Sens mystique de ces paroles: «Que les eaux produisent les reptiles et
les oiseaux».
Que la mer conçoive aussi, qu’elle enfante vos œuvres, et que les eaux
produisent les reptiles des âmes vivantes! Car en séparant le pur de
l’impur, vous êtes devenus la bouche de Dieu, et c’est par vous qu’il
dit: «Produisent les eaux», non pas des âmes vivantes, productions de la
terre; mais «des reptiles d’âmes vivantes, et les oiseaux qui volent
au-dessus de la terre!» Ces reptiles, mon Dieu, sont vos sacrements qui,
par les œuvres des saints, se sont glissés à travers les flots des
tentations du siècle, pour régénérer les peuples dans le baptême en
votre nom.
Et ainsi se sont produites de grandes merveilles, «semblables aux
baleines monstrueuses», et les voix de vos messagers ont plané sur la
terre et sous le ciel de votre Écriture, autorité protectrice, qui
s’étend partout où leur vol se dirige. Et ce ne sont pas de sourds et
vains accents que leurs paroles; toute la terre en a été l’écho; elles
ont atteint les extrémités du monde; car votre bénédiction, Seigneur,
les a multipliées.
Mais n’est-ce pas erreur? et ne confondrais-je pas les connaissances
claires qui résident au firmament, et les œuvres corporelles qui
s’opèrent sous ce firmament au sein orageux de la mer? Non; car ces
mêmes connaissances, qui demeurent dans la fixité de leur certitude, et
sans s’accroître par génération, comme les lumières de la sagesse et de
la science, exercent cependant dans l’ordre réel une action différente
et multiple, dont votre bénédiction féconde encore et multiplie les
effets. O Dieu, vous nous consolez de l’infirmité de nos sens mortels,
en permettant qu’une vérité, notion simple dans l’esprit, emprunte aux
signes corporels plus d’une figure, plus d’une expression.
Voilà les productions des eaux, mais grâce à votre parole; productions
nées de la misère des peuples devenus étrangers à votre vérité
éternelle; productions que les eaux ont fait jaillir de leur sein, comme
un remède dont votre Verbe adoucissait leur languissante amertume.
Et toutes vos œuvres sont belles, car elles sortent de votre main; mais
que vous êtes incomparablement plus beau, divin auteur du monde! Oh! si
Adam ne se fût point détaché de vous, ses flancs n’eussent pas été la
source de cet océan amer, de ce genre humain, curiosité sans fond,
éternel orage de superbe, flot de mobilité! Et alors les dispensateurs
de votre vérité n’auraient pas eu besoin d’employer au sein des ondes
tant de signes sensibles et corporels, tant de paroles symboliques, tant
d’opérations mystérieuses.
Ce sont là, suivant moi, ces reptiles, ces oiseaux qui s’insinuent parmi
les hommes pour les initier et les soumettre aux symboles sacramentels.
Mais ils ne pourraient aller au delà si votre Esprit n’élevait la voix
de leur âme à un degré supérieur, et si leur cœur, après les paroles du
premier échelon, n’aspirait au faîte de l’échelle sainte.