XLII

Égarement des superbes qui ont eu recours aux anges déchus comme

médiateurs entre Dieu et les hommes.

Qui trouver capable de me réconcilier avec vous? Devais-je solliciter

les anges? et par quelles prières? par quels sacrifices? Plusieurs,

ai-je ouï dire, travaillant pour revenir à vous, et ne le pouvant

d’eux-mêmes, ont tenté cette voie, et tombés bientôt dans un désir

curieux de visions étranges, ils ont mérité d’être livrés à l’illusion.

Superbes, ils vous cherchaient avec tout le faste de la science, le cœur

haut et non contrit; la conformité d’esprit leur a donné pour complices

de leur orgueil les puissances de l’air, dont les prestiges les ont

égarés lorsqu’ils cherchaient le Médiateur, médecin de leur âme, sans le

trouver; car ils n’avaient devant eux «que le diable transfiguré en ange

de lumière[251]»;

[251] II Cor., XI, 11.

Chair superbe, ce qui l’a séduite, c’est que le séducteur n’était pas

revêtu de chair! Hommes mortels et pécheurs! Mais vous, Seigneur, dont

ils cherchaient la paix avec orgueil, vous êtes indépendant de la mort

et du péché. Or, il fallait, au médiateur entre l’homme et Dieu, une

ressemblance avec Dieu et une ressemblance avec l’homme. Entièrement

semblable à l’homme, il était loin de Dieu; entièrement semblable à

Dieu, il était loin de l’homme; il n’était plus médiateur. Ainsi ce faux

médiateur, à qui votre justice secrète permet de séduire l’orgueil, a

quelque chose de commun avec l’homme, c’est le péché; et il prétend à

quelque chose de commun avec Dieu: libre du vêtement charnel de la

mortalité, il se donne pour immortel. Mais, comme la mort est la solde

du péché, il entre, par la communauté du péché, dans la communauté de la

mort.

Les confessions de saint Augustin, évêque d'Hippone: précédées de sa vie par S. Possidius, évêque de Calame... ; traduction nouvelle par L. Moreau · 第 192 / 306 题