Le ciel et la terre nous crient qu’ils ont été créés.
Et voilà donc le ciel et la terre! Ils sont. Ils crient qu’ils ont été
faits; car ils varient et changent. Or ce qui est, sans avoir été créé,
n’a rien en soi qui précédemment n’ait point été, caractère propre du
changement et de la vicissitude. Et ils ne se sont pas faits; leur voix
nous crie: C’est parce que nous avons été faits que nous sommes; nous
n’étions donc pas avant d’être, pour nous faire nous-mêmes. L’évidence
est leur voix. Vous les avez donc créés, Seigneur; vous êtes beau, et
ils sont beaux; vous êtes bon, et ils sont bons; vous êtes, et ils sont.
Mais ils n’ont ni la beauté, ni la bonté, ni l’être de la même manière
que vous, ô Créateur; car, auprès de vous, ils n’ont ni beauté, ni
bonté, ni être. Nous savons cela grâce à vous; et notre science,
comparée à la vôtre, n’est qu’ignorance.
V
L’univers créé de rien.
Comment donc avez-vous fait le ciel et la terre, et quelle machine
avez-vous appliquée à cette construction sublime? L’artiste modèle un
corps sur un autre, suivant la fantaisie de l’âme qui a la puissance de
réaliser l’idéal que l’œil intérieur lui découvre en elle. Et d’où lui
viendrait ce pouvoir, si elle-même n’était votre ouvrage?
L’artisan façonne une matière préexistante, ayant en soi de quoi devenir
ce qu’il la fait, comme la terre, la pierre, le bois ou l’or, etc. Et
d’où ces objets tiennent-ils leur être, si vous n’en êtes le créateur?
C’est vous qui avez créé le corps de l’ouvrier, et l’esprit qui commande
à ses organes; vous êtes l’auteur de cette matière qu’il travaille, de
cette intelligence qui conçoit l’art, et voit en elle ce qu’elle veut
produire au dehors; de ces sens, interprètes fidèles qui font passer
dans l’ouvrage les conceptions de l’âme et rapportent à l’âme ce qui
s’est accompli, afin qu’elle consulte la vérité, juge intérieur, sur la
valeur de l’ouvrage. Toutes ces créatures vous glorifient, et vous
proclament le Créateur du monde.
Mais vous, comment les avez-vous faites? comment avez-vous fait le ciel
et la terre, ô Dieu! Ce n’est ni sur la terre, ni dans le ciel, que vous
avez fait le ciel et la terre; ni dans les airs, ni dans les eaux qui en
dépendent. Ce n’est pas dans l’univers que vous avez créé l’univers; où
pouvait-il être, pour être créé, avant d’être créé pour être? Et vous
n’aviez rien aux mains qui vous fût matière du ciel et de la terre. Eh!
d’où vous serait venue cette matière, que vous n’eussiez pas créée pour
en former votre ouvrage? Que dire, enfin, sinon que cela est, parce que
vous êtes? «Et vous avez parlé, et cela fut, et votre seule parole a
tout fait[260]».
[260] Ps. XXXII, 9, 6.