II

Il demande à Dieu l’intelligence des Écritures.

Et ma plume serait-elle un organe capable de publier par quelles

inspirations, quelles saintes terreurs, par quelles consolations,

quelles secrètes conduites vous m’avez amené au ministère de votre

parole et à la dispensation de vos sacrements? Et puis, eussé-je la

force d’être un narrateur fidèle, chaque goutte de temps me coûte si

cher!

Et depuis longtemps je brûle de méditer votre loi, et de vous confesser

à cet égard mes lumières et mon ignorance, les premiers reflets de vos

rayons, et la lutte des ténèbres qui règnent encore dans mon âme,

jusqu’à ce que ma faiblesse soit absorbée par votre force. Et je ne veux

pas répandre sur d’autres soins les heures de loisir que me laissent les

besoins de la nature, le délassement nécessaire de l’esprit, le service

que nous devons aux hommes, et celui que nous leur rendons sans leur

devoir.

Seigneur mon Dieu, prêtez l’oreille à ma prière; que votre clémence

exauce mon désir. Ce n’est pas pour moi seul que ce cœur palpite; il se

passionne encore pour l’intérêt de ses frères. Et vous voyez dans ce

cœur qu’il est ainsi. Oh! que je vous offre en sacrifice ce servage de

pensées et de paroles dont je suis redevable; et donnez-moi de quoi vous

offrir: «je suis indigent et pauvre, et vous êtes riche[257]» pour tous

ceux qui vous invoquent, ô vous dont la Providence veille sur nous dans

une pleine sécurité! Retranchez en moi toute témérité, tout mensonge,

par la circoncision du cœur et des lèvres. Que vos Écritures soient mes

chastes délices. Que je n’y trouve ni à m’égarer, ni à égarer les

autres. Voyez, Seigneur; ayez pitié, Seigneur mon Dieu, lumière des

aveugles, vertu des faibles; encore leur lumière et leur vertu, quand

ils ont recouvré la vue et la force; voyez mon âme, entendez ses cris du

fond de l’abîme. Car, là même, si vous n’y êtes pas aux écoutes, où

adresser nos pas et nos cris?

[257] Ps. CXXXV, 1.

«A vous est le jour, à vous est la nuit[258]». D’un coup d’œil, vous

réglez le vol des moments. Faites-moi largesse de temps pour méditer les

secrets de votre loi; ne la fermez pas à ceux qui frappent. Car ce n’est

pas en vain que vous avez dicté tant de pages mystérieuses: forêts

sacrées, n’ont-elles pas aussi leurs cerfs qui se retirent, s’abritent,

courent, se reposent, paissent et ruminent sous leur ombre? Seigneur,

amenez-moi à votre perfection, révélez-moi ces mystères. Oh! votre

parole est ma joie; votre voix m’est plus douce que le charme des

voluptés. Donnez-moi ce que j’aime; votre voix est mon amour, et vous

m’avez donné de l’aimer. Ne soyez pas infidèle à vos dons; ne dédaignez

pas votre pauvre plante que la soif dévore. Que je proclame à votre

gloire toutes mes découvertes dans vos saints livres! Que j’écoute la

voix, de vos louanges! Que je m’enivre de vous, en considérant les

merveilles de votre loi, depuis ce jour premier-né des jours où vous

avez fait le ciel et la terre, jusqu’à notre avènement au royaume de

votre cité sainte!

[258] Ps. LXXIII, 16.

Seigneur, ayez pitié de moi, exaucez mes vœux. Rien de la terre, je

crois, n’est leur objet; ni l’or, ni l’argent, ni les pierres

précieuses, ni le luxe, ni les honneurs, ni la puissance, ni les

plaisirs de la chair, ni les besoins qui nous suivent dans le trajet de

la vie; toutes choses, d’ailleurs données par surcroît à qui cherche

votre royaume et votre justice. Voyez, Seigneur mon Dieu, où s’élance

mon désir. «Les impies m’ont raconté leur ivresse; mais qu’est-ce auprès

de votre loi, Seigneur[259]»? Et voilà où mes vœux aspirent. Voyez, ô

Père! regardez et voyez; que sous l’œil propice de votre miséricorde, je

frappe à la porte de vos paroles saintes, et que la grâce m’ouvre leur

sanctuaire. Je vous en conjure par Notre-Seigneur Jésus-Christ, votre

Fils, l’homme de votre droite, fils de l’homme, que vous vous êtes fait

médiateur entre vous et nous, par qui vous nous avez cherchés, quand

nous n’étions plus en quête de vous, afin que cette sollicitude

réveillât la nôtre. Je vous en conjure, au nom de votre Verbe, par qui

vous avez fait toutes vos créatures, dont je suis; par qui vous avez

appelé à l’adoption le peuple des croyants, dont je suis encore; au nom

de Celui qui est assis à votre droite et y intercède pour nous, en qui

sont cachés tous les trésors de la sagesse et de la science; c’est lui

que je cherche dans vos livres saints. Moïse a écrit de lui. C’est

lui-même, c’est la Vérité, qui l’a dit.

[259] Ps. CXVIII, 85.

Les confessions de saint Augustin, évêque d'Hippone: précédées de sa vie par S. Possidius, évêque de Calame... ; traduction nouvelle par L. Moreau · 第 195 / 306 题