XVIII

Les Justes peuvent être comparés aux astres.

Oui, Seigneur, oui; je vous en supplie, vous dont l’influence répand

dans les âmes une sève de joie et de force, Seigneur, «que la vérité

sorte de la terre, que la justice abaisse ses regards du haut du

ciel[316]», et «que des astres nouveaux étincellent dans le firmament»!

Partageons notre pain avec celui qui a faim; recevons sous notre toit le

pauvre qui n’a point de gîte; couvrons celui qui est nu, et ne méprisons

pas les concitoyens de notre boue.

[316] Ps. LXXXIV, 12.

Dès que notre terre aura produit ces fruits, voyez, dites: «Cela est

bon»; que notre lumière «jette son éclat en son temps[317]»; que cette

première végétation de bonnes œuvres nous fasse croître à la hauteur des

contemplations délicieuses du Verbe de vie, et que nous apparaissions

alors dans le monde comme des constellations attachées au firmament de

votre Écriture.

[317] Isai., LVIII, 7, 8.

C’est là que, conversant avec nous, vous nous enseignez le discernement

des choses de l’esprit et des choses des sens, comme celui du jour et de

la nuit, ou des âmes spirituelles et des âmes asservies aux sens, afin

que vous ne soyez plus seul à faire, dans le secret de votre

connaissance, comme avant la création du firmament, la division de la

lumière et des ténèbres; mais que les enfants de votre esprit, placés à

leur firmament, dans un ordre qui révèle l’infusion présente de votre

grâce, brillent au-dessus de la terre, signalent la division du jour et

de la nuit, et annoncent la révolution des temps; car «l’antique

institution est passée, et la nouvelle se lève, et notre salut est plus

près de nous que lorsque nous avons commencé de croire»; «la nuit a

précédé, et le jour arrive; et vous couronnerez l’année de votre

bénédiction, quand vous enverrez des ouvriers dans votre moisson

ensemencée par d’autres mains[318]»; quand vous enverrez de nouveaux

ouvriers à de nouvelles semailles, dont la moisson ne se fera qu’à la

fin.

[318] Rom., XIII, 11; Ps. LXIV, 2.

Ainsi, vous accomplissez les vœux du juste, et vous bénissez ses années;

mais vous, vous êtes toujours le même, et vous recueillez, au grenier de

vos années sans fin, nos années passagères; car votre conseil éternel

verse sur la terre aux saisons marquées les biens célestes: l’un reçoit,

par l’Esprit, la parole de sagesse, astre de lumière, qui plaît aux amis

de la vérité, comme l’aurore du jour; à l’autre, vous donnez, par le

même Esprit, la parole de science, astre inférieur; à celui-ci, la foi;

à celui-là, la puissance de guérir; à l’un, le don des miracles; à

l’autre, le discernement des esprits; à l’autre, le don des langues. Et

toutes ces grâces sont comme autant de constellations, ouvrage d’un seul

et même Esprit, qui distribue ses dons à chacun comme il lui plaît, et

fait répandre à ces étoiles des irradiations salutaires.

La parole de science renferme les mystères sacrés, signes célestes qui,

selon les temps, ont eu leurs phases, comme la terre; mais cette parole,

et les autres dons spirituels, que j’assimile aux étoiles, ne sont, en

comparaison des splendeurs du jour de sainte allégresse, que les

premières heures de la nuit. Toutefois ils sont nécessaires à ceux en

qui la chair n’est pas encore absorbée par l’esprit, et que votre grand

serviteur ne peut entretenir dans la langue de sagesse qu’il parlait

avec les parfaits.

Mais que l’enfant dans le Christ, cet enfant que nourrit la mamelle, en

attendant qu’il soit capable d’un aliment plus solide et que ses yeux

puissent soutenir le rayon du soleil, que l’homme animal ne se croie pas

abandonné dans une nuit ténébreuse, mais qu’il se contente de la clarté

de la lune et des étoiles. C’est ainsi, ô sagesse infinie! que vous

conversez avec nous dans le firmament de vos Écritures, pour nous élever

à la contemplation admirable qui sait distinguer toutes choses, quoique

nous soyons encore enfermés dans le cercle des figures, des temps, des

années et des jours.

Les confessions de saint Augustin, évêque d'Hippone: précédées de sa vie par S. Possidius, évêque de Calame... ; traduction nouvelle par L. Moreau · 第 268 / 306 题