Le fidèle voit par l’esprit de Dieu, et Dieu voit en lui que ses œuvres
sont bonnes.
Mais nous, qui les voyons par votre esprit, les voyons-nous? Et n’est-ce
pas plutôt vous-même qui les voyez en nous? Si donc nous les voyons
bonnes, c’est vous qui les voyez bonnes. Dans tout ce qui nous plaît à
cause de vous, c’est vous qui nous plaisez et tout ce qui nous plaît par
votre esprit vous plaît en nous. «Quel homme, en effet, connaît ce qui
est de l’homme, sinon l’esprit de l’homme qui est en lui»? «Et l’esprit
de Dieu connaît seul ce qui est de Dieu». «Aussi, dit l’Apôtre, nous
n’avons pas reçu l’esprit du monde, mais l’esprit qui vient de Dieu,
afin de connaître les dons de Dieu[337]». Et cette parole m’autorise, et
je dis: Non, personne ne sait ce qui est de Dieu, que l’esprit de Dieu.
[337] I Cor., II, 11, 12.
Comment savons-nous donc nous-mêmes ce que Dieu nous a donné? Mais
j’entends la réponse: si nous ne le savons que par son esprit, qui le
sait, sinon le seul esprit de Dieu? Il est dit, en vérité, à ceux qui
parlent par l’esprit de Dieu: «Ce n’est pas vous qui parlez[338]»; et
l’on peut dire, en vérité, à ceux qui connaissent par l’esprit de Dieu:
«Ce n’est pas vous qui connaissez»; et l’on peut encore dire, en vérité,
à ceux qui voient par l’esprit de Dieu: «Ce n’est pas vous qui voyez».
Ainsi, quand nous voyons par l’esprit de Dieu qu’une chose est bonne, ce
n’est pas nous, c’est Dieu qui la voit bonne.
[338] Matth., X, 20.
Et l’un tient pour mauvais ce qui est bon, suivant la doctrine de ces
insensés; et l’autre en reconnaît la bonté, mais il est de ceux qui ne
savent point vous aimer dans vos créatures, dont ils préfèrent la
jouissance à la vôtre. Celui-ci juge bonne l’œuvre bonne; et c’est Dieu
même qui voit en lui; et il aime Dieu dans son œuvre, amour qui ne
saurait naître sans le don de l’esprit: «car l’amour se répand dans nos
cœurs par l’Esprit saint qui nous est donné[339]»: esprit par qui nous
voyons que tout être, quel qu’il soit, est bon, parce qu’il procède de
celui qui n’est pas seulement un être, mais l’être lui-même.
[339] Rom., V, 5.