandé), parfois employé
pour désigner les Peuls ou les Toucouleurs, s’applique en réalité à des
populations qu’on peut considérer actuellement comme incorporées à la
famille mandé et qui ne parlent que le mandé (dialecte malinké), bien
qu’elles soient certainement d’origine peule, en partie tout au moins ;
on les rencontre dans plusieurs provinces, toutes appelées en mandé
Fouladougou ou Fouladou (pays du Foula ou des Foulanka).
Les _Diallonké_ ou _Diallonka_ sont, comme leur nom l’indique, les
autochtones du Diallon ou Fouta-Diallon et des régions avoisinantes ;
ils revendiquent eux-mêmes le nom de _Soussou_, que nous donnons de
préférence à ceux d’entre eux qui se sont avancés vers l’Atlantique.
Les _Sia_ sont appelés communément _Bobo-Dioula_, bien que l’expression
soit doublement impropre puisqu’ils ne sont ni Bobo ni Dioula ; elle
vient de ce que certaines de leurs coutumes se rapprochent de celles des
Bobo, tandis que leur façon de s’habiller les fait ressembler aux
Dioula, dont ils ont en partie d’ailleurs adopté le dialecte, tout en
conservant leur langue propre.
Je ne vois pas d’observations à faire sur le nom des autres peuples ou
tribus de la famille mandé (Bozo, Kâgoro, Samo, Samorho, etc.), sinon
qu’il y a de fortes présomptions pour que Samo et Samorho ne soient
qu’un seul et même vocable, la première forme représentant la
prononciation banmana et la seconde la prononciation dioula.
Les _Sénoufo_ ne se désignent la plupart du temps que par les noms de
leurs diverses tribus (_Bamâna_ que les Mandé appellent _Minianka_ et
qu’il convient de ne pas confondre avec les Banmana, _Siénérhè_,
_Tagba_, etc.). Cependant ils possèdent un terme pour désigner leur
peuple tout entier, bien qu’ils en fassent très rarement usage et qu’il
ne soit pas connu de toutes les tribus : ce terme est _Siéné_ ou
_Siéna_[58] (au pluriel _Siénamana_). Par contre les Malinké et les
Banmana, qui connaissent ce mot, s’en servent pour les désigner, sous
les formes _Siénéfo_, _Sénéfo_, _Sénofo_, _Sénoufo_, « (ceux qui)
parlent _siéné_ », et c’est la dernière de ces formes que les Européens
emploient le plus souvent. Les Dioula appellent couramment les Sénoufo
_Bambara_ (voir plus haut) et parfois _Nafana_ (du nom d’une de leurs
tribus de la Côte d’Ivoire) ou encore _Pomporon_ (terme qui semble être
un surnom donné surtout à la tribu des Folo et à quelques fractions des
Siénérhè). Les Samorho les appellent _Sopi_ ; les Koulango les appellent
_Gan_[59], et les Agni _Kanga_, mot qui dans leur langue est devenu
presque synonyme d’« esclave » ; les Abron et Assanti ou Achanti les
nomment _Pantara_ ou _Ouandara_.
J’ai donné le nom de _voltaïque_ à la très importante famille ethnique
dont les membres forment presque la moitié de la population totale du
Haut-Sénégal-Niger ; ce nom m’a paru justifié par le fait que le domaine
de cette famille est sensiblement localisé au bassin de la Volta. Pour
faciliter la nomenclature, j’ai attribué à chacun de ses sept groupes le
nom du peuple principal ou du peuple le plus connu de ce groupe, sans
prétendre faire par là de ce peuple celui dont les autres seraient
issus.
Les trois peuples du groupe tombo (_Tombo_ proprement dits, _Dogom_ et
_Déforo_) sont communément désignés par les Français du Soudan sous le
terme générique de _Habé_ ou _Habbé_ ou encore par celui de _Kado_ ou
_Kaddo_ : ces deux termes ne sont pas autre chose que le pluriel et le
singulier d’un mot peul qui s’applique à toutes les populations qui ne
sont ni arabes, ni berbères ni peules, c’est-à-dire à tous les Nègres ;
c’est ainsi que les Peuls de la Nigeria appellent les Haoussa _Habé_
comme les Peuls du Massina appellent _Habé_ les montagnards de la
falaise de Bandiagara. Ce terme (_Habé_ ou _Kado_) est donc encore plus
vague et plus impropre que le terme Bambara et doit être rejeté. Il
semble bien — sans que je puisse l’affirmer cependant — que les
montagnards dont je viens de parler se désignent eux-mêmes par le mot
_Tombo_, tandis que les deux autres peuples du même groupe se dénomment
l’un _Dogom_ ou _Dom_ et l’autre _Déforo_. Les Peuls appellent
_Houmbébé_ ou _Hombobé_ (sing. _Koumbédio_ ou _Kombodo_)[60] les Tombo
et une partie au moins des Dogom, et _Déforobé_ les Déforo. Les Mossi
appelleraient _Kibsé_ (sing. _Kibga_) les Tombo proprement dits et
donneraient le nom de _Suida_ à l’ensemble du groupe tombo, mais je
n’ose me prononcer à cet égard.
Les _Mossi_ s’appellent eux mêmes _Mô-sé_ ou plus rarement _Mô-si_
(sing. _Mô-rha_ ou _Mô-ga_) et appellent leur pays _Mô-rho_ et leur
langue _Mô-rhé_. Tous les noms de peuples ou de tribus terminés par le
suffixe _sé_ ou _si_ au pluriel et _rha_ ou _ga_ au singulier sont
empruntés à la langue des Mossi ou à une langue du même groupe. — Les
_Yansi_ (sing. _Yanga_), ainsi appelés par les Mossi, se dénommeraient
eux-mêmes _Kôssé_, mais je n’affirme rien à cet égard[61]. — Les
_Gourmantché_ (sing. _Gourmanga_), c’est-à-dire « ceux du Gourma, de la
rive droite du Niger », s’appelleraient eux-mêmes _Bimba_.
Par le terme un peu méprisant de _Gourounsi_ ou _Gouressi_ (sing.
_Gourounga_ ou _Gouréga_), qui voudrait dire « incirconcis », les Mossi
— et les Européens d’après eux — désignent un ensemble de peuples qui ne
se connaissent pas eux-mêmes d’appellation générique et qui constituent
une notable partie d’un groupe que j’appelle, pour cette raison,
« groupe gourounsi ». Deux de ces peuples nous sont connus par leur
véritable nom — au moins je le pense — : les _Nounouma_ ou _Nourouma_ et
les _Sissala_, ces derniers comprenant les _Kiâlo_ de Léo. Les
_Boussansé_ (sing. _Boussanga_) ont reçu ce nom des Mossi. Quant aux
_Nioniossé_ (sing. _Nioniorha_), ils sont appelés ainsi par les Mossi du
Yatenga ; les Mossi de Ouagadougou les appelleraient _Kassomsé_ (sing.
