Le Verbe parle à notre cœur.
C’est dans ce principe, ô Dieu, que vous avez fait le ciel et la terre;
c’est dans votre Verbe, votre Fils, votre vertu, votre sagesse, votre
vérité, par une parole, par une opération admirable. Qui pourra
comprendre cette merveille? qui pourra la raconter? Quelle est cette
lumière qui par intervalle m’éclaire, et frappe mon cœur sans le
blesser; le glace d’épouvante, et l’embrase d’amour: épouvante, en tant
que je suis si loin; amour, en tant que je suis plus près d’elle?
C’est la Sagesse, la Sagesse elle-même, dont le rayon déchire par
intervalle les nuages de mon âme, qui, souvent infidèle à cette lumière,
retombe dans ses ténèbres, sous le fardeau de son supplice: car ma
détresse a épuisé mes forces; je suis incapable même de porter mon
bonheur, tant que votre pitié, Seigneur, secourable à mes iniquités,
n’aura pas «guéri toutes mes langueurs. Mais vous rachèterez ma vie de
la corruption; vous me couronnerez de compassion et de miséricorde; vous
rassasierez de vos biens tout mon désir, et ma jeunesse sera renouvelée
comme celle de l’aigle[262]»; car l’espérance est notre salut; et nous
attendons vos promesses en patience. Entende en soi qui pourra votre
parole intérieure; moi je m’écrie, sur la foi de votre oracle: «Que vos
œuvres sont glorieuses, Seigneur[263]»! Vous avez tout fait dans votre
Sagesse. Elle est le principe; et c’est dans ce principe que vous avez
créé le ciel et la terre.
[262] Ps. CII, 3, 5.
[263] Ps. CIII, 24.
X
La volonté de Dieu n’a pas de commencement.
Ne sont-ils pas tous remplis de leur vétusté, ceux qui nous disent: Que
faisait Dieu avant de créer le ciel et la terre? S’il demeurait dans
l’inaction, pourquoi en est-il sorti? pourquoi y est-il rentré? S’il
s’est accompli en Dieu un acte nouveau, une volonté nouvelle, pour
donner l’être à une créature qui n’était pas sortie du néant, est-il une
éternité vraie là où naît une volonté qui n’était pas? car la volonté de
Dieu n’est pas la créature, elle est antérieure à la créature. Nulle
création sans préexistence de la volonté créatrice. La volonté de Dieu
appartient donc à sa substance. Que s’il est survenu dans la substance
divine quelque chose de nouveau, on ne peut plus en vérité la dire
éternelle. Et si Dieu a voulu de toute éternité l’existence de la
créature, pourquoi, elle aussi, n’est-elle pas éternelle?