Rêveries manichéennes.
J’entends, mon Dieu: votre vérité a laissé tomber sur mon âme une goutte
de douceur infinie, et j’ai compris qu’il est des hommes à qui vos
œuvres déplaisent. Ils disent que la nécessité en a tiré plusieurs de
vos mains, comme la mécanique des cieux et la disposition des astres,
dont l’être émane, non de votre puissance créatrice, mais d’une matière
préexistante, procédant d’ailleurs, et que vous avez rassemblée,
resserrée, reliée, pour en bâtir ces remparts du monde, trophée de votre
victoire sur vos ennemis, forteresse élevée contre toute révolte à
venir.
Ils prétendent encore qu’il en est d’autres qui ne vous doivent ni leur
être, ni leur composition, comme les corps de chair, les insectes, et
tout ce qui tient à la terre par racines; ils y voient l’ouvrage d’une
puissance ennemie, esprit que vous n’avez point créé, nature malfaisante
en lutte contre vous, qui produit et qui forme tous ces êtres dans les
plus basses régions de ce monde. Insensés! ils ne parlent ainsi que
faute de voir vos œuvres par votre Esprit, et de vous reconnaître dans
vos œuvres.