_Kassomga_) ; dans d’autres régions de langue mossi ou de langue parente
du mossi, on les appelle des noms divers de _Foulsé_, _Youlsé_, _Lilsé_,
_Nimsé_, _Kipirsi_, etc., sans que je puisse dire si ces différents noms
s’appliquent à l’ensemble du peuple ou seulement à certaines de ses
tribus ; enfin les Peuls les appellent _Kouroumankobé_ (ceux du
Kourouma)[62] : j’ignore quel est leur nom véritable.
Le nom de _Bobo_ (« bègue » en mandé) est un terme de mépris appliqué
par les Dioula et les Banmana à quatre tribus qui forment un seul peuple
mais ne se connaissent pas, je crois, d’appellation générique en dehors
de leurs noms de tribus : _Kian_ ou _Tian_, _Tara_, _Boua_ et
_Niénigué_. Les Dioula distinguent les trois premières tribus par des
épithètes différentes, appelant les Kian _Bobo-Gbê_ (Bobo blancs), les
Tara _Bobo-Oulé_ (Bobo rouges) et les Boua _Bobo-Fing_ (Bobo noirs),
sans que ces épithètes soient motivées par la couleur de peau de ceux
qui les ont reçues, pas plus que par la couleur de leurs vêtements,
lesquels brillent du reste en général par leur absence. Les Mossi
distinguent aussi ces trois mêmes tribus par les noms de _Tiansé_
(Kian), _Talessé_ ou _Talassé_ (Tara) et _Boulsé_ (Boua).
_Koulango_ est le nom indigène du peuple formant le sixième groupe de la
famille voltaïque, mais nos cartes portent souvent ce peuple sous le nom
de _Pakhalla_, qui est une orthographe défectueuse de l’appellation que
lui donnent les Dioula : _Kparhala_ ou _Kpagala_[63].
Les _Soumba_ sont appelés également _Taberma_ ; les musulmans qui les
avoisinent les nomment _Kafiri_ (païens).
Je n’ai pas, pour l’instant, d’observations à faire sur les appellations
des autres peuples de la famille voltaïque représentés au Haut-Sénégal-
Niger (Nankana, Dagari, Birifo ou Bérifon ; Lobi, Pougouli ou Bougouri,
Dian ou Dian-né, Gan ou Gan-né ; Bariba), non plus que sur celles des
tribus dont le rattachement ne peut être encore prononcé (Padorho,
Dorhossié, Tiéfo, Toussia, Vigué).
=Composition de chaque peuple.=
1o _Maures de l’Azaouad._ — J’ai dit plus haut que les Maures de
l’Azaouad se divisaient en deux tribus : _Bérabich_ et _Kounta_.
A la première de ces tribus se rattachent les _Oulad-Slimân_, les
_Oulad-Abderrahmân_ et les _Oulad-Ameur_ et, au moins au point de vue
ethnique, les sous-tribus des _Tormoz_ (ou Tourmous), des _Ousra_, des
_Borrada_, des _Oulad-Noumou_, des _Oulad-el-hadj-el-Hassân_, des _Idao-
Yata_ (ou Doyata), etc.
Parmi les Kounta, on range les _Regaguida_ du Nord de Bamba, les _Ahl-
cheikh-sidi-el-Mokhtar_ ou _Bekkaï_ de la région de Tombouctou et les
_Oulad-el-Ouafi_ de la région de Mabrouk, ainsi que des _Chorfa_ (sing.
_Cherif_), descendants ou prétendus tels de la famille du Prophète, plus
des vassaux d’origine berbère (les _Zakhoura_).
De plus, il convient de ne pas oublier que, quelque illogique que cela
puisse paraître lorsqu’il s’agit d’une classification ethnique, il nous
est impossible de séparer des Maures les _Harrâtîn_ d’origines nègres
diverses qui leur sont pour ainsi dire incorporés ; en sorte que,
indépendamment d’individus chez lesquels le sang sémitique a été
profondément altéré par un long atavisme d’alliances avec des Berbères
et des Nègres, il existe chez les Maures de l’Azaouad de véritables
Nègres de pure race noire.
2o _Maures du Hodh._ — Les Maures du Hodh comprennent, je l’ai dit déjà,
deux éléments ethniques bien différents, qui sont juxtaposés le plus
souvent mais parfois aussi mélangés : un élément arabe représenté par
les _Beni-Hassân_ et un élément berbère, très vraisemblablement plus
considérable que le premier, représenté par les _Zenaga_ et par des
familles qui se disent hassânides mais qui sont cependant d’origine
berbère ; il convient de noter que les familles maraboutiques, qui se
désignent elles-mêmes sous le nom générique de _Zaouiya_ (les gens
vivant en _zaouïa_ ou couvents), sont pour la plupart d’origine berbère
ou tout au moins issues d’un mélange de Zenaga et de Beni-Hassân,
mélange auquel n’ont pas échappé d’ailleurs beaucoup de Beni-Hassân
parmi ceux qui se prétendent de pure origine sémitique.
Chacune des sept grandes tribus énumérées plus haut comprend plusieurs
sous-tribus dont les unes sont considérées comme nobles et se composent
principalement de Beni-Hassân, dont les autres sont regardées comme
vassales et se composent surtout de Zenaga et dont d’autres enfin
renferment les familles maraboutiques. On a ainsi des divisions
politiques et sociales qui ne sont pas toujours des groupements
ethniques. Les sous-tribus les plus importantes du Hodh sont :
Chez les _Idao-Aïch_ ou Douaïch, celles des _Ahl-Amar_ (Arabes et
Berbères, séparés en _Abakak_ et en _Chrattit_), des _Tadjakant_ (Arabes
et Berbères), des _Ligouatit_ et des _Louata_ (Berbères), des _Laghlal_
(Arabes), des _Ahl-Mokhtar_ et des _Ahl-Soueïd_ (Arabes et Berbères),
des _Idao-Ali_ (marabouts) et des _Ahl-sidi-Mahmoud_ ou Oulad-sidi-
Mahmoud (marabouts, se rattachant aux Idao-el-hadj ou Darmankor de
l’Adrar Mauritanien) ;
Chez les _Oulad-Mbarek_ ou Gassouch, celles des _Ahl-ould-Amar_ ou
Loudamar des anciens voyageurs (Arabes), des _Askeur_ (Arabes), des
_Oulad-Mahmoud_ ou Ladoum (Berbères et Arabes) et des _Tanoazit_
(Berbères) ;
Chez les _Mejdouf_, celles des _Ahl-Sidi_, des _Choamât_ et des
_Hammounât_ (Arabes), des _Tâleb-Mokhtar_ ou Oulad-cheikh-el-Adrami
(marabouts) et des _Nimadi_[64] ;
Chez les _Oulad-Delim_, celles des _Oulad-Daoud_ et des _Deïlouba_
(Arabes) et des _Allouch_ ou Oulad-Allouch (Arabes mélangés de Berbères
et de Peuls).
