_P.-S._--Quinze jours ont passé déjà sur cette chute d'Andrinople. Ainsi
qu'il était à prévoir, les dépêches officielles soumises à la toujours
même terrible censure, nous apprennent que les vainqueurs ont été
magnanimes, et que la ville est rentrée dans la paix et la joie.
Quelques témoins anglais cependant commencent à divulguer de plus
sinistres nouvelles: «Le campement des prisonniers turcs, disent-ils,
est une lamentable morgue où chaque jour l'on meurt par centaines, de
froid et de faim!» Et puis, il y a lieu de trembler sur le sort de ces
détachements de vaincus, que les Bulgares emmènent «_afin de les mieux
caserner dans des villes de l'intérieur_». Ne leur arrivera-t-il pas
comme aux vaincus de Macédoine, que l'on emmenait ainsi sous le même
prétexte, et qu'à la première étape, dès que l'on se sentait loin des
regards indiscrets, on massacrait sauvagement?... Donc, n'ayons pas
confiance encore, hélas! Ce n'est que plus tard que la vérité vraie, à
grand' peine, filtrera jusqu'à nous; en attendant il y a tout lieu de
douter de ces belles dépêches, après tant de révélations tardives mais
irréfutables, qui sont venues graduellement nous apporter toujours plus
de surprises et toujours plus d'horreur!