VIII

Le Verbe éternel est notre unique maître.

Eh! comment cela, Seigneur mon Dieu? J’entrevois bien quelque chose,

mais comment l’exprimer? je l’ignore. N’est-ce point que tout être qui

commence et finit ne commence et ne finit d’être qu’au temps où la

raison, en qui rien ne finit, rien ne commence, la raison éternelle

connaît qu’il doit commencer ou finir? Et cette raison, c’est votre

Verbe, le principe de tout, la voix intérieure qui nous parle, comme

lui-même l’a dit dans l’Évangile par la voix de la chair; comme il l’a

fait entendre humainement à l’oreille des hommes, afin que l’on crût en

lui, qu’on le cherchât intérieurement, et qu’on le trouvât dans

l’éternelle vérité, où ce bon, cet unique maître des âmes enseigne tous

ses disciples.

C’est là, Seigneur, que j’entends votre voix me dire que la vraie parole

est celle qui nous enseigne, et que la parole qui n’enseigne pas n’est

plus une parole. Or, qui nous enseigne, sinon l’immuable vérité? car la

créature changeante ne nous instruit qu’en tant qu’elle nous amène à

cette Vérité stable, notre lumière, notre appui, notre joie, la voix de

l’époux qui nous réunit à notre principe. Et il est ce principe, et sans

son immuable permanence nous ne saurions où revenir de nos égarements.

Or, quand nous revenons de l’erreur, c’est la connaissance qui nous

ramène; et il nous enseigne cette connaissance, parce qu’il est le

principe et la voix qui nous parle.

Les confessions de saint Augustin, évêque d'Hippone: précédées de sa vie par S. Possidius, évêque de Calame... ; traduction nouvelle par L. Moreau · 第 200 / 306 题