Je ne possède pas de renseignements précis sur les sous-tribus des
_Regueïbât_, des _Ahl-Tichit_ et des _Oulad-Nasser_.
Aux éléments arabes et berbères, il faut signaler un élément nègre,
introduit chez les Maures du Hodh comme chez ceux de l’Azaouad par des
unions avec des Noirs et par la présence de nombreux _Harrâtîn_[65].
De plus, certains Maures du Hodh sont issus d’un mélange très ancien de
Berbères avec des Peuls ou Proto-Peuls : on les appelle _Massîn_ ou
_Ahl-Massina_ ou encore _Guirganké_ et on les divise au Sahel en
« Guirganké blancs » et en « Guirganké noirs », sans que cette
distinction soit plus justifiable que celle des Bobo en blancs, rouges
et noirs.
3o _Touareg._ — Les Touareg des familles nobles (_Imocharhen_) sont,
semble-t-il, de sang berbère à peu près pur, tandis que beaucoup de ceux
des familles vassales (_Imraden_) sont plus ou moins métissés par suite
d’unions avec des Nègres ou des Peuls. Chez les Touareg comme chez les
Maures du Hodh, il existe des familles maraboutiques qui se sont alliées
souvent avec des Arabes. Enfin, comme chez les Maures aussi, il faut
noter la présence de nombreux serfs nègres (les _Bella_), qui sont si
bien incorporés aujourd’hui avec leurs maîtres qu’il est difficile de
les en séparer, même dans une classification ethnique.
Chaque tribu touareg comprend plusieurs sous-tribus, les unes nobles,
les autres vassales, les autres maraboutiques. Les principales de ces
sous-tribus, dans les territoires civils du Haut-Sénégal-Niger, sont :
Chez les _Iguellad_, celles des _Tagama_ ou Kel-Haoussa (nobles), des
_Kel-Antassar_[66], _Kel-Nkounder_ et _Kel-Ncheria_ (marabouts), des
_Kel-Tounboukouri_, _Inataben_, _Kel-Taberint_, _Kel-Dokoré_, _Kel-
Rezzaf_, _Kel-Tinakaouat_, _Kel-Ouorodjel_, _Kel-Teguiaït_ et _Kel-
Tountoun_ (vassaux) ;
Chez les _Kel-Tadmekket_, celles des _Tenguéréguif_, des _Igouadaren_,
des _Kel-Temoulaï_ et des _Irréganaten_ (nobles), des _Chorfiga_ ou
_Icherifen_, des _Zimmaten_, des _Ahl-sidi-Ali_ et des _Kel-es-souk_
(marabouts), des _Imededrhen_ et des _Idnân_ (vassaux) ;
Chez les _Oulmidden_, celles des _Kel-Gheress_, des _Oudalen_ et des
_Tenguéréguédech_ (nobles), des _Kel-Oulli_ et _Kel-Gossi_ (vassaux).
Il convient d’ajouter à cette liste les sous-tribus vassales suivantes,
dont le rattachement à telle ou telle tribu ne m’est pas connu : _Kel-
Guerisouân_, _Kel-Tigouelt_, _Imakelkellen_, _Ibourliten_, _Imetchas_,
_Kel-Rila_, _Déguésellen_, _Chemenama_, _Damossân_ et _Missiguender_.
4o _Peuls_ ou _Foulbé_. — Nous verrons plus loin combien d’éléments
divers entrent dans la composition du peuple peul actuel, éléments parmi
lesquels la race noire tient une place indéniable. En outre, nous sommes
obligés de considérer comme faisant partie de ce peuple les castes
spéciales des _Laobé_ (sing. _Labbo_, artisans en bois et bûcherons),
des _Abarbé_ (sing. _Gabardo_, bijoutiers et cordonniers), des
_Ouaïloubé_ (sing. _Baïlo_, forgerons et potiers), des _Mabbé_ (sing.
_Mabo_, griots et tisserands), des _Ouambabé_ (sing. _Bambado_,
musiciens et griots), des _Ouaouloubé_ (sing. _Gaoulo_, mendiants), des
_Soubalbé_ (sing. _Tiouballo_, pêcheurs et bateliers), des _Diawambé_
(sing. _Diawando_, courtiers et tisserands) ; il nous faut aussi ranger
parmi les Peuls certaines fractions fort mélangées, telles que celle des
_Silmimossi_, issus d’alliances entre Peuls et Mossi, et même des
groupements d’origine nègre pure mais incorporés aux Peuls : les
_Rimaïbé_, qui correspondent aux Harrâtîn des Maures et aux Bella des
Touareg.
Les Peuls, en dehors de leur répartition en tribus ou fractions
géographiques, se divisent encore en un certain nombre de clans, dont
chacun peut être représenté dans plusieurs tribus à la fois, et dont les
plus répandus au Haut-Sénégal-Niger sont ceux des _Ourourbé_ (sing.
_Bourourdo_ ou _Bolardo_ ou _Boli_), des _Tôrobé_ (sing. _Tôrodo_)[67],
des _Dialloubé_ (sing. _Diallo_), des _Yalabé_ ou _Alaïbé_ (sing.
_Galadio_), des _Irlabé_ (sing. _Guerladio_), des _Oualarbé_ (sing.
_Balardo_), des _Salsalbé_ (sing. _Tialtiallo_), des _Fitobe_ (sing.
_Pitodo_), des _Daébé_ (sing. _Daédio_), des _Férèbé_ ou _Férobé_ (sing.
_Pérèdio_), des _Sitigabé_ (sing. _Tyitigadio_), etc. D’autres noms de
clan, empruntés aux Toucouleurs ou aux Mandé, revêtent la même forme aux
deux nombres ; tels sont _Bâ_ ou _Diakité_ (même clan que les Ourourbé),
_Soumontara_ (même clan que les Dialloubé), _Bari_ ou _Sangaré_ (même
clan que les Daébé), _Sô_ ou _Sidibé_ (même clan que les Férobé), etc.
Enfin il convient de noter que beaucoup d’individus portent, comme nom
de clan, le nom même du peuple peul (_Poullo_) ou celui de la caste à
laquelle ils appartiennent (_Labbo_, _Diawando_, etc.).
5o _Toucouleurs._ — Les Toucouleurs ou Foutanké, peu nombreux du reste
dans le Haut-Sénégal-Niger, se répartissent en quatre fractions selon
qu’ils sont originaires du _Dimar_ (ouest du Toro), du _Toro_ (province
de Podor, les _Toronké_ ou _Toronâbé_), du _Fouta_ proprement dit
(province de Saldé, les _Foutanké_ propres, comprenant les Foutanké du
Lao, les Foutanké Irlâbé, les Bosséâbé, les Ebiâbé et les Koliâbé) ou du
_Damga_ (province de Matam, comprenant les Dénianké, les Toucouleurs du
Ganar et les Aéranké).
