XIX

Voie de la perfection.

Mais d’abord «lavez-vous, purifiez-vous; faites disparaître toute

souillure et de vos âmes et de mes regards[319]», afin que la terre

intérieure s’élève. Apprenez à faire le bien; rendez justice à

l’orphelin, et maintenez le droit de la veuve, afin que cette terre se

couvre de fertiles pâturages et d’arbres chargés de fruits. Venez, je

veux vous instruire; attachés au firmament du ciel, vous serez les

flambeaux du monde.

[319] Isai., I, 16.

Le riche demande au bon Maître ce qu’il doit faire pour obtenir la vie

éternelle. Écoute ce bon Maître que tu crois un homme et rien de plus,

mais qui est bon parce qu’il est Dieu. Il te dit: «Si tu veux arriver à

la vie, observe les commandements; sépare du sol de ton cœur les eaux

amères de la malice et de la corruption; garde-toi du meurtre, de

l’adultère, du vol; ne porte point faux témoignage, afin que la terre

paraisse et produise le respect des père et mère et l’amour du

prochain.--J’ai fait tout cela, répond le riche.

D’où viennent donc tant d’épines, si la terre est fertile? Va, déracine

ces sauvages buissons de l’avarice; vends ce que tu as, donne-le aux

pauvres, et ton aumône te couvrira de fruits; et tu auras un trésor dans

le ciel; et puis, suis le Seigneur, si tu veux être parfait et devenir

le compagnon de ceux à qui il parle le langage de la sagesse, lui qui

sait et te fera savoir ce que c’est que le jour, ce que c’est que la

nuit, afin qu’il y ait aussi pour toi place au firmament de son ciel;

chose impossible, si ton cœur n’y est déjà; et là ne sera jamais ton

cœur, si là n’est point ton trésor, comme te l’a dit le bon Maître. Mais

la tristesse se répandit sur la terre stérile, et les épines étouffèrent

la parole.

Pour vous, race d’élection, faibles du monde, qui avez tout quitté pour

suivre le Seigneur, allez et confondez les puissances du siècle. Que vos

pieds radieux marchent sur sa trace! Étincelez au firmament, afin que

les cieux racontent sa gloire, en discernant la lumière des parfaits qui

sont encore loin des anges, et les ténèbres des petits déjà sauvés de

vos mépris! Brillez sur toute la terre! Que ce jour, éblouissant des

clartés de ce soleil, annonce au jour le Verbe de sagesse, et que cette

nuit soit le clair de lune qui annonce à la nuit le Verbe de science.

La lune et les étoiles luisent sur la nuit, sans être obscurcies par ses

ténèbres; elles lui donnent toute la lumière qu’elle peut recevoir. Et

comme si Dieu eût dit: «Que les astres soient dans le firmament du ciel:

voici soudain un grand bruit venu d’en-haut, comme un tourbillon

violent, et des langues de feu rayonnent et se divisent en s’arrêtant

sur la tête de chacun d’eux[320]»: et il se fit comme un firmament

d’astres possesseurs du Verbe de vie. Courez partout, flammes de

sainteté, feux admirables! car vous êtes la lumière du monde, et le

boisseau ne vous couvre pas. Celui à qui vous vous êtes attachés a été

exalté dans la gloire, et il vous a exaltés. Courez donc, et

révélez-vous à toutes les nations.

[320] Genes. et Act., II, 2, 3.

Les confessions de saint Augustin, évêque d'Hippone: précédées de sa vie par S. Possidius, évêque de Calame... ; traduction nouvelle par L. Moreau · 第 269 / 306 题