Pourquoi il est dit, seulement du Saint-Esprit, qu’il était porté sur
les eaux.
Mais le Père, mais le Fils, n’étaient-ils pas portés au-dessus des eaux?
Si l’on se fait une idée de corps et d’espace, ces paroles ne
conviennent plus même au Saint-Esprit. Si l’on y voit l’immuable
suréminence de la divinité qui demeure au-dessus de tout ce qui change,
le Père, et le Fils, et le Saint-Esprit étaient ensemble portés sur les
eaux. Pourquoi donc l’Écriture ne parle-t-elle que de votre Esprit?
pourquoi parle-t-elle de lui seul, comme s’il y avait un lieu là où le
lieu n’est pas? Est-ce parce qu’il est encore dit de lui seul qu’il est
votre don? Le don où nous jouissons du repos, où nous jouissons de
vous-même: repos des âmes, lieu des esprits?
C’est là où nous élève l’amour; «et votre divin Esprit retire notre
humilité des portes de la mort; et notre paix est dans notre bonne
volonté[300]». Le corps tend à son lieu par son poids; et ce poids ne
tend pas seulement en bas, mais au lieu qui lui est propre. La pierre
tombe; le feu s’élance; l’un et l’autre gravite suivant son poids, et
suivant son centre. L’huile versée dans l’eau monte au-dessus de l’eau;
l’eau versée dans l’huile descend au-dessous de l’huile; l’un et l’autre
suit son poids, et cherche son centre. Hors de l’ordre, trouble; dans
l’ordre, repos. Mon poids, c’est mon amour; où que je tende, c’est lui
qui m’emporte. C’est votre don, c’est votre Esprit qui allume, qui
volatilise notre cœur. Il nous embrase et nous enlève. Nous montons à
l’échelle de l’âme, en chantant le cantique des degrés. C’est le feu de
l’amour, c’est votre feu divin qui nous consume et nous ravit au centre
de la paix, au sein de Jérusalem; et je trouve ma joie dans cette
heureuse promesse: «Nous irons à la maison du Seigneur[301]». Et c’est
la bonne volonté qui nous y fait une place; et nous n’avons plus rien à
vouloir, «que cette demeure éternelle[302]»?
[300] Ps. IX, 15; Luc, II, 14.
[301] Ps. CXXI, 1.
[302] Ps. XXVI, 4.
X
Bonheur des pures intelligences.
O béatitude de la créature qui n’a jamais connu d’autre état que cette
félicité, où elle ne se fût jamais élevée d’elle-même, si, à l’instant
immédiat de sa création, votre Esprit d’Amour, porté sur toutes choses
muables, ne l’eût exaltée à l’appel de votre voix: «Que la lumière soit!
et elle fut». En nous, il y a distinction de temps: «temps où nous
sommes ténèbres; temps où nous devenons lumière». Mais, en parlant de
ces pures intelligences, l’Écriture ne fait qu’indiquer ce qu’elles
eussent été sans l’illumination divine; et elle les suppose à l’état de
fluctuation ténébreuse, pour nous signaler la cause de leur gloire
«surnaturelle»: c’est-à-dire leur union lumineuse avec la lumière sans
ombre et sans défaillance. Entende qui peut; qui ne peut, vous
invoque!--Car, enfin, que me veut-on? Suis-je la lumière qui éclaire
tout homme venant au monde?