En outre, comme les Peuls, ils se divisent en un certain nombre de clans
dont les principaux sont ceux des _Ba_ ou _Boli_, des _Ka_, des _Si_ ou
_Bari_, des _Sô_[68], des _Li_, des _Fal_, des _Tal_, des _Sal_, des
_Diao_, des _Kane_, des _Diko_, etc.[69].
6o _Songaï._ — Le peuple songaï, tel qu’il se présente aujourd’hui,
comprend les _Arma_, les _Gabibi_ et les _Sorko_ ou _Kourteï_, classes
ou castes dont nous avons vu plus haut la composition. J’ai dit
également qu’il convenait d’y rattacher les fractions du Sud-Est connues
sous les noms de _Dendi_, _Djerma_ et _Zaberma_. A Tombouctou, on range
habituellement parmi les Songaï la classe des _alfa_ ou docteurs
musulmans (_alfa_ serait l’abréviation de l’arabe _al-faqih_ « le
jurisconsulte ») : en réalité ces _alfa_ sont d’origines multiples et se
composent de gens appartenant à des peuples très divers.
Les Songaï se divisent en clans, comme les Peuls, les Toucouleurs et
tous les peuples du Soudan (Maures et Touareg exceptés), mais je ne
possède que fort peu d’informations sur leurs noms de clan ; je sais
seulement qu’on rencontre chez eux les clans des _Meïga_ et des
_Haïdara_, ce dernier comprenant les Arma qui revendiquent une origine
chérifienne, et que la caste des Sorko se répartit entre deux grands
clans, celui des _Faran_ ou _Faram_ et celui des _Fono_.
7o _Bozo._ — On a parfois identifié les Bozo avec les Sorko d’une part
et les Somono de l’autre : c’est une erreur au point de vue ethnique. Il
existe bien à la vérité un trait commun entre ces trois groupements :
tous les trois se livrent à la pêche et à la navigation. Mais les Sorko
et les Somono ne se livrent qu’à ce double métier, ou plutôt ce métier
est, en quelque sorte, le privilège de leur caste : ils forment, les
premiers chez les Songaï, les seconds chez les Banmana, une caste
analogue à celle des Soubalbé chez les Peuls, caste de pêcheurs et de
bateliers. Les Bozo, au contraire, ne constituent pas une caste, au
moins à l’heure actuelle, et ne sont pas exclusivement pêcheurs et
bateliers ; certains habitent des villages assez éloignés du fleuve et
s’y livrent à l’agriculture. Les Sorko sont des Songaï, les Somono sont
des Banmana ; les Bozo forment un peuple à part. Je n’ai pas de
renseignements sur les noms de clan portés par les Bozo, sauf sur ceux
des clans _Diennépo_, _Sétao_ et _Karapata_, cités par M. Ch. Monteil.
8o _Soninké._ — Je range dans le peuple soninké, au moins au point de
vue ethnique, la tribu des _Nono_ et ceux de ses représentants actuels
qu’on appelle communément les _Diennenké_ parce qu’ils constituent la
presque totalité de la population de Dienné. J’y range aussi les
_Diawara_ (_Sagoné_ ou _Sahonéra_ et _Dabo_), groupement hybride
participant à la fois de la tribu, de la caste et du clan, et qui paraît
correspondre chez les Soninké au groupement des Diawambé chez les Peuls.
Les clans proprement dits sont nombreux chez les Soninké. Les plus
répandus dans le Haut-Sénégal-Niger sont ceux des _Diakaté_, _Diakhaté_,
_Diaghaté_ ou _Niakaté_, des _Sissé_, des _Silla_, des _Diâbi_ ou
_Diâbira_, des _Sakho_, des _Tounkara_[70], des _Daramé_, des _Kamara_,
des _Sissokho_, _Soussokho_ ou _Sossé_, des _Niarè_, des _Touré_ (dont
font partie les _Daraoué_), des _Doukouré_, des _Diarisso_ ou
_Diaressi_, des _Koromakha_ ou _Koromaga_, des _Soumaré_, des _Souaré_,
des _Sibi_, des _Bakili_ ou _Simbara_ ou _Sempré_, des _Gourseï_, des
_Kounaté_ ou _Kounaré_, des _Taraoré_, des _Diabouraga_, des _Gaoudéra_,
des _Kanndé_ ou _Kannté_, des _Koumma_ ou _Koumba_, des _Kaba_, des
_Fofana_, des _Ouagui_, des _Dikéné_, des _Bérété_, des _Diagouraga_,
des _Soma_, des _Koné_, des _Séméga_, des _Maréga_, des _Mokhossiré_,
des _Tiléra_, des _Gakou_, des _Sarambounou_, des _Yatéra_ ou _Yaté_,
des _Timéra_ ou _Timété_, des _Fadé_, des _Nambounou_, des _Goundiémou_,
des _Galadyi_, des _Baradyi_, des _Soudouré_, des _Kalé_, des _Mana_,
des _Koussata_, des _Samoura_, des _Mangara_, etc. Les Soninké qui se
prétendent d’origine chérifienne se donnent le nom de _Sirifé_ ou, dans
la région de Dienné-Tombouctou, celui de _Haïdara_.
Au point de vue ethnique, je considère comme Soninké tous les _Marka_ de
la Boucle du Niger et des pays banmana et malinké, bien que la plupart
ne fassent plus usage de leur langue et aient adopté le parler des
Dioula, celui des Banmana ou celui des Malinké selon les régions, comme
les Soninké de Dienné ont adopté la langue songaï. On donne souvent
comme Marka, c’est-à-dire Soninké, les _Dafing_ ou musulmans du Dafina :
en réalité les Dafing se composent, au point de vue de leur origine, en
partie de Soninké et en partie de Dioula.
9o _Dioula._ — Les Dioula ne se répartissent pas en tribus ; peut-être
même serait-il plus exact de les considérer comme une tribu que comme un
peuple, au moins au point de vue linguistique. Mais ils se divisent en
clans, dont les principaux sont ceux des _Ouatara_, des _Konaté_ ou
_Kounaté_, des _Sissé_, des _Konndé_ ou _Koné_, des _Kouloubali_ ou
_Kouroubari_, des _Sarhandorho_ ou _Sarhanorho_, des _Kamara_ ou
_Kamaya_, des _Sinngaré_ ou _Sinnari_, des _Diâbi_, des _Fofana_, des
_Touré_, des _Dao_, des _Dagnorho_, des _Dosso_, des _Barho_, des
_Timété_, des _Kangoté_, des _Garamvoté_, des _Tondossama_ ou
_Samatondo_, des _Siya_, des _Nanaya_, des _Dérébo_, des _Daramé_, des
_Karidioula_, des _Sissouma_, des _Bérété_, des _Sorhoba_, des
_Dembélé_, des _Koïta_, des _Somarha_, des _Koro_, des _Taraoré_, des
_Bamba_, des _Kérou_, des _Sarha_, des _Sânou_, etc. On rencontre aussi
des _Sirifé_, qui se prétendent d’origine chérifienne.
