Jésus-christ seul médiateur.
Mais le Médiateur de vérité, que le secret de votre miséricorde a fait
connaître aux humbles, et que vous avez envoyé pour leur enseigner, par
son exemple, l’humilité même, ce Médiateur de Dieu et des hommes,
JÉSUS-CHRIST homme, est apparu entre les pécheurs mortels et le JUSTE
immortel, mortel avec les hommes, Juste avec Dieu; et comme la vie et la
paix sont la solde de la justice, par la justice qui l’unit à Dieu, il
est venu ruiner dans les impies justifiés la mort dont il voulut être
comme eux tributaire. C’est lui qui a été montré de loin aux saints des
anciens jours, pour qu’ils fussent sauvés par la foi au sang qu’il
devait répandre, comme nous le sommes par la foi en son sang répandu.
Car ce n’est qu’en sa qualité d’homme qu’il est médiateur; en tant que
Verbe, il n’est plus MOYEN, il est ÉGAL à Dieu, Dieu en Dieu, et avec le
Saint-Esprit un seul Dieu.
Oh! de quel amour nous avez-vous donc aimés, Père infiniment bon! Vous
n’épargnez pas votre Fils unique, «vous le livrez pour nous, pécheurs
que nous sommes», de quel amour nous avez-vous donc aimés! Pour nous,
«Celui qui n’a point regardé comme une usurpation d’être égal à vous,
s’est rendu obéissant jusqu’à la mort de la croix, lui seul libre entre
les morts, ayant la puissance de quitter son âme et la puissance de la
reprendre»; pour nous, en votre nom, vainqueur et victime, et vainqueur
parce qu’il est victime; pour nous, en votre nom, sacrificateur et
sacrifice, et sacrificateur parce qu’il est sacrifice; lui qui,
d’esclaves, nous fait vos enfants, parce qu’il est votre Fils et pour
nous esclave. Oh! c’est avec justice que sur lui repose cette ferme
espérance que «vous guérirez toutes mes langueurs», par lui qui est
assis à votre droite, «et sans cesse y intercède pour nous[252]»;
autrement je tomberais dans le désespoir; car nombreuses et grandes sont
mes infirmités, nombreuses et grandes! mais plus grande encore est la
vertu de vos remèdes.
[252] Rom., VIII, 32; Philipp., II, 6; Ps. LXXXVII, 6, 8; Joan., X,
18; Rom., VIII, 34.
Nous eussions pu croire votre Verbe trop éloigné de l’alliance de
l’homme, et désespérer de nous s’il ne s’était fait chair, s’il n’eût
demeuré parmi nous. Plié sous la crainte de mes péchés et le fardeau de
ma misère, j’avais délibéré dans mon cœur et presque résolu de fuir au
désert; mais vous m’en avez empêché, me rassurant par cette parole: «Le
CHRIST est mort pour tous, afin que ceux qui vivent ne vivent plus à
eux-mêmes, mais à celui qui est mort pour eux[253]».
[253] I Cor., V, 15.
Eh bien! Seigneur, je jette tous mes soucis en votre sein, pour vivre,
pour goûter les merveilles de votre loi. Vous savez mon ignorance et ma
faiblesse; enseignez-moi, guérissez-moi. Ce Fils unique «en qui sont
cachés tous les trésors de la sagesse et de la science, m’a racheté de
son sang[254]»; loin de moi les calomnies des superbes. Je médite ma
rançon, et je la mange, et je la bois, et je la distribue; pauvre
encore, je désire en être rassasié avec ceux qui la mangent et en sont
rassasiés; qui louent le Seigneur parce qu’ils le cherchent[255]».
[254] Coloss., II, 3.
[255] Ps. XXI, 27.