Ce que Dieu lui a enseigné.
Seigneur, vous m’avez déjà dit à l’oreille du cœur, d’une voix forte,
que vous êtes «seul éternel, seul en possession de l’immortalité[279]»;
parce que rien ne change en vous, ni forme, ni mouvement; que votre
volonté n’est point sujette à l’inconstance des temps, car une volonté
variable ne saurait être une volonté immortelle. Je vois clairement
cette vérité en votre présence; qu’elle m’apparaisse chaque jour plus
claire, je vous en conjure! et qu’à l’ombre de vos ailes, je demeure
humblement dans cette connaissance que vous m’avez révélée! Seigneur,
vous m’avez encore dit à l’oreille, d’une voix forte, que vous êtes
l’auteur de toutes les natures, de toutes les substances qui ne sont pas
ce que vous êtes, et sont néanmoins; qu’il n’est rien qui ne soit votre
ouvrage, hors le néant et ce mouvement de la volonté qui, s’éloignant de
vous, abandonne l’être par excellence pour l’être inférieur: car ce
mouvement est une défaillance et un péché; qu’enfin nul péché, soit au
faîte, soit au dernier degré de votre création, ne saurait vous nuire ou
troubler votre ordre souverain. Je vois clairement cette vérité en votre
présence; qu’elle m’apparaisse chaque jour plus claire, je vous en
conjure! et qu’à l’ombre de vos ailes, je demeure humblement dans cette
connaissance que vous m’avez révélée!
[279] I Tim., VI, 16.
Seigneur, vous m’avez dit encore à l’oreille du cœur, d’une voix forte,
que cette créature même ne vous est pas coéternelle, qui n’a d’autre
volonté que la vôtre; qui, s’enivrant des intarissables délices d’une
possession chaste et permanente, ne trahit nulle part et jamais sa
mutabilité de nature, et, liée de tout son amour à votre présente
éternité, n’a point d’avenir à attendre, point de passé dont la fuite ne
lui laisse qu’un souvenir, supérieure à la vicissitude, étrangère aux
atteintes du temps. O créature bienheureuse! si elle existe; heureuse de
cet invincible attachement à votre béatitude; heureuse d’être à jamais
la demeure de votre éternité, et le miroir de votre lumière! Et qui
mérite mieux le nom de ciel du ciel que ce temple spirituel, plongé dans
l’ivresse de votre joie sans que nulle fantaisie incline ailleurs sa
défaillance; pure intelligence, unie par le lien d’une paix divine aux
esprits de sainteté, habitants de votre cité sainte, cité céleste, et
par delà tous les cieux? C’est de là que vient à l’âme la grâce de
comprendre jusqu’où son malheureux pèlerinage l’a éloignée de vous, et
si elle a déjà soif de vous; «si ses larmes sont devenues son pain,
quand chaque jour on lui demande: Où est ton Dieu[280]»? Si elle ne vous
adresse d’autre vœu, d’autre prière, qu’afin d’habiter votre maison tous
les jours de sa vie. Et quelle est sa vie que vous-même? et quels sont
vos jours que votre éternité; puisque vos années ne manquent jamais, et
que vous êtes le même?
[280] Ps. XLI, 3, 4, 11.
Que l’âme comprenne donc combien votre éternité plane au-dessus de tous
les temps, puisque les intelligences, votre temple, qui n’ont pas voyagé
aux régions étrangères, demeurent par leur fidélité à votre amour
affranchies des caprices du temps. Je vois clairement cette vérité en
votre présence; qu’elle m’apparaisse chaque jour plus claire, je vous en
conjure! et, qu’à l’ombre de vos ailes, je demeure humblement dans cette
connaissance que vous m’avez révélée!
Mais je ne sais quoi d’informe se trouve dans les changements qui
altèrent les choses de l’ordre inférieur. Et quel autre que l’insensé,
égaré dans le vide, et flottant sur les vagues chimères de son cœur,
pourrait me dire que, si toute forme était arrivée par réduction
successive à l’anéantissement, la seule existence de cette informité,
substance inapparente de toute transformation, suffirait à produire les
vicissitudes du temps? Chose impossible: car, point de temps sans
variété de mouvements, et point de variété sans formes.