J’ai cru devoir rattacher aux Dioula la petite tribu des _Boron_ ou
_Bolon_, qui a des représentants dans les cercles de Bobo-Dioulasso
(8.000) et de Koury (450).
10o _Kâgoro._ — Le peuple — ou la tribu si l’on préfère — des Kâgoro a
comme clans principaux ceux des _Kâgorota_, des _Fofana_, des _Kané_,
des _Tounkara_, des _Magaza_ ou _Makassa_, des _Konaté_, des _Touré_.
11o _Banmana._ — Les Banmana, comme les Dioula, les Kâgoro, les
Khassonké, les Malinké et les Foulanké, pourraient être considérés,
surtout au point de vue linguistique, comme ne formant qu’une tribu,
plutôt qu’un peuple. Ils se divisent en plusieurs fractions politiques
et géographiques (Kaartanka, Bélédougouka, Ségouka, Baninkoka, etc.).
Leurs clans principaux sont ceux des _Kouloubali_ (dont font partie les
_Massassi_)[71], des _Taraoré_ ou _Travélé_ (dont font partie les
_Dembélé_ ou _Dambélé_), des _Doumouya_ ou _Doumbouya_ (dont font partie
les _Kourouma_), des _Diara_ (dont font partie les _Konnté_ ou _Koné_ et
les _Sinngaré_), des _Fofana_, des _Konaté_ ou _Kounari_, des
_Koussata_, des _Tangara_, des _Kanté_ ou _Kané_, des _Niarè_, des
_Touré_, des _Dansira_[72], des _Mariko_, des _Sanorho_, des _Sissé_,
des _Samakè_, des _Kamara_, des _Bouaré_, etc.
Ainsi que je l’ai dit plus haut, je rattache aux Banmana la caste des
_Somono_ (pêcheurs et bateliers). D’autres castes existent encore chez
les Banmana : celles des _Noumou_ (forgerons et potiers), des _Lorho_
(bijoutiers en cuivre), des _Koulè_ (artisans en bois), des _Diêli_
(griots), des _Founè_ ou _Founérhè_ (griots religieux et magiciens), des
_Donso_ ou _Lonzo_ (chasseurs) ; ces différentes castes ne sont pas
spéciales au peuple banmana : on les retrouve sous les mêmes noms chez
les autres peuples mandé et, sous d’autres noms, chez la plupart des
peuples du Soudan. Dans chaque peuple donné, les membres de ces castes
ne sont pas désignés par les indigènes sous le nom du peuple, mais sous
le nom de leurs castes respectives ; cependant, au point de vue
ethnique, il convient de les incorporer dans l’ensemble du peuple.
12o _Khassonkè._ — Les Khassonkè, fort peu nombreux, renferment les
clans des _Sissokho_ ou _Soussokho_ ou _Sossé_, des _Séga_, des
_Sambala_, des _Diala_, des _Fali_, des _Diakité_ ou _Diakhaté_, des
_Sangaré_, des _Sidibé_, des _Diallo_, etc.
13o _Malinké_ ou Mandingues. — Le peuple — ou la tribu — mandingue se
divise en plusieurs sous-tribus qui sont surtout des fractions
géographiques et qui, en ce qui concerne le Haut-Sénégal-Niger, sont
celles du _Manding_ proprement dit, du _Bambougou_ ou Bambouk, du
_Gangaran_, du _Ouassoulou_, etc.
Les clans principaux sont ceux des _Keïta_ (dont font partie les
_Mansaré_[73], les _Kanessi_ et les _Batassi_), des _Diara_ (dont font
partie les _Konnté_ ou _Koné_), des _Kouloubali_ (dont font partie les
_Bamba_), des _Taraoré_ (dont font partie les _Dembélé_), des _Doumouya_
(dont font partie les _Kourouma_), des _Diarassouba_, des _Kamissorho_,
des _Sissé_, des _Sarhanorho_, des _Kamara_ ou _Kamaaté_, des _Diabaaté_
ou _Diawaté_, des _Konaté_ ou _Koyaté_, des _Kannté_, des _Tounkara_,
des _Fané_ ou _Fani_, des _Samakè_, des _Fofana_, des _Diomansi_ ou
_Diomandé_, des _Sissoko_ (comprenant les _Maga_ et les _Koromaga_), des
_Barhayorho_, des _Mariko_, des _Doukouré_, des _Béré_ ou _Béréya_ ou
_Bérété_, des _Mété_ ou _Mérité_, des _Souko_, des _Demba_, des
_Sakiliba_[74], etc. Il faut y ajouter quelques _Sirifé_ de prétendue
origine chérifienne.
14o _Foulanké._ — Les Foulanké sont, comme je l’ai dit plus haut, des
descendants de Peuls très fortement métissés de sang mandingue et qui,
par leurs mœurs et leur langage, ne se distinguent guère aujourd’hui des
Malinké proprement dits. On les reconnaît surtout grâce à leurs noms de
clan, qui sont presque exclusivement _Diakité_, _Sankaré_ ou _Sangaré_,
_Sidibé_ et _Diallo_.
15o _Diallonké._ — Les clans principaux des Diallonké du Haut-Sénégal-
Niger sont ceux des _Monékata_, des _Kessékho_, des _Dagnokho_, des
_Dao_, des _Kontaga_, des _Touré_, des _Diatara_, des _Dansoko_, des
_Bamba_ ou _Bambaya_, des _Siré_ ou _Siréya_, des _Kelléma_, etc.
16o, 17o et 18o _Samo_, _Samorho_ et _Sia_. — Je ne possède pas de
renseignements suffisamment certains sur les clans de ces trois peuples,
pas plus que sur ceux des tribus de classification douteuse qui les
avoisinent (_Blé_, _Natioro_, _Ouara_ et _Sembla_). La plupart des
individus appartenant à ces peuples ou tribus, lorsqu’on les interroge
sur leur clan, répondent par un _diamou_ (nom de clan) dioula (ou mossi
s’il s’agit des Samo), mais il est fort probable que ce _diamou_ dioula
ou mossi n’est qu’une sorte de traduction de leur _diamou_ national.
19o _Sénoufo._ — J’ai donné plus haut la liste de dix tribus sénoufo
dont la présence a été constatée dans le Haut-Sénégal-Niger. Je dois
ajouter qu’à la tribu des _Siénérhè_ se rattache la sous-tribu des
_Niéné_, qui a des représentants dans le cercle de Bougouni. Je ne
connais que cinq clans sénoufo, ceux des _Soroo_, des _Yéo_, des
_Siluè_, des _Tuô_ et des _Sékongo_, mais il en existe probablement
d’autres : c’est ainsi qu’on signale, chez les Sénoufo du cercle de
Koutiala, les clans des _Malé_, des _Péné_ et des _Ounogo_. Comme les
Samorho et les Sia, les Sénoufo s’attribuent fréquemment des noms de
clan dioula, banmana ou malinké (Kouloubali, Ouatara, Koné, Diarassouba,
Touré, Dagnorho, Kamara, Sânou, Dembélé, Fofana, etc.).
