L’union avec Dieu, unique félicité des êtres intelligents.
L’esprit de l’ange, l’âme de l’homme se sont dissipés dans leur chute
comme l’eau qui s’écoule, et ils ont signalé l’abîme ténébreux où serait
ensevelie toute créature spirituelle, si vous n’eussiez dit au
commencement: Que la lumière soit! ralliant à vous l’obéissance des
esprits habitants de la cité céleste, pour assurer leur paix au sein de
votre Esprit qui demeure immuable au-dessus de tout ce qui change.
Autrement, ce ciel du ciel ne serait, par lui-même, qu’abîme et
ténèbres; «et maintenant il est lumière dans le Seigneur[298]». Et, en
vérité, cette inquiétude malheureuse des intelligences déchues de votre
lumière, leur splendide vêtement, et réduites aux haillons de leurs
ténèbres, parle assez haut; témoin éloquent de l’excellence où vous avez
élevé cette créature raisonnable, qui ne saurait se suffire; car il ne
lui faut rien moins que vous-même pour qu’elle ait sa béatitude et son
repos. «Vous êtes, ô mon Dieu, la lumière de nos ténèbres, notre robe de
gloire; et notre nuit rayonne comme le jour à son midi[299]».
[298] Ephes., V, 8.
[299] Ps. CXXXVIII, 12.
Oh! donnez-vous à moi, mon Dieu! rendez-vous à moi! Je vous aime; et si
mon amour est encore trop faible, rendez-le plus fort. Je ne saurais
mesurer ce qu’il manque à mon amour; et combien il est au-dessous du
degré qu’il doit atteindre, pour que ma vie se précipite dans vos
embrassements, et ne s’en détache point qu’elle n’ait disparu tout
entière dans les plus secrètes clartés de votre visage. Tout ce que je
sais, c’est que partout ailleurs qu’en vous, hors de moi, comme en moi,
je ne trouve que malaise, et toute richesse qui n’est pas mon Dieu n’est
pour moi qu’indigence.