Comment Dieu a parlé.
Mais quelle a été cette parole? S’est-elle formée comme cette voix
descendue de la nue: «Celui-ci est mon Fils bien-aimé[261]?» Cette voix
retentit et passe; elle commence et finit; ses syllabes résonnent et
s’évanouissent, la seconde après la première, la troisième après la
seconde, ainsi de suite, jusqu’à la dernière, et le silence après elle.
Il est donc évident et clair que cette voix fut l’expression d’une
créature, organe temporel de votre éternelle volonté. Et l’oreille
extérieure transmet ces paroles, formées dans le temps, à l’âme
intelligente dont l’oreille intérieure s’approche de votre Verbe
éternel. Et l’âme a comparé ces accents fugitifs à l’éternité
silencieuse de votre Verbe, et elle s’est dit: «Quelle différence! les
uns sont infiniment au-dessous de moi; ils ne sont même pas, car ils
fuient, car ils passent; mais au-dessus de moi, le Verbe de mon Dieu
demeure éternellement».
[261] Matth., III, 17; XVII, 5.
Que si vous avez commandé par des paroles passagères comme leur son
l’existence du ciel et de la terre, si c’est ainsi que vous les avez
faits, il y avait donc déjà, avant le ciel et la terre, quelque créature
corporelle dont l’acte mesuré par le temps fît vibrer cette voix dans la
mesure du temps. Or, nulle substance corporelle n’était avant le ciel et
la terre; ou, s’il en existait une, il faut reconnaître que vous aviez
formé sans parole successive l’être qui devait articuler votre
commandement: Que le ciel et la terre soient; car cet organe de vos
desseins, quel qu’il fût, ne pouvait être, si vous ne l’eussiez fait.
Or, pour produire le corps dont ces paroles devaient sortir, de quelle
parole vous êtes-vous servi?