IX

Le ciel du ciel.

Aussi le Maître de votre grand serviteur, en racontant que vous avez

créé dans le principe le ciel et la terre, l’Esprit-Saint ne dit mot des

temps, est muet sur les jours. Car ce ciel du ciel, que vous avez fait

dans le principe, est une création d’intelligence, qui sans vous être

coéternelle, ô Trinité, participe néanmoins à votre éternité.

L’ineffable bonheur de contempler votre présence arrête sa mobilité, et

depuis son origine, invinciblement attachée à vous, elle s’est élevée

au-dessus des vicissitudes du temps. Et cette terre invisible, informe,

n’a pas été non plus comptée dans l’œuvre des jours; car, où l’ordre, où

la forme ne sont pas, rien n’arrive, rien ne passe, et dès lors point de

jours, point de succession de temps.

X

Invocation.

O vérité, lumière de mon cœur! ne laissez pas la parole à mes ténèbres.

Entraîné au courant de l’instabilité, la nuit m’a pénétré; mais c’est du

fond de ma chute que je me suis senti renaître à votre amour. Égaré,

j’ai retrouvé votre souvenir; j’ai entendu votre voix me rappeler; et la

révolte tumultueuse de mes péchés me permettait à peine de l’entendre.

Et me voici, maintenant, tout en nage, hors d’haleine, revenu à votre

fontaine sainte. Oh! ne souffrez pas qu’on m’en repousse. Que je m’y

désaltère, que j’y puise la vie! Car je ne suis pas ma vie à moi-même.

Quand je vivais mal, j’ai bien pu être ma mort; mais ce n’est qu’en vous

que je puis revivre. Parlez-moi; instruisez-moi! Je crois au témoignage

de vos livres saints; mais quels profonds mystères sous leurs paroles!

Les confessions de saint Augustin, évêque d'Hippone: précédées de sa vie par S. Possidius, évêque de Calame... ; traduction nouvelle par L. Moreau · 第 230 / 306 题