Les mêmes castes existent chez les Sénoufo que chez les Mandé et les
Peuls ; je ne connais pas les noms que revêtent ces castes chez les
Sénoufo, sauf celui de la caste des _Sono_ ou _Sonon_, qui correspond à
peu près à celle des Founè chez les Mandé (griots religieux et
magiciens).
20o à 40o _Famille voltaïque._ — Nous ne possédons encore que des
renseignements fort incomplets sur la composition des 21 peuples de
famille voltaïque que l’on rencontre dans le Haut-Sénégal-Niger, en ce
qui concerne leurs tribus, sous-tribus, castes et clans.
Je puis dire seulement que les _Dagari_ se divisent en deux grandes
tribus : celle des _Dagari_ proprement dits, appelés par les Dioula
_Dagari-Fing_ (Dagari noirs), et celle des _Oulé_ ou _Oulé-Oulé_,
appelés par les Dioula _Dagari-Oulé_ (Dagari rouges). La première
comprend de nombreuses sous-tribus, dont les principales portent, en
territoire français, les noms de _Dakpélé_ ou _Dafiélé_, _Gban-né_,
_Zéghè_, _Gbolé_, etc.
Je sais aussi que tous les peuples de la famille voltaïque se
répartissent en clans, mais nous ne connaissons la plupart du temps que
l’équivalent mandé de leurs _diamou_ ou _sondré_ nationaux. Toutefois,
le capitaine Dominé nous a révélé les principaux noms de clan des
_Lobi_ : ce sont _Da_, _Héna_, _Noufi_, _Kambou_ ou _Kambiri_,
_Dioloumpo_, _Pala_, _Somé_. J’ajouterai que, chez les Mossi, l’un des
clans les plus répandus est, d’après le Père Brun, celui des _Pima_[75].
=Répartition numérique des peuples du Haut-Sénégal-Niger par races,
familles et religions.= — La _race blanche_, en y comprenant — quelque
illogique que ce soit — non seulement les Maures, les Touareg et les
Peuls les plus métissés de sang nègre, mais encore les Nègres purs qui
vivent avec eux (Harrâtîn, Bella et Rimaïbé), renferme, dans les
territoires civils actuels du Haut-Sénégal-Niger, 566.175 représentants,
tous musulmans à l’exception de 35.646 Peuls animistes[76]. La
répartition de ces 566.175 indigènes entre les deux familles sémitique
et hamitique serait fort malaisée.
Le reste des 4.800.000 habitants de la colonie[77], soit 4.233.528 —
l’immense majorité en un mot —, appartient à la _race noire_ et renferme
608.642 musulmans seulement, au grand maximum, contre 3.624.886
animistes. La répartition des indigènes de race noire entre les cinq
familles est la suivante :
famille voltaïque 2.292.088 indigènes, dont 26.209 musulmans ;
— mandé 1.435.001 — , dont 440.851 — ;
— sénoufo 343.470 — , dont 0 — ;
— songaï 101.582 — , dont 101.582 — ;
(totalité)
— tekrourienne 38.256 — , dont 36.706 — ;
tribus non classées 19.035 — , dont 0 — ;
étrangers divers 4.096 — , dont 3.294 — ;
--------- -------
Total: 4.233.528 — , dont 608.642 — .
La famille voltaïque renferme à elle seule, comme on le voit, plus de la
moitié de la population de race noire et près de la moitié de la
population totale de la colonie, et la famille mandé renferme à peu près
le tiers de la population de race noire et le quart de la population
totale.
Les musulmans ne forment que le septième de la population de race noire
et un peu moins du quart de la population totale.
=Répartition numérique par subdivisions ethniques et par zones
géographiques et administratives.=
1o _Maures de l’Azaouad_ (y compris les Harrâtîn).
Zone saharienne 26.000
Cercles de Tombouctou 5.715
Cercle de Niafounké 300
------
Total 32.015 (tous musulmans).
Les _Bérabich_ habitent principalement la région d’Araouân et sont
maîtres de la route conduisant de Tombouctou à Taodéni. Leurs sous-
tribus se rencontrent : les _Tormoz_, entre Bassikounou et Ras-el-Ma ;
les _Ousra_ et les _Borrada_, entre Ras-el-Ma et Araouân ; les _Oulad-
Noumou_, _Oulad-el-hadj-el-Hassân_ et _Idao-Yata_ (ces derniers
sédentaires), dans la vallée du Niger en aval de Niafounké.
Les _Kounta_ du Haut-Sénégal-Niger habitent près et au Nord-Est de
Tombouctou, à Araouân, dans la région de Mabrouk et au Sud du Niger,
répandus parmi les Touareg. Les Chorfa de Tombouctou se rattachent aux
Kounta. Il convient de noter qu’on rencontre aussi dans le Hodh quelques
familles de Kounta (Oulad-sidi-Boubakar, Oulad-Bousseïf et Oulad-sidi-
Haïballah) que j’ai comptées avec les Maures du Hodh.
2o _Maures du Hodh_ (y compris les Zenaga, les Guirganké et les
Harrâtîn).
Zone saharienne 40.000
Résidence de Kiffa 20.000
Cercle de Goumbou 4.557
— Kayes 4.260
— Sokolo 1.830
— Nioro 1.776
------
Total 72.423 (tous musulmans).
Les _Regueïbât_ habitent principalement dans la résidence de Kiffa ; les
_Idao-Aïch_ dans cette même résidence, dans le cercle de Nioro
(Bakounou-sud) et dans le cercle de Kayes (Ahl-sidi-Mahmoud), ainsi
qu’entre Kiffa et Tichit et au Nord-Est du cercle de Nioro (Laghlal) ;
les _Ahl-Tichit_ se rencontrent dans la région de Tichit et dans les
cercles de Nioro (Kingui) et de Goumbou (Mourdia) ; les _Oulad-Mbarek_
se trouvent surtout dans la province de Nioro (Kingui), dans le cercle
de Goumbou et au Nord de ce cercle, ainsi que dans le cercle de Kayes et
dans l’Est de Kiffa (Askeur et Tanoazit) et au Nord de Goumbou et de
Sokolo (Oulad-Mahmoud) ; les _Mejdouf_, avec les Tâleb-Mokhtar, habitent
entre Goumbou et Oualata et entre Sokolo et Ras-el-Ma ; les _Oulad-
Delim_ (Oulad-Daoud, Deïlouba et Allouch) se rencontrent dans la région
comprise entre Bassikounou, Soumpi et Ras-el-Ma, les Oulad-Daoud
proprement dits étant surtout sédentaires ; les _Oulad-Nasser_ habitent
au Sud-Ouest de Oualata, au Nord des Oulad-Mbarek ; les _Chorfa_, très
mélangés de Soninké, habitent principalement les villes de Tichit,
Oualata et Néma, où ils se livrent au commerce et au travail des cuirs,
tout en s’occupant de religion ; enfin les _Guirganké_, Maures demi-
sédentaires métissés de Peuls, se trouvent surtout dans le cercle de
Goumbou (Bakounou-Nord, Kolon, Ouagadou, Ouaharo), et (sous le nom de
_Massîn_ ou _Ahl-Massina_) dans les villes de Tichit, Néma, Oualata,
etc.
