III

Il implore la vérité, qui a parlé par Moïse.

Oh! que j’entende, que je comprenne comment, dans le PRINCIPE, vous avez

créé le ciel et la terre! Moïse l’a écrit; il l’a écrit et s’en est

allé; il a passé, s’en retournant à vous; et il n’est plus là pour que

je le voie. Que n’est-il encore ici-bas! je m’attacherais à lui, et je

le supplierais, et je le conjurerais en votre nom de me dévoiler ces

mystères, et j’ouvrirais une oreille avide aux accents de ses lèvres.

S’il me répondait dans la langue d’Heber, ce ne serait qu’un vain bruit

qui frapperait mon organe, sans faire impression à mon esprit; s’il me

parlait dans la mienne, je l’entendrais; mais d’où saurais-je qu’il me

dirait la vérité? et, quand je le saurais, le saurais-je de lui? Non, ce

serait au dedans de moi, dans la plus secrète résidence de ma pensée,

que la vérité même, qui n’est ni hébraïque, ni grecque, ni latine, ni

barbare, parlant sans organe, sans voix, sans murmure de syllabes, me

dirait: Il dit vrai; et aussitôt, dans une pleine certitude, je dirais à

ce saint serviteur: Tu dis vrai. Mais je ne puis l’interroger; c’est

donc vous, ô Vérité! dont il était plein; c’est vous, mon Dieu, que

j’implore; oubliez mes offenses, et ce que vous avez donné d’écrire à

votre grand prophète, oh! donnez-moi de l’entendre.

Les confessions de saint Augustin, évêque d'Hippone: précédées de sa vie par S. Possidius, évêque de Calame... ; traduction nouvelle par L. Moreau · 第 196 / 306 题