XXXI

Le fidèle voit par l’esprit de Dieu, et Dieu voit en lui que ses œuvres

sont bonnes.

Mais nous, qui les voyons par votre esprit, les voyons-nous? Et n’est-ce

pas plutôt vous-même qui les voyez en nous? Si donc nous les voyons

bonnes, c’est vous qui les voyez bonnes. Dans tout ce qui nous plaît à

cause de vous, c’est vous qui nous plaisez et tout ce qui nous plaît par

votre esprit vous plaît en nous. «Quel homme, en effet, connaît ce qui

est de l’homme, sinon l’esprit de l’homme qui est en lui»? «Et l’esprit

de Dieu connaît seul ce qui est de Dieu». «Aussi, dit l’Apôtre, nous

n’avons pas reçu l’esprit du monde, mais l’esprit qui vient de Dieu,

afin de connaître les dons de Dieu[337]». Et cette parole m’autorise, et

je dis: Non, personne ne sait ce qui est de Dieu, que l’esprit de Dieu.

[337] I Cor., II, 11, 12.

Comment savons-nous donc nous-mêmes ce que Dieu nous a donné? Mais

j’entends la réponse: si nous ne le savons que par son esprit, qui le

sait, sinon le seul esprit de Dieu? Il est dit, en vérité, à ceux qui

parlent par l’esprit de Dieu: «Ce n’est pas vous qui parlez[338]»; et

l’on peut dire, en vérité, à ceux qui connaissent par l’esprit de Dieu:

«Ce n’est pas vous qui connaissez»; et l’on peut encore dire, en vérité,

à ceux qui voient par l’esprit de Dieu: «Ce n’est pas vous qui voyez».

Ainsi, quand nous voyons par l’esprit de Dieu qu’une chose est bonne, ce

n’est pas nous, c’est Dieu qui la voit bonne.

[338] Matth., X, 20.

Et l’un tient pour mauvais ce qui est bon, suivant la doctrine de ces

insensés; et l’autre en reconnaît la bonté, mais il est de ceux qui ne

savent point vous aimer dans vos créatures, dont ils préfèrent la

jouissance à la vôtre. Celui-ci juge bonne l’œuvre bonne; et c’est Dieu

même qui voit en lui; et il aime Dieu dans son œuvre, amour qui ne

saurait naître sans le don de l’esprit: «car l’amour se répand dans nos

cœurs par l’Esprit saint qui nous est donné[339]»: esprit par qui nous

voyons que tout être, quel qu’il soit, est bon, parce qu’il procède de

celui qui n’est pas seulement un être, mais l’être lui-même.

[339] Rom., V, 5.

Les confessions de saint Augustin, évêque d'Hippone: précédées de sa vie par S. Possidius, évêque de Calame... ; traduction nouvelle par L. Moreau · 第 281 / 306 题