Vie de l’âme renouvelée.
Oui, Seigneur, mon Dieu et mon Créateur, quand nos affections seront
dégagées de l’amour du siècle, et de cette vie de péché, qui nous
faisait mourir; quand notre âme commencera de vivre de la vraie vie,
docile à la parole que vous avez fait entendre par la bouche de
l’Apôtre: «Ne vous conformez pas au siècle»; alors doit s’accomplir le
précepte qui suit aussitôt: «Mais réformez-vous en renouvellement de
l’esprit[325]». Et il ne s’agit plus de se produire «suivant son
espèce», d’imiter ses prédécesseurs, et de régler sa vie sur l’autorité
d’un homme plus parfait. Non: car vous n’avez pas dit: Que l’homme soit
fait selon son espèce, mais: «Faisons l’homme à notre image et
ressemblance», afin que nous ayons la faculté de reconnaître quelle est
votre volonté. C’est pourquoi le grand dispensateur de vos mystères,
père de tant de fils selon l’Évangile, ne voulant pas toujours avoir des
enfants à la mamelle, nourrissons à porter dans ses bras, s’écrie:
«Réformez-vous en renouvellement d’esprit, pour reconnaître la volonté
de Dieu, pour savoir ce qui est bon, ce qui lui plaît, ce qui est
parfait». Aussi, ne dites-vous pas: Que l’homme soit fait, mais:
«Faisons l’homme»; et non: selon son espèce, mais: «à notre image et
ressemblance». Renouvelé spirituellement, et voyant votre vérité des
yeux de l’intelligence, il n’a plus besoin d’un maître, d’un modèle de
son espèce. C’est de vous, et c’est en vous qu’il connaît votre vérité,
ce qui est bon, ce qui vous plaît. Et vous lui donnez la puissance de
contempler la Trinité de votre Unité, et l’Unité de votre Trinité.
Aussi, vous dites d’abord au pluriel: «Faisons l’homme»; puis vous
ajoutez: «Et Dieu fit l’homme». Vous dites: «A notre image»; et vous
ajoutez: «A l’image de Dieu». Ainsi, l’homme est renouvelé dans la
connaissance de Dieu, «selon l’image de Celui qui l’a créé»,--«et
transformé en esprit, il juge de tout, et n’est jugé de personne».
[325] Rom., XII, 2.