3o _Touareg_ (y compris les Bella).
Zone saharienne 8.000
Cercles de Tombouctou 28.019
Cercle de Dori 12.000
— Hombori 8.000
— Niafounké 1.000
------
Total 57.019 (tous musulmans).
Les habitats respectifs des _Iguellad_ et des _Kel-Tadmekket_ sont
aujourd’hui assez mêlés, quoique, d’une façon générale, les premiers se
rencontrent surtout dans la région de Tombouctou et les seconds dans
l’Est de la Boucle du Niger.
Les _Iguellad_ sont principalement nombreux du côté de Ras-el-Ma, de
Goundam et de Tombouctou ; les Tagama se rencontrent près du lac Fati et
dans l’Est de Tombouctou, les Kel-Nkounder et Kel-Ncheria dans la
province de Goundam, les Kel-Antassar près des lacs de la rive gauche et
au Nord-Est de Tombouctou.
Les _Kel-Tadmekket_ sont dispersés de Tombouctou à Gao, à l’intérieur de
la Boucle du Niger, mais possèdent aussi des fractions sur la rive
gauche du fleuve : les Tenguéréguif se rencontrent dans la région des
lacs, les Igouadaren du côté de Bamba (rive Nord et rive Sud), les Kel-
Temoulaï sur la rive droite du Niger à l’Est de Tombouctou, les
Irréganaten au Sud-Ouest de Bamba, les Chorfiga près du lac Fati, dans
le Kili et le Kissou et dans le cercle de Hombori, les Kel-es-souk dans
l’Est du cercle de Hombori, les Imededrhen dans l’Azaouad-Nord, les
Idnân à l’Est de Mabrouk.
Les _Oulmidden_, qui forment la plus nombreuse des grandes tribus
touareg, habitent surtout dans le Territoire Militaire, à l’Est et au
Nord-Est de Gao ; cependant on en rencontre aussi sur la rive droite du
Niger à hauteur de Gao ainsi qu’en plusieurs points du fleuve (Kel-
Oulli), autour des mares de Gossi et dans le cercle de Hombori (Kel-
Gossi), au Sud de Bamba et de Bourem (Kel-Gheress), à cheval sur les
cercles de Hombori et de Dori (Oudalen) et dans le cercle de Dori
(Tenguéréguédech).
Quant aux sous-tribus de rattachement incertain, on les trouve dans le
district de Bamba (Kel-Guerisouân, Kel-Tigouelt, Imakelkellen,
Ibourliten, Imetchas, Kel-Rila), dans le cercle de Hombori (Déguésellen
et Chemenama) et dans le cercle de Dori (Damossân et Missiguender).
4o _Peuls_ (y compris les Silmimossi et les Rimaïbé).
Cercle de Niafounké 74.832 (dont 14.832 animistes).
— Ouagadougou 48.753 (tous musulmans).
— Dori 42.791 —
— Dienné 38.944 —
— Mopti 35.278 —
— Ouahigouya 27.435 (dont 10.549 animistes).
— Koury 27.179 (tous musulmans).
— Ségou 20.968 (dont 1.230 animistes).
— Nioro 19.753 (tous musulmans).
— Bandiagara 15.231 (dont 3.068 animistes).
— Goumbou 12.697 (tous musulmans)[78].
— Fada-n-Gourma 9.752 —
Circonscription de San 9.243 (dont 3.800 animistes).
Cercle de Sokolo 6.230 (tous musulmans).
— Say 5.000 —
— Hombori 3.937 —
— Bobo-Dioulasso 2.130 (dont 1.930 animistes).
— Koutiala 1.750 (tous musulmans).
— Satadougou 1.078 —
— Bafoulabé 1.000 —
— Bamako 737 (dont 237 animistes).
-------
Total 404.718 (dont 35.646 animistes et
369.072 musulmans).
On voit par ce tableau que les Peuls se rencontrent dans 21 des 29
circonscriptions administratives de la colonie : seuls, les districts
purement sahariens (Kiffa et les deux cercles de Tombouctou), le cercle
de Kayes et quatre cercles du Sud (Kita, Bougouni, Sikasso, Gaoua) en
sont totalement dépourvus. Mais on remarquera aussi que les Peuls sont
surtout nombreux le long de la lisière sud du Sahara, particulièrement
dans la partie qui avoisine la zone des inondations (Massina) et au Sud
de l’Azaouad ; ils diminuent à mesure que l’on s’avance vers le Sud de
la colonie.
5o _Toucouleurs_.
Cercle de Nioro 18.706 (tous musulmans)
— Ségou 7.000 —
— Kayes 5.050 (dont 1.550 animistes).
— Satadougou 3.000 (tous musulmans).
— Bandiagara 1.500 —
— Bafoulabé 1.000 —
— Say 1.000 —
— Kita 500 —
— Mopti 500 —
------
Total 38.256 (dont 1.550 animistes et 36.706
musulmans).
Les Toucouleurs ne sont en somme représentés dans le Haut-Sénégal-Niger
que par quelques colonies peu nombreuses, dont les plus importantes —
celles des cercles de Nioro et de Ségou — proviennent des immigrations
qui se produisirent à l’occasion des conquêtes d’El-hadj-Omar. Le gros
de la population toucouleure habite la colonie du Sénégal.
6o _Songaï_.
