Il renonce à sa profession.--Sa retraite dans la villa de
Verecundus.--Son baptême.--Mort de sa mère.
I
Actions de grâces.
«O Seigneur, je suis votre serviteur; je suis votre serviteur, et le
fils de votre servante. Vous avez brisé mes liens, je vous sacrifierai
un sacrifice de louanges[181]»! Que mon cœur, que ma langue vous louent,
et que tous mes os s’écrient: «Seigneur, qui est semblable à vous?»
Qu’ils parlent, et répondez-moi; et «dites à mon âme: Je suis ton
salut[182]». Qui étais-je? et quel étais-je? Combien de mal en mes
actions; et sinon dans mes actions, dans mes paroles; et sinon dans mes
paroles, dans ma volonté? Mais vous, Seigneur de bonté et de
miséricorde, vous avez mesuré d’un regard la profondeur de ma mort, et
vous avez retiré du fond de mon cœur un abîme de corruption. Et il ne
s’agissait pourtant que de ne pas vouloir ma volonté, et de vouloir la
vôtre!
[181] Ps., CXV, 16, 17.
[182] Ps., XXXIV, 10, 3.
Mais où était donc durant le cours de tant d’années, et de quels secrets
et profonds replis a été soudain évoqué mon libre arbitre, «pour
incliner ma tête sous votre aimable joug, et mes épaules sous votre
léger fardeau[183]», ô Christ, ô Jésus, mon soutien et mon rédempteur?
Quelles soudaines délices ne trouvai-je pas dans le renoncement aux
délices des vanités! En être quitté avait été ma crainte, et les
quitter, était ma joie. Car vous les chassiez de chez moi, ô véritable,
ô souveraine douceur! vous les chassiez, et à leur place vous entriez
plus aimable que toute volupté, mais non au sang et à la chair; plus
éclatant que toute lumière, mais plus intérieur que tout secret; plus
élevé que toute grandeur, mais non pour ceux qui s’élèvent en eux-mêmes.
Déjà mon esprit était libre du cuisant souci de parvenir aux honneurs et
aux richesses, de rouler dans l’impureté, et d’irriter la lèpre de mes
intempérances; et je gazouillais déjà sous vos yeux, ô ma lumière, ô mon
opulence, ô mon salut, Seigneur, mon Dieu!
[183] Matth., XI, 30.