10 avril 1913.

_P.-S._--Quinze jours ont passé déjà sur cette chute d'Andrinople. Ainsi

qu'il était à prévoir, les dépêches officielles soumises à la toujours

même terrible censure, nous apprennent que les vainqueurs ont été

magnanimes, et que la ville est rentrée dans la paix et la joie.

Quelques témoins anglais cependant commencent à divulguer de plus

sinistres nouvelles: «Le campement des prisonniers turcs, disent-ils,

est une lamentable morgue où chaque jour l'on meurt par centaines, de

froid et de faim!» Et puis, il y a lieu de trembler sur le sort de ces

détachements de vaincus, que les Bulgares emmènent «_afin de les mieux

caserner dans des villes de l'intérieur_». Ne leur arrivera-t-il pas

comme aux vaincus de Macédoine, que l'on emmenait ainsi sous le même

prétexte, et qu'à la première étape, dès que l'on se sentait loin des

regards indiscrets, on massacrait sauvagement?... Donc, n'ayons pas

confiance encore, hélas! Ce n'est que plus tard que la vérité vraie, à

grand' peine, filtrera jusqu'à nous; en attendant il y a tout lieu de

douter de ces belles dépêches, après tant de révélations tardives mais

irréfutables, qui sont venues graduellement nous apporter toujours plus

de surprises et toujours plus d'horreur!

Turquie agonisante · 第 39 / 101 题