IX

Le Verbe parle à notre cœur.

C’est dans ce principe, ô Dieu, que vous avez fait le ciel et la terre;

c’est dans votre Verbe, votre Fils, votre vertu, votre sagesse, votre

vérité, par une parole, par une opération admirable. Qui pourra

comprendre cette merveille? qui pourra la raconter? Quelle est cette

lumière qui par intervalle m’éclaire, et frappe mon cœur sans le

blesser; le glace d’épouvante, et l’embrase d’amour: épouvante, en tant

que je suis si loin; amour, en tant que je suis plus près d’elle?

C’est la Sagesse, la Sagesse elle-même, dont le rayon déchire par

intervalle les nuages de mon âme, qui, souvent infidèle à cette lumière,

retombe dans ses ténèbres, sous le fardeau de son supplice: car ma

détresse a épuisé mes forces; je suis incapable même de porter mon

bonheur, tant que votre pitié, Seigneur, secourable à mes iniquités,

n’aura pas «guéri toutes mes langueurs. Mais vous rachèterez ma vie de

la corruption; vous me couronnerez de compassion et de miséricorde; vous

rassasierez de vos biens tout mon désir, et ma jeunesse sera renouvelée

comme celle de l’aigle[262]»; car l’espérance est notre salut; et nous

attendons vos promesses en patience. Entende en soi qui pourra votre

parole intérieure; moi je m’écrie, sur la foi de votre oracle: «Que vos

œuvres sont glorieuses, Seigneur[263]»! Vous avez tout fait dans votre

Sagesse. Elle est le principe; et c’est dans ce principe que vous avez

créé le ciel et la terre.

[262] Ps. CII, 3, 5.

[263] Ps. CIII, 24.

X

La volonté de Dieu n’a pas de commencement.

Ne sont-ils pas tous remplis de leur vétusté, ceux qui nous disent: Que

faisait Dieu avant de créer le ciel et la terre? S’il demeurait dans

l’inaction, pourquoi en est-il sorti? pourquoi y est-il rentré? S’il

s’est accompli en Dieu un acte nouveau, une volonté nouvelle, pour

donner l’être à une créature qui n’était pas sortie du néant, est-il une

éternité vraie là où naît une volonté qui n’était pas? car la volonté de

Dieu n’est pas la créature, elle est antérieure à la créature. Nulle

création sans préexistence de la volonté créatrice. La volonté de Dieu

appartient donc à sa substance. Que s’il est survenu dans la substance

divine quelque chose de nouveau, on ne peut plus en vérité la dire

éternelle. Et si Dieu a voulu de toute éternité l’existence de la

créature, pourquoi, elle aussi, n’est-elle pas éternelle?

Les confessions de saint Augustin, évêque d'Hippone: précédées de sa vie par S. Possidius, évêque de Calame... ; traduction nouvelle par L. Moreau · 第 201 / 306 题