Cercles de Tombouctou 60.058
Cercle de Hombori 12.063
— Niafounké 10.809
— Say 10.000
— Dori 3.029
— Mopti 2.317
— Ouahigouya 2.206
— Bandiagara 1.000
— Dienné 100
-------
Total 101.582
Les Songaï ne forment pas un peuple bien nombreux et les territoires
civils du Haut-Sénégal-Niger n’en renferment qu’une partie, le reste
habitant la rive gauche du Niger de Bourem à Niamey ainsi que la région
de Dosso. Ceux de la colonie civile sont répandus surtout le long des
deux rives du Niger depuis Mopti jusqu’à Bamba et ensuite le long de la
rive droite ; on en rencontre très peu lorsqu’on s’éloigne du fleuve ou
de ses lacs et canaux. Ils disparaissent vers Mopti, lorsqu’on remonte
le Niger : Dienné, qui passe bien à tort pour être une ville songaï, ne
renferme que trois familles ayant des ascendants songaï, et l’immense
majorité de ses habitants est d’origine soninké ; il est vrai que ces
Soninké parlent aujourd’hui le songaï, mais c’est là un phénomène dû à
des raisons politiques et économiques dont nous parlerons plus loin, et
qui n’a rien à voir avec l’origine des Diennenké. Lors donc que l’on
s’est appuyé sur les caractères physiques des gens de Dienné pour
démontrer la soi-disant origine égyptienne ou libyque des Songaï[79], on
a commis la même erreur de principe qu’en s’appuyant, pour prouver la
même origine, sur le type architectural des maisons de Dienné, lequel
type ne représente en rien l’architecture songaï et est d’ailleurs
d’importation marocaine et non pas égyptienne.
7o _Famille mandé_ (1.435.001 représentants).
Groupe Groupe du Groupe Totaux par
du Nord Centre du Sud cercles
--- --- --- ---
Cercle de Bamako 10.070 180.272 » 190.342
— Bougouni 4.645 148.701 » 153.346
— Ségou 17.680 109.758 » 127.438
— Koury 73.527 » 43.470 116.997
— Sikasso 27.302 59.878 20.705 107.885
— Ouagadougou 84.869 » » 84.869
— Nioro 58.893 13.054 » 71.947
— Bobo-Dioulasso 40.815 » 27.780 68.595
— Kayes 24.100 34.897 » 58.997
— Kita » 54.926 3.067 57.993
— Goumbou 25.819 24.442 » 49.261
— Bafoulabé » 47.870 » 47.870
— Dienné 24.947 17.247 » 43.194
— Ouahigouya 19.764 » 21.939 41.703
— Koutiala 11.380 30.055 » 41.435
Circonscription de San 20.860 20.103 » 40.963
Cercle de Satadougou » 28.000 6.757 34.757
— Niafounké 13.000 16.000 » 29.000
— Sokolo 8.250 19.996 » 28.246
— Mopti 7.930 7.277 » 15.207
— Bandiagara 2.405 928 9.823 13.156
Zone saharienne 10.000 » » 10.000
Cercle de Gaoua 1.800 » » 1.800
------- ------- ------- ---------
Totaux 488.056 813.404 133.541 1.435.001
[80] [81] [82] [83]
A. — Groupe du Nord (488.056 représentants).
Totaux
Bozo Soninké Dioula par
cercles
--- --- --- ---
Cercles de
Ouagadougou » 425 84.444 84.869
Koury » 30.000 (dont 43.527 (dont 73.527
5.000 an.) 18.037 an.)[84]
Nioro » 58.893[85] » 58.893
Bobo-Dioulasso » 1.600 39.215 (dont 40.815
34.965 an.)[86]
Sikasso » » 27.302 (dont 27.302
24.556 an.)
Dienné 12.079 13.868[87] » 25.947
Goumbou » 24.819 » 24.819
Kayes » 24.100 (dont » 24.100
6.100 an.)
Circonscription 312 16.112 4.436 20.860
de San
Cercles de
Ouahigouya » » 19.764 19.764
Ségou » 17.680 » 17.680
Niafounké » 13.000 » 13.000
Koutiala » 7.098 4.282 (dont 11.380
1.838 an.)
Bamako » 10.070 (dont » 10.070
2.380 an.)
Zone saharienne » 10.000 » 10.000
Cercles de
Sokolo » 8.250 » 8.250
Mopti 1.826 6.104 » 7.930
Bougouni » 2.145 (dont 2.500 (dont 4.645
1.110 an.) 88 an.)
Bandiagara 1.177 1.228 (dont » 2.405
324 an.)
Gaoua » » 1.800 1.800
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Totaux 15.394 245.392 227.270 488.056
(tous (dont 13.814 (dont 79.484
musulmans) an.) an.)
On voit par le tableau qui précède que les _Bozo_ (15.394, tous
musulmans) sont localisés dans les cercles de Dienné, Mopti et
Bandiagara, avec quelques représentants à San ; que les Soninké
(245.392, dont 231.578 musulmans et 13.814 animistes) sont représentés
surtout dans le Sahel (cercles de Kayes, Nioro, Goumbou, Sokolo,
Niafounké, Mopti, Dienné) et dans la partie de la région soudanaise qui
touche au Sahel (Nord du cercle de Bamako, Nord du cercle de Ségou,
circonscription de San, Nord du cercle de Koury), avec quelques colonies
dans les villes sahariennes (Tichit, Taodéni, Oualata, Néma, etc.), le
reste du Haut-Sénégal-Niger n’en renfermant qu’un nombre infime ;
qu’enfin les _Dioula_ (227.270 dont 147.786 musulmans et 79.484
animistes) se trouvent tous dans le Sud et le Sud-Ouest de la Boucle du
Niger (cercles de Ouagadougou, de Ouahigouya, de Koury, de Bobo-
Dioulasso, de Sikasso, principalement). Comme nous le verrons plus loin,
presque tous les Soninké habitant la Boucle du Niger ont abandonné leur
langue pour adopter le parler des Dioula.
B. — Groupe du Centre (813.404 représentants).
[Khass. : Khassonkè ; C. : Cercle de ; Circns. : Circonscription]
Totaux
Kâgoro Banmana Khass. Malinké Foulanké par
cercles
--- --- --- --- --- ---
C. Bamako 1.850 146.966 » 31.456 » 180.272
— Bougouni » 104.216 » 3.297 41.188 148.701
— Ségou » 109.758 » » » 109.758
— Sikasso » 30.000 » » 29.878 59.878
— Kita 6.368 2.339 » 26.219 20.000 54.926
— Bafoulabé » 2.100 » 30.770 15.000 47.870
— Kayes » » 7.906 26.991 » 34.897
— Koutiala » 30.055 » » » 30.055
— Satadougou » » » 28.000 » 28.000
— Goumbou 2.332 22.110 » » » 24.442
Circns. de San » 20.103 » » » 20.103
C. Sokolo » 19.996 » » » 19.996
— Dienné » 17.247 » » » 17.247
— Niafounké » 16.000 » » » 16.000
— Nioro 414 9.355 3.285 » » 13.054
— Mopti » 7.277 » » » 7.277
— Bandiagara » 928 » » » 928
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Totaux 10.964 538.450 11.191 146.733 106.066 813.404
Sur les 813.404 représentants du groupe des Mandé du Centre dans le
Haut-Sénégal-Niger, on compte 767.511 animistes et seulement 45.893
musulmans, qui se répartissent en 29.639 Banmana (dont les Somono
forment le plus grand nombre), 4.285 Khassonkè, 3.380 Malinké et 8.589
Foulanké. Les Kâgoro sont tous animistes.