VIII

L’union avec Dieu, unique félicité des êtres intelligents.

L’esprit de l’ange, l’âme de l’homme se sont dissipés dans leur chute

comme l’eau qui s’écoule, et ils ont signalé l’abîme ténébreux où serait

ensevelie toute créature spirituelle, si vous n’eussiez dit au

commencement: Que la lumière soit! ralliant à vous l’obéissance des

esprits habitants de la cité céleste, pour assurer leur paix au sein de

votre Esprit qui demeure immuable au-dessus de tout ce qui change.

Autrement, ce ciel du ciel ne serait, par lui-même, qu’abîme et

ténèbres; «et maintenant il est lumière dans le Seigneur[298]». Et, en

vérité, cette inquiétude malheureuse des intelligences déchues de votre

lumière, leur splendide vêtement, et réduites aux haillons de leurs

ténèbres, parle assez haut; témoin éloquent de l’excellence où vous avez

élevé cette créature raisonnable, qui ne saurait se suffire; car il ne

lui faut rien moins que vous-même pour qu’elle ait sa béatitude et son

repos. «Vous êtes, ô mon Dieu, la lumière de nos ténèbres, notre robe de

gloire; et notre nuit rayonne comme le jour à son midi[299]».

[298] Ephes., V, 8.

[299] Ps. CXXXVIII, 12.

Oh! donnez-vous à moi, mon Dieu! rendez-vous à moi! Je vous aime; et si

mon amour est encore trop faible, rendez-le plus fort. Je ne saurais

mesurer ce qu’il manque à mon amour; et combien il est au-dessous du

degré qu’il doit atteindre, pour que ma vie se précipite dans vos

embrassements, et ne s’en détache point qu’elle n’ait disparu tout

entière dans les plus secrètes clartés de votre visage. Tout ce que je

sais, c’est que partout ailleurs qu’en vous, hors de moi, comme en moi,

je ne trouve que malaise, et toute richesse qui n’est pas mon Dieu n’est

pour moi qu’indigence.

Les confessions de saint Augustin, évêque d'Hippone: précédées de sa vie par S. Possidius, évêque de Calame... ; traduction nouvelle par L. Moreau · 第 